# Les missions allemandes : la sécurité du rail

Les missions allemandes : la sécurité du rail  - Collection privée, M. Nicolas Mignon ©

Les missions allemandes : la sécurité du rail - Collection privée, M. Nicolas Mignon ©

Assurer la sûreté des convois ferroviaires, en route depuis l'Allemagne vers le front ouest est capital dès le début de la guerre. Les bataillons de Landsturm (soldats d'occupation) sont naturellement désignés pour assurer cette tâche dans le territoire du "Generalgouvernement Belgien".

Il s’agit d'une des premières mission qui leur est confiée à leur arrivée en Belgique. Les transports de troupes continuant à passer jour et nuit, les Landsturm sont déployés dès août 1914 sur les voies intra-urbaines vitales à Liège, notamment celles qui franchissent la Meuse.

Toutes les sections ferroviaires utiles aux troupes allemandes sont délimitées et distribuées à des bataillons allemands. Les zones qui englobent des points vitaux comme des ponts ou des tunnels sont nettement plus restreintes, ce qui permet de condenser les troupes autour de ces édifices. De même, les zones campagnardes sont bien plus étendues (20 à 25km par bataillon) que celles à l’intérieur des agglomérations.

Enfin, en août, les patrouilles sont à nouveau accentuées, suite à des bruits selon lesquels un attentat aurait lieu "sous les ordres d'un Français très blond de 24 ans".

Une mission capitale...

Les hommes en poste le long des voies ferrées n'ont pas la charge des tâches les plus compliquées. Les officiers qui rédigent les journaux de guerre rivalisent d'imagination afin de trouver mille et une formules servant à décrire l'inertie qui rythme les journées. A partir de l'année 1916, ils relèvent l'arrestation de voleurs d'aliments qui opèrent dans les trains de ravitaillement de l'armée mais les peines qui leur sont infligées restent très légères. Les seuls moments de zèle sont liés à des rumeurs d'attaques relayées par le commandement ou à des événements extérieurs qui pourraient faire apparaître un risque de soulèvement. De telles rumeurs donnent ainsi lieu à une hausse de la fréquence des rondes au début du mois de novembre 1914 et l'alarme ne cesse de retentir entre le 14 et le 16 de ce mois. Ces bruits sont associés à la fête du Roi, qui pourrait donner lieu à des protestations. Les nuits restent toutefois calmes.

 

Le danger ne vient pas seulement de l'intérieur. Le 23 septembre 1915, s'ouvre une période de perturbations. En effet, jusqu'au 28 octobre, les bataillons en charge des chemins de fer sont en alerte de façon quasi permanente. Le 23 septembre, la police secrète allemande transmet une information selon laquelle quinze agents français entreront sur le territoire du gouvernement général dans les jours à venir. Les civils sont tenus à l'écart des rails et les postes de garde sont doublés, particulièrement autour des tunnels. Cette première nuit se déroule dans le calme mais de nouveaux ordres arrivent du grand quartier général dès le lendemain matin. Des avions français ont en effet été repérés au-dessus de la Belgique et auraient déposé des passagers. Un chasseur africain a déjà été capturé. Les ordres trouvés sur le pilote traitent de la destruction de la ligne Chimay-Marianol. Le grand quartier général envisage alors la possibilité d'une grande opération de destruction menée par l'ennemi dans tout le centre de la Belgique en prévision d'une attaque. Ce scénario est confirmé par la teneur d'un document de la police d'Hasselt qui relate les dires d'un prisonnier affirmant qu'une attaque généralisée des chemins de fer, et surtout des tunnels, est prévue pour la nuit à venir. Cette seconde nuit s'écoule sans accroc bien que les gardes restent sur le qui-vive, ayant reçu l'ordre de se tenir prêts à faire face à la présence d'agents secrets ennemis armés de pistolets ou encore de "cigarettes empoisonnées". Des ordres alarmistes continuent de tomber et "toujours plus de Belges et de Français sont arrêtés avec la volonté de détruire les lignes de chemins de fer". On accroît encore le nombre de gardes, ce qui mène à l'arrestation d'un Belge qui se déplace sans laissez-passer rue Natalis à Liège sur le pont ferroviaire. Il est conduit à la prison du palais. Début octobre, les rumeurs se concentrent sur un attentat qui toucherait la ligne Aix-la-Chapelle – Liège. L'arrestation de Pierre Adolf, aviateur français dont l'appareil a été abattu au-dessus de la Belgique et qui tentait de passer la frontière française avec des vêtements civils, attise ces inquiétudes. Finalement, la crainte d'attentats ferroviaires fait place à une nouvelle psychose : un bombardement des voies. Des ordres destinés à contrer cette menace arrivent dans la deuxième moitié du mois d'octobre, ils promettent, pour la première fois, une prime de 1.000 Marks à ceux qui arrêteront un activiste

L'année 1916 débute dans le calme, qui est toutefois rompu par la survenance de trois événements. En mai, un espion ennemi est arrêté dans la province de Hasselt. Après interrogatoire, celui-ci aurait avoué avoir reçu des ordres visant à lancer une large campagne de sabotage ferroviaire à l'arrière des lignes allemandes, dans le but de faciliter une offensive de l'entente à la fin du mois de mai. Les patrouilles et les postes sont renforcés en conséquence. Fin juillet, le passage de l'Empereur déclenche également un augmentation des patrouilles. Enfin, en août, les patrouilles sont à nouveau accentuées, suite à des bruits selon lesquels un attentat aurait lieu "sous les ordres d'un Français très blond de 24 ans".

Les années 1917 et 1918 voient également peu de mouvement sur les chemins de fer, mises à part les quelques rumeurs lancées début 1917 par des agents aux Pays-Bas, selon lesquelles des activistes belges prépareraient des attentats contre des tunnels ou des ouvrages d'art à Liège.

Au fil des mois, la psychose se dissipe et l'attention se relâche.

...qui sert de récompense !

Les bataillons qui se sont distingués, notamment à la frontière hollandaise, sont parfois récompensés de leur bravoure par le gouvernement par une affectation à la surveillance des chemins de fer. Les missions à la frontière sont en effet connues pour être pénibles physiquement et mentalement, au contraire de celles liées aux chemins de fer.

A titre d'exemple, le bataillon Würzburg bénéficie d'une mutation , dans "le plus beau territoire du gouvernement de Liège", les campagnes des vallées de l'Ourthe et de l'Amblève, pour y faire un travail "très calme" à l'issue de deux années difficiles passées à la frontière. Ces contrées ont en effet une importance moindre pour l'effort de guerre allemand, notamment par rapport à la vallée de la Vesdre. Les compagnies, dispersées sur plus de 80km, en sont très heureuses.

Durant un an et demi, c'est-à-dire jusqu'à la fin de la guerre, le quotidien de ces hommes se cantonne à l'organisation de postes et de patrouilles, à l'extinction des quelques feux de broussailles le long des voies causés par le passage de locomotives un peu trop chaudes, à l'arrestation des rares contrebandiers locaux, à la mise en place du départ des réfugiés français et aux travaux des champs.

La sécurité des chemins de fer a occupé une place changeante dans l'ordre des priorités des occupants. En 1914 et 1915, obsédés par la légende des francs-tireurs, les gouverneurs allemands sombrent peu ou prou dans la paranoïa et affectent une grande part des ressources, notamment en hommes, à la surveillance du rail. Au fil des mois, la psychose se dissipe et l'attention se relâche, à l'exception de celle portée aux voies principales qui restent bien gardées (comme la ligne Liège-Bruxelles). Faire partie de la garde ferroviaire apporte moins de prestige aux troupes que le fait d'être en poste aux frontières, les hommes y reçoivent moins d'honneurs et de médailles. Les compagnies de Landsturm préfèrent toutefois, la plupart du temps, accomplir des missions secondaires mais être casernées au cœur des campagnes.

Publicité