# Les lois qui changent le quotidien!

Si les Européens vivent aujourd'hui à l'heure de Schengen, de l'Euro, de l'uniformisation grandissante des règles, quand les Allemands s'installent pour quatre ans en Belgique, les frontières représentent bien plus que celles de 2014. De grandes différences persistent dans la façon de vivre le quotidien d'un pays à l'autre, même en Europe occidentale. En plus, un temps de guerre impose toute une série de mesures particulières qui vont chambouler les habitudes. Il y a les mesures que chacun est obligé de prendre de lui-même, notamment celles liées à la disette, mais il y a aussi celles qui seront imposées par le nouveau pouvoir. Chacun a en tête l'arrivée de l'heure allemande, avancée d'une heure par rapport à celle de Greenwich qui était utilisée jusque-là. Ou encore l'introduction des papiers d'identité. Bien utiles pour contrôler des civils en temps de guerre, l'idée sera néanmoins conservée jusqu'à nos jours. Mais les gouverneurs généraux imposeront un grand nombre d'autres lois...

Carte postale humoristique. À leur arrivée en Belgique, les Allemands mettent rapidement des restrictions à l'exportation de toute une série de marchandises : à commencer par la nourriture!  - Collection privée, M. Bertholot ©

Carte postale humoristique. À leur arrivée en Belgique, les Allemands mettent rapidement des restrictions à l'exportation de toute une série de marchandises : à commencer par la nourriture! - Collection privée, M. Bertholot ©

L'arrivée des Allemands

Quand la guerre éclate, le Moniteur belge (journal officiel publiant les les lois et autres textes réglementaires de l’Etat belge) sera encore utilisé par le gouvernement belge pendant quelques jours, le dernier paraîtra le 19 août 1914, avec notamment comme disposition l'établissement d'une cour militaire. Le nouvel organe législatif des Allemands sera le " Bulletin officiel des lois et arrêtés pour le territoire belge occupé ". Sa première publication sera, le 2 septembre, une proclamation du gouverneur général von der Goltz, mais il ne sera utilisé pour transmettre les directives à la population qu'à partir d'octobre. Les premières dispositions d'octobre sont principalement militaires, comme l'obligation d'accepter le Mark allemand dans les commerces belges ou interdisant la sortie de pigeons voyageurs ou l'utilisation de la radio (qui n'en était qu'à ses balbutiements à l'époque). Mais on fait également en sorte de museler rapidement l'opposition avec l'instauration, dès le 13 octobre, de la censure.

Le bulletin remplit presque pleinement le rôle du Moniteur belge et comportera à la fois des dispositions très locales comme la nomination de fonctionnaires comme des réglementations beaucoup plus larges. Par exemple, dès le 15 janvier 1915, pour contrer la raréfaction de la farine et pour réserver son utilisation au pain nourricier, il est interdit de confectionner des pâtisseries (c'est-à-dire toute préparation à base de farine et d'un autre ingrédient comme le miel, les œufs, le chocolat ou les amandes) pendant d'autres jours que les mercredis et samedis. Cette disposition sera d'ailleurs élargie vers l'interdiction totale en juillet 1917. Mais il s'occupera aussi de réclamer aux provinces belges un impôt de guerre au profit de l'armée allemande, qui, pour la plupart, refuseront à chaque fois de le voter jusqu'à ce que ce pouvoir leur soit retirer en 1917 au profit du gouverneur civil, un Allemand. Les communes seront aussi la cible des Allemands qui cherchent à se dédouaner pour leurs agissements : ils mettent en place des tribunaux particuliers chargés de siéger sur la responsabilité des communes dans les événements d'août 1914.

il est interdit de confectionner des pâtisseries pendant d'autres jours que les mercredis et samedis.

Les libertés retirées

Les civils voient leurs libertés diminuer peu à peu, avec notamment l'interdiction, le 21 janvier 1915, des assemblées en plein air, quelles qu'elles soient, ou bien à l'intérieur si la discussion porte sur un sujet politique. Tous les clubs à vocation politique doivent par ailleurs fermer leurs portes. En été 1916, cette interdiction sera renforcée avec l'interdiction des rassemblements mais également des vociférations, acclamations ou invectives sur la voie publique. Et pour éviter que cela se produisent " silencieusement ", les démonstrations concertées comme les insignes, les unités de couleurs, etc sont également bannies des rues.

Une police des mœurs est mise en place dès février 1915 à Bruxelles puis dans toutes les villes du Royaume. Cette police avait pour objectif de contrôler principalement les prostituées - profession qui a pris de l’ampleur depuis l'arrivée des troupes - qui pouvaient servir de vecteurs à certaines maladies vénériennes qui, selon l'état-major, pouvaient déforcer l'armée allemande.

En été 1915, par peur des fuites vers le front, des " Meldeamt " sont mis en place dans les grandes villes et communes. Ces bureaux étaient chargés de surveiller tous les hommes de la commune ayant entre 15 et 30 ans. Ceux-ci sont d'ailleurs obligés de s'y rendre régulièrement pour acter leur présence. Les autorités communales sont rendues responsables de leurs hommes et si il arrive que certains manquent à l'appel, la commune doit s'acquitter d'une amende. Fin octobre 1915, La surveillance est élargie à tous les hommes âgés de maximum 50 ans et plus aucun déménagement n'est autorisé.

Après la liberté de mouvement, c'est la liberté de travail qui sera réduite. Pendant le même été 1915, les hommes seront tenus d'accepter (sauf motif suffisant) tout travail d’intérêt public donné par les autorités allemandes. Celui qui refuse risque une peine allant jusqu'à 1 an de prison.

Ce type de résistance passive sera de plus en plus réprimé. En janvier 1916, un large arrêté " concernant la répression des actes menaçant la sécurité publique " rappelle la liste des actes passibles de la peine de mort. On trouve dans cette liste, entre autres, l'incendie ou inondation avec préméditation, l'agression avec violence ou à main armée contre les représentants de la force armée ou les délégués des autorités civiles ou militaires allemandes ou encore la résistance avec violence ou à main armée. À côté de ces faits amenant à la peine de mort, une série d'autres infractions sont créées avec comme sanction une peine d'emprisonnement de 5 ans minimum : faire circuler de fausses rumeurs sur les mouvements ou les victoires des forces ennemies à l'Allemagne, délivrer un prisonnier ou encore motiver les soldats allemands à l'insubordination.

Les démonstrations concertées comme les insignes, les unités de couleurs, etc sont également bannies des rues.

Les réquisitions et les marchandises

À leur arrivée en Belgique, les Allemands mettent rapidement des restrictions à l'exportation de toute une série de marchandises : à commencer par la nourriture, pour éviter que les marchands trouvent meilleur prix ailleurs ce qui accentue la disette belge, mais également tous les matériaux et produits qui pourraient être utiles à l'effort de guerre de l'Angleterre ou de la France et donc nuire à l'Allemagne. En février 1915, après avoir réglementé l'exportation de chaque marchandise une par une, le gouvernement allemand interdit purement et simplement toute exportation.

Couplées à ces restrictions, les réquisitions vont toucher un nombre incalculable de domaines. Les Allemands vont commencer par réquisitionner les matériaux directement utiles à la guerre comme l'essence et ses dérivés, les pneumatiques, les usines liées aux chemins de fer, etc. Mais peu à peu, cela va s’étendre à des entreprises bien différentes comme les compagnies de gaz ou d'électricité, les savonneries, les hôtels de Bruxelles, les banques, les mines, les forges, voire même des distilleries. Il ne restera plus que très peu d'entreprises ne tournant plus pour l'armée allemande. En dehors des entreprises dans leurs entièretés, des restrictions vont viser les civils et leurs possessions. La troupe se verra confier la mission de récolter tous les métaux utiles dans les maisons particulières, comme le cuivre pour les obus. Mais on ira également jusqu'à couper les arbres privés ayant un tronc assez large pour consolider les tranchées. Enfin, très rapidement, les cultivateurs seront tenus de déclarer leurs récoltes et celles-ci seront irrémédiablement saisies par l'occupant. Pour nourrir son armée mais également pour faire respecter les prix imposés aux vendeurs qui profitaient de la raréfaction des aliments. Évidemment, la plupart des cultivateurs vont minimiser leur récolte et en garder une partie cachée pour la revendre au marché noir, bien plus lucratif.

La troupe se verra confier la mission de récolter tous les métaux utiles dans les maisons particulières, comme le cuivre pour les obus.

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