# Les missions allemandes : les postes et patrouilles

Le casque à pointe allemand  - Collection privée, Monsieur Willy DE BUSSCHER ©

Le casque à pointe allemand - Collection privée, Monsieur Willy DE BUSSCHER ©

À l'exception des centres-villes, les postes et les patrouilles sont organisés en lien avec la protection des chemins de fer. Ainsi, une compagnie en charge de la sécurité d'une voie reliant plusieurs villages s'y voit souvent, par la même occasion, confier le rôle de gendarme. Néanmoins, cette dernière mission recouvre des réalités fondamentalement différentes : à l'instar de ce qui se déroule pour les chemins de fer, la mission des bataillons postés en ville évolue au fil de la guerre. Les patrouilles et les postes de garde proprement dits subsistent jusqu'en novembre 1918, leurs missions annexes varient dans le temps.

Une rumeur insensée affirme en effet que 400 francs-tireurs se seraient rassemblés dans les bois et seraient sur le point de fondre sur Liège

1914 : des francs-tireurs cachés partout ?

La première tâche confiée aux bataillons dès leur installation dans les villes concerne la recherche active de toutes les armes possédées par les civils. Durant tout le mois de septembre, alors que l'alarme sonne quotidiennement, des investigations sont menées dans les "maisons, villas, jardins" des particuliers sans grand succès. A titre d'exemple, le bataillon Erlangen écume le quartier Saint-Gilles à Liège, habité alors par 9.000 personnes dont "de nombreux Allemands". Deux visites domiciliaires seulement portent leurs fruits. La première, effectuée sur base des dénonciations d'une Allemande du quartier, offre les découvertes les plus importantes : 20 fusils de chasse, 8 revolvers, 3 baïonnettes et 9 caisses de détonateurs de grenades sont saisis quartier Saint-Gilles. La deuxième permet de mettre la main sur 32 revolvers sans munition dans un autre quartier. Ces fouilles révèlent également la présence de quelques biens précieux comme une automobile et 700 litres d'essence, de la correspondance et de quatre Japonais qui sont fait prisonniers (la raison de leur présence en Belgique reste inconnue). Plus rarement, les recherches aboutissent à la capture de soldats belges blessés et recueillis par des habitants. Les hôpitaux militaires qui les accueillent sont placés sous bonne garde, de jour comme de nuit. Dans un cas particulier, dont on ne connaît la cause, la présence d'un seul homme mobilisera cependant 18 hommes et un sous-officier.

Ces fouilles, peu fructueuses, sont abandonnées dès le mois d'octobre pour laisser place à des exercices de tir et d'alarme et à des marches d’entraînement. Certains hommes n'ont en effet pas touché de fusil depuis des années et chaque compagnie se succède deux fois par semaine durant des mois au tir communal afin de se familiariser avec leurs nouvelles armes, certaines étant de fabrication belge et plus tard, russe.

Les bataillons du centre-ville sont également entraînés dans les conséquences des rumeurs d'attentats. Dès la fin septembre, des civils allemands anonymes informent le gouvernement du fait qu'un plan de révolte a été ourdi par la population et sera exécuté le 27, avec pour cible principale les ponts sur la Meuse. Ici encore, les nuits demeurent pourtant très calmes. Les bruits les plus fous courent dans les bataillons, particulièrement en relation avec la fête du Roi qui se déroule le 15 novembre. Ainsi, l'on entend que le 8 novembre, les réservistes et volontaires belges seraient acheminés à Maastricht grâce à l'aide de la garde civique et de la police et que le 9, un attentat serait commis sur la Meuse, où les travailleurs se rassembleraient! Une rumeur insensée tient toutes les compagnies en alerte durant deux nuits, les 6 et 7 octobre. La quatrième compagnie du bataillon Würzburg affirme en effet que 400 francs-tireurs se seraient rassemblés dans les bois et seraient sur le point de fondre sur Liège. Si ces rumeurs peuvent paraître fantaisistes, elles reproduisent de manière réaliste la crainte, véhiculée par la légende des francs-tireurs, qui anime l'occupant de voir le peuple se soulever.

Les hommes qui quittent les villes pour aller officier en tant que gendarmes dans la campagne reçoivent les remerciements du bourgmestre pour les services de police rendus

1915 : retour au calme et réorganisation

L'arrivée de l'année 1915 marque la fin de cette période de panique et le retour au calme. Le quotidien est rythmé par les exercices de tir au fusil et, plus tard, à la mitrailleuse, les entraînements de toutes sortes et les marches parfois longues. Les patrouilles sont alors chargées de faire respecter le couvre-feu, de participer au transport des prisonniers et de mener à bien les saisies de métaux auprès de la population, comme le cuivre. Les arrestations pour vol, contrebande de journaux interdits ou encore agression de citoyens allemands sont plus nombreuses. Les patrouilles sont rarement contraintes de recourir à leurs armes. L'usage des armes à feu en ville est régi par des règles strictes, parfois dans le but de canaliser les hommes qui perdent ponctuellement leur sang-froid. A titre d'exemple, le commandement se voit obligé de préciser qu'il est interdit de tirer sur un avion sans ordre précis d'un officier ou de spécifier aux postes et patrouilles de la Meuse qu'ils doivent rester attentifs et "ne pas tirer sur les travailleurs".

L'une des nouvelles missions consiste à surveiller les civils en âge de combattre, dans le but de décourager les candidats au voyage vers les Pays-Bas. Depuis septembre 1915, ces hommes sont par ailleurs soumis à l'obligation de se présenter tous les mois à la Meldeamt afin de signer un registre de présence. Les autorités renforcent le contrôle dont ces hommes font déjà l'objet : les Landsturm (soldats d'occupation) sont répartis en petits groupes qui se rendent, tous les deux ou trois jours, à tour de rôle, dans les différents villages et banlieues afin de vérifier qu'ils sont présents à leur domicile.

De nouvelles formations aux métiers de maître-chien et de conducteur de train sont proposées aux hommes afin de leur permettre de diversifier leurs compétences.

Les hommes qui quittent les villes pour aller officier en tant que gendarmes dans la campagne reçoivent les remerciements du bourgmestre pour les services de police rendus. Les missions confiées aux gendarmes dans les villages présentent des caractéristiques inédites. Ainsi, dans la Hesbaye, les arrestations sont légion, particulièrement pour des faits de contrebande. Durant les mois de mai et juin 1916, la compagnie en charge de la gendarmerie arrête une vingtaine de contrebandiers de céréales et pommes de terre, 26 personnes pour infraction au couvre-feu et une demi-douzaine de contrebandiers postaux. A l'inverse, les villages qui ne se trouvent pas sur les routes empruntées par les contrebandiers ne sont pas confrontés à ce type de faits.

Pendant les mois de récolte des années 1917 et 1918, principalement en Hesbaye, les Landsturm doivent maîtriser des embryons de révoltes qui vont même jusqu'à des lynchages publics de fermiers et d' "accapareurs" par une foule ouvrière affamée

La suite de la guerre, le quotidien s'installe

Le quotidien est constitué de tâches courantes, souvent plus comparables à celles d'un travail civil qu'à celles habituellement dévolues aux militaires. Les hommes sont appelés à tenir le relevé des récoltes, mais aussi à rassembler et saisir la laine produite dans la région afin d'éviter qu'elle ne soit vendue trop cher sur les marchés, ils sont aussi chargés de mettre en place des barbelés et d'éteindre des incendies. Certains mois d'été, ils doivent abattre des peupliers ou faucher et rassembler les herbes fourragères ou sauvages et les orties. Enfin, dans le cadre de leur tâche de police, les arrestations de voleurs des campagnes, surpris en train de fouiller les fermes à la recherche de nourriture, augmentent. Ce phénomène est dû aux "habitants affamés des villes et des lieux industriels des environs", selon les termes de l'officier qui rédige le journal de campagne et entraîne une multiplication des patrouilles en période de récoltes. Les patrouilleurs ont d'ailleurs le droit d'utiliser leurs armes lorsqu'ils sont confrontés à de tels cas de vols. Au fil des années, des patrouilles civiles belges sont mises en place pour compléter la surveillance des patrouilles allemandes.

Les patrouilles ont aussi affaire à de nombreux prisonniers russes qui, transférés en masse vers la Belgique pour travailler au chantier de la ligne Aachen-Tongres, s'échappent par dizaines voire centaines. Entre juin et décembre 1917, des dizaines de prisonniers russes en fuite sont arrêtés, parmi lesquels certains sont en cavale depuis plus de deux mois. La plupart sont seuls lorsqu'ils sont arrêtés mais les patrouilles sont parfois confrontées à des groupes. Les occupants sont également amenés à procéder à l'arrestation de leurs concitoyens qui ont déserté. Ces actions leur attirent les félicitations du commandement.

En conclusion, les missions confiées aux troupes dans le cadre de postes et de patrouilles varient manifestement en fonction du lieu et de l'instant. En effet, les hommes qui patrouillent en ville en 1914, empreints de nervosité et imprégnés des légendes sur les francs-tireurs, accèdent à un quotidien bien plus serein une fois casernés dans les campagnes. Néanmoins, ce climat de douceur campagnarde est rompu à certaines occasions. Ainsi, pendant les mois de récolte des années 1917 et 1918, principalement en Hesbaye, les Landsturm doivent maîtriser des embryons de révoltes qui vont même jusqu'à des lynchages publics de fermiers et d' "accapareurs" par une foule ouvrière affamée. Pour ces missions, ils ont reçu ordre de tirer sur les civils.

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