# Poupées et petits soldats : les jouets s'en vont en guerre

Le jouet a ceci de caractéristique qu’il transcende le temps et les époques et s’en inspire. La période 14-18 ne fait pas exception à la règle.

Poupées et petits soldats : les jouets s'en vont en guerre  - Collection privée M. Freddy Billiet ©

Poupées et petits soldats : les jouets s'en vont en guerre - Collection privée M. Freddy Billiet ©

Les enfants ont, bien entendu des jeux et des jouets mais ce n’est évidemment pas la profusion que nous connaissons aujourd’hui. Pendant la guerre, on assiste, surtout dans les pays non occupés, à l’arrivée d’un “jouet de guerre” lié aux circonstances de celles-ci mais avec des nuances tout de même : à côté de ces petits soldats, très stylisés et dessinés par de véritables artistes, on retrouve également de jolies poupées, des cubes de construction, des puzzles et des miniatures naïves représentant des paysages tels qu’ils étaient avant d’être touchés par la guerre. En Belgique occupée, ces jeux et jouets sont réalisés par des personnes directement touchées par le conflit et véhiculent autant un message d’espoir à destination d’enfants qu’ils sont censés distraire qu’un certain moyen de résister passivement à l’occupant tout en exerçant une occupation. Le jouet a une fonction symbolique et également une fonction usuelle.

La guerre n’est pas un jeu d’enfant

Avant-guerre, il existe peu de fabriques de jouets en Belgique. Celles-ci existent néanmoins et sont principalement centrées sur la confection de poupées.

L’invasion du pays par les troupes allemandes va amener misère sociale et économique. Les enfants, qui n’ont déjà pas autant de jouets que l’on pourrait se le représenter, vont souffrir des conséquences de la guerre et, à côté des considérations alimentaires et vestimentaires, va s’organiser la fabrication et la distribution de jouets qui participe des élans caritatifs envers l’enfance mais qui va surtout également fournir de l’occupation aux travailleurs.

Pendant la guerre, on assiste, surtout dans les pays non occupés, à l’arrivée d’un “jouet de guerre” lié aux circonstances de celles-ci mais avec des nuances tout de même : à côté de ces petits soldats, très stylisés et dessinés par de véritables artistes, on retrouve également de jolies poupées, des cubes de construction, des puzzles et des miniatures naïves représentant des paysages tels qu’ils étaient avant d’être touchés par la guerre

L’Oeuvre Belge du Jouet

L’Union Patriotique des Femmes Belges (UPFB) aussi consciente du fait que les enfants ont besoin de jouer que du fait que le désoeuvrement est néfaste pour la population belge et plus particulièrement pour les soldats blessés ou invalides ne pouvant, en Belgique occupée,rejoindre le front crée une section s’occupant exclusivement de la fabrication de jouets : c’est l’Oeuvre Belge du Jouet.

Cette organisation sera chargée de distribuer des jouets fabriqués dans différents endroits du pays et surtout à Liège, Bruxelles et Louvain. A Liège, c’est le très logiquement “Jouet Liègeois” qui se spécialisera dans le jouet à connotation régionale. A Bruxelles, ”Le Jouet Belge”, à Louvain, la comtesse Jean de Mérode crée la “Remdéo“, anagramme de son nom de famille et au niveau national, la " Fa-be-jo ", la Fabrique Nationale du Jouet participe du même effort. La société de jouets de la comtesse de Mérode fonctionnera presque exclusivement pour l’Oeuvre Belge du Jouet et fabriquera principalement des poupées dont les têtes, en porcelaine, proviennent des entreprises De Fuisseaux précédemment installées à Baudour et qui avaient été détruites par l’occupant.

Les jouets fabriqués par ces ateliers iront à des orphelins et des enfants nécessiteux et seront principalement distribués à l’occasion des fêtes comme la Saint-Nicolas ou la Noël.

 

Cette organisation sera chargée de distribuer des jouets fabriqués dans différents endroits du pays et surtout à Liège, Bruxelles et Louvain

Petits soldats et têtes de bois

La production de jouets passe aussi par la production de soldats-jouets en bois. Les dessins de ces petits soldats sont effectués par des artistes dont entre autres Amédée Lynen. Ce sont des croquis très stylisés qui ont voyagé dans le temps jusqu’à nous et qui nous montre des soldats aux jambes très carrées, presqu’irréels, portant des uniformes d’avant-guerre.

Mais en Belgique occupée, comparativement aux autres pays en guerre, on fabrique in fine, assez peu de “petits soldats” mais plutôt des jouets "pacifistes", sans référence à la guerre. Deux raisons à ceci : L’envie que les enfants - confrontés quotidiennement à la guerre ou plus justement à ses effets collatéraux - se changent les idées et le fait que ces fabriques de jouets se trouvent tout de même en territoire occupé par les Allemands qui pourraient trouver dans des jouets trop expressifs un soutien trop marqué aux troupes alliées.

Pour les petites filles, on fabrique des poupées pour qu’elles imitent leur maman et se préparent à leur future rôle de mère. On retrouve malheureusement assez peu d’exemplaires de ces poupées qui ont donc une grande valeur symbolique et historique.

Les jeux de société

A côté des jouets, les jeux ne sont pas en reste. Il s’agit le plus souvent de jeux de tableaux qui permettent aux pions de progresser au gré du jet des dés. Ce n’est pas tant le sujet du jeu qui est basé sur la guerre que son décor : décors régionaux ou nationaux. En Belgique, les allusions seront moins flagrantes que dans les pays alliés, car l’occupation veille mais des jeux de l’oie reprenant les figures marquantes du conflit seront largement diffusés après-guerre.

Dans cette panoplie rassemblée au fil des années par Paul Herman, le spécialiste de l’histoire du jouet en Belgique, il n’y a pas que des petits soldats, des poupées et des jeux de l’oie. On retrouve aussi une foire dans laquelle évoluent des petits personnages ou, plus porteuse d’un certain message de propagande, la reconstitution du béguinage de Dixmude, détruit par la guerre.

Ce n’est pas tant le sujet du jeu qui est basé sur la guerre que son décor : décors régionaux ou nationaux. En Belgique, les allusions seront moins flagrantes que dans les pays alliés, car l’occupation veille mais des jeux de l’oie reprenant les figures marquantes du conflit seront largement diffusés après-guerre

Sur le front : les jeux de cartes

Sur le front également, on joue, quand le temps, l’ennemi, les manoeuvres et la météo le permettent. Les soldats jouent aux cartes, principalement. Jeu facilement transportable, ne nécessitant pas des masses d’investissements, il est aussi vite rangé lorsqu'il faut retourner à l'attaque

La Première Guerre mondiale dans les jeux contemporains

Le premier conflit mondial est également le sujet de jeux et jouets contemporains. Si au rayon des jeux vidéos, fort prisés actuellement, c’est la Seconde Guerre mondiale qui occupe le haut du pavé des jeux basés sur des faits historiques, on retrouve la Première Guerre mondiale dans quelques jeux de vol ( Red Baron) ou de stratégie comme Trenches, World War One ou Victoria. La représentation de la première guerre mondiale après celle-ci fut donc multiple bien que moindre comparer à la seconde guerre : petits soldats, jeux de société sans parler des célèbres petits figurines de soldats fabriqués à base de schrapnels ramassés sur les champs de batailles et vendus aux touristes par feu Ivan “Schrapnel Charlie” Sybnnaeve,figure bien connue de Flandre Occidentale disparue en 2012.

En guise de conclusion...

Pendant la Première Guerre mondiale, le jouet permet de donner un moment de distraction positive à des enfants vivant dans un pays en guerre, occupé de surcroît. Mais plus encore, la fonction principale du jouet est d’occuper les hommes qui sont “bloqués” en Belgique.

Le jouet permet également de faire passer un message patriotique assez subtil auprès de toutes les générations et contourne la censure de l’occupant. Après la guerre, le jouet permettra de mettre en avant les figures des vainqueurs dans les jeux de société ou les petits soldats. Et si de nos jours, c’est surtout la Deuxième Guerre mondiale, plus "proche", qui est utilisée comme thème de jeu, le premier confit mondial n’est toutefois pas complètement absent du rayon jouet.

 

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