# Les saveurs de la Grande Guerre

Des poissons sous forme rectangulaire dans des boîtes de conserve, des viandes salées ou pulvérisées en cube, des fruits séchés, des pommes de terre conservées sous de la paille, des légumes cachés sous le sable pour une meilleure préservation…

En cuisine: Seraing, cantine des enfants débiles, juillet 1918  - Archives de l'État à Liège ©

En cuisine: Seraing, cantine des enfants débiles, juillet 1918 - Archives de l'État à Liège ©

Pendant la Grande Guerre, les habitudes alimentaires des Belges se modifiaient à mesure que le conflit se prolongeait; l’arrivage de produits importés jusque-là peu connus et le développement de recettes "maison" pour conserver les aliments ont tracé le chemin vers la lutte contre la pénurie.

Tôt le matin, les marchés privés et publics des villes et des villages ouvraient leurs portes pour offrir à la population, les aliments restants des réquisitions allemandes et des vols des wagons. Provenant de la campagne ainsi que des potagers urbains privés, les viandes, les céréales, les fruits et les légumes d’usage saisonnier pendant le conflit sont encore consommés aujourd’hui; certains d’entre eux gardant toujours dans la mémoire collective des plus anciennes générations de la population, un lien entre le goût et la pénurie comme c’est le cas de la chicorée.

Entre 1914 et 1918, le ravitaillement de la plus grande partie des ménages belges était une lutte journalière contre la menace de la disette. Le danger de la famine motivait dans l’esprit d’organisations comme le CNSA et des Belges instruits dans le savoir de la nutrition, une volonté d’apprendre à la population l’importance d’intégrer des nouveaux produits comme le riz et le maïs dans l’alimentation quotidienne et de préparer les aliments qui étaient à disposition selon les principes d’une cuisine économique et rationnelle. Se comptaient parmi ces apprentissages, des conseils pour préparer des soupes plus nutritives, pour faire confiance aux boîtes métalliques qui contenaient des poissons réduits en fibres, ou encore pour donner priorité à l’eau de pluie par rapport à celle des sources contaminées par la dynamite et le passage des bottes militaires.

Toujours dans une logique de rationnement, les saveurs de guerre dépendaient de la main économique des ménagères. Et même dans une réalité de pénurie, le besoin et l’incertitude ont fini par introduire de nouvelles habitudes et de nouveaux usages alimentaires qui sont encore repérables dans les assiettes et les verres d’aujourd’hui.

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