# Le casque de Julien

Parcours de guerre de Julien Van Leirberghe

Le casque  de Julien  - Tous droits réservés ©

Le casque de Julien - Tous droits réservés ©

C’est un casque militaire, comme il en existe des milliers. Ce casque est celui d’un soldat de la Grande Guerre, Julien Van Leirberghe. Sur un des côtés de ce casque centenaire, on peut voir un trou d’une taille moyenne qui laisse supposer une histoire terrible… Heureusement, cette histoire, que nous a raconté sa fille, se termine bien. Ce casque sauvera la vie de Julien alors qu’il se battait sur l’Yser. Blessé lors de l’offensive finale, il sortira finalement bien vivant de cette guerre. Ayant réchappé à ces faits du sort, il survécut également à la seconde guerre au cours de laquelle il fut officier de réserve. C’est cette histoire que nous vous proposons de découvrir.

Un destin tout tracé

Julien Van Leirberghe naît en 1894 à Gand dans une famille francophone plutôt aisée de la bourgeoise gantoise ayant notamment des liens familiaux dans le milieu culturel néerlandophone de l'époque Le niveau social et culturel dans lequel il va grandir est donc plutôt élevé et l’éducation exigeante. Pendant son adolescence, Julien se passionne pour la construction et le dessin et c’est donc très logiquement qu’il se décide pour des études d’ingénieur civil. Il s’inscrit à l’Université de Gand à dix-sept ans, selon son dossier d’inscription, et ne réussit pas tout de suite sa première année, c’est seulement en deuxième session d’élève ingénieur civil qu’il sera admis à poursuivre ses études. Julien s’accroche et n’en démord pas : il sera ingénieur !

 

Le 7 juillet 1914 alors que depuis un bon mois le monde est secoué par les prémices de la guerre, il est proclamé en deuxième année. Rien ne présage que son parcours universitaire sera brutalement interrompu par la guerre quelques semaines plus tard.

Lorsque la guerre éclate

Si l’on ne sait, faute de sources, quels étaient les sentiments de Julien au moment de l’entrée en guerre de la Belgique, on peut deviner que ceux-ci ont dû être empreints d’inquiétude. Ces sentiments probablement couplés à un profond attachement pour son pays ne décide pourtant pas Julien à s’engager. Peut-être se sent-il plus utile à son pays dans ses livres que sur un champs de bataille?

 

Cela semble également être l’avis des autorités : Début octobre 1914, il reçoit un courrier des services du gouverneur général de l’arrondissement de Gand, qui n'est pas encore tombé en territoire occupé, qui l’informe de ce qu’il est dispensé de service mais que s'il le désire, il est bien entendu le bienvenu. Peut-être est-ce ce courrier qui a finalement décidé Julien ? Peut-être est-ce, comme le suggère sa fille, des conversations avec des copains d’études ? Le fait est que Julien décide de s’engager comme volontaire de guerre peu après. Avec plusieurs de ses amis, probablement étudiants comme lui, il passe clandestinement la frontière hollandaise pour rejoindre l’Angleterre et de là, la France.

 

Le 5 mars 1915, il entre donc au service de l'armée belge. En avril 1915, il est intégré au centre d’instruction de Dunkerque. Il reçoit alors une instruction militaire globale et est notamment formé aux maniements des armes quelques mois plus tard, déclaré apte au service, il est envoyé au front.

 

Si nous n’avons pu consulter le dossier militaire complet de Julien, les documents en la possession de sa fille ont permis de retracer une grande partie du parcours de celui-ci au sein de l’armée où, nous allons le voir, son talent sera mis au service de la

Tout au long de son implication dans le premier conflit mondial, Julien Van Leirberghe mettra à profit ses talents de dessinateur et de cartographe en élaborant lui-même des cartes et des retranscriptions fidèles des paysages.

Un talent utilisé à bon escient

Tout au long de son implication dans le premier conflit mondial, Julien Van Leirberghe mettra à profit ses talents de dessinateur et de cartographe en élaborant lui-même des cartes et des retranscriptions fidèles des paysages dans lesquels il a été amené à évoluer. Ces cartes, en possession de sa fille, sont assez émouvantes à consulter car elles sont des preuves “vivantes” du travail de Julien sur le terrain et de ses liens avec la guerre. Elles sont également d’une grande précision : ruisseaux, chemins et petits bois, hameaux, fermes… rien ne manque.

 

Tout dans le travail de Julien nous rappelle qu’il avait comme premier but de servir militairement. Ces cartes devaient pouvoir être utilisées directement et de façon aisée par leurs destinataires. En consultant ces cartes, on ne peut que penser au profond impact sur l’environnement. La faune, la flore, le sol et l’organisation même du territoire vont pendant quatre ans être également victimes de la folie des hommes et de leurs instruments de guerre.

Le 15 octobre 1915 à Caeskerke, Julien Van Leirberghe est blessé à la tête d’un coup de mitrailleuse alors qu’il combat sur l’Yser.

Un double miraculé !

Julien est donc un homme bien entraîné à la guerre, bénéficiant d’une formation complète qu’il joint à sa grande culture générale. Mais dans un contexte de guerre, toutes les formations du monde ne peuvent empêcher la fatalité de frapper et le 15 octobre 1915 à Caeskerke, Julien Van Leirberghe est blessé à la tête d’un coup de mitrailleuse alors qu’il combat sur l’Yser. C’est son casque qui le sauvera d’une mort certaine. Alors qu’il gît, aux côtés d’autres compagnons de guerre blessés et que les premiers secours effectuent un tri hâtif entre ceux qui ont encore des chances de survivre et ceux dont le cas semble désespéré, l’infirmier qui s’approche de lui s’apprête à le laisser mourir, mais Julien trouve encore la force de faiblement dire " Non, non... ". Il sera alors emmené avec les blessés à soigner et sera ainsi sauvé. C’est du moins ce qu’il racontera à ses proches la guerre finie.

 

Julien sera blessé une nouvelle fois, à Merckem le 28 septembre 1918, au commencement de l’offensive finale. Cet assaut effectué avec l’appui essentiel des forces américaines entrées en guerre en 1917 et qui devait contraindre les troupes allemandes à battre en retraite, Julien ne le verra que partiellement. Il est soigné dans un hôpital de campagne et le 12 octobre 1918, il est promu officier en remerciement de ces longs mois de guerre et en compensation des blessures infligées par l’ennemi. La signature de la paix provisoire sonnera la fin de la campagne militaire pour Julien.

 

Dès janvier 1919 et sa démobilisation officielle, il est de retour à Gand, sur les bancs de l’Université, désireux de finir ses études mais il optera pour l’architecte, sans doute attiré par les différentes perspectives que représentaient la reconstruction d’un partie du pays. Sa dernière inscription à l’université date de 1921.

 

Installé comme architecte en Belgique jusqu’à la crise économique de 1929, il fera, pendant un petit temps, partie d’une entreprise au Zaïre (Congo Belge à l'époque) avant de revenir en Belgique quelque temps avant que le monde ne s’apprête à rentrer à nouveau en guerre.

La guerre après la guerre

Au traumatisme de la Première Guerre mondiale vient s’ajouter la seconde. Officier de réserve, Julien est rappelé pour à nouveau servir son pays.

 

A la fin du deuxième conflit mondial, Julien sera envoyé dans les camps de concentration en Allemagne pour s’occuper du recensement et du rapatriement des déportés et prisonniers de nationalité belge. C’est une tâche difficile, humainement et logistiquement, qui témoigne de toute la confiance que les autorités militaires accordaient à Julien. Celui-ci, digne de cette confiance, restera néanmoins marqué toute sa vie par cette expérience.

 

Une carrière bouleversée

Après le Second conflit mondial, Julien Van Leirberghe décide de ne pas se réinstaller en tant qu’architecte indépendant, se trouvant trop vieux pour relancer une telle entreprise. Il troque alors sa table à dessin personnelle contre des fonctions dans l’administration portuaire et finira sa carrière à l’Etat, conscient et fier d’avoir rempli son devoir de citoyen belge mais nostalgique parfois d’une carrière plus artistique.

Conclusion

Si l’histoire du casque est parvenue jusqu’à nous, c’est grâce à la fille de Julien, héritière des affaires de son papa et donc de son casque, qui a l’immense souci de perpétuer le souvenir de celui-ci, de ses actions en guerre et de ce que toute cette génération de jeunes hommes a donné pour le pays en quittant famille, emplois ou études. La préservation de ces précieux documents est d’ailleurs assurée par les petits-enfants de Madame Van Leirberghe qui sont très fiers de l’investissement de leur arrière-grand-père.

 

Et s'il est extraordinaire d’avoir chez des particuliers des traces aussi empreintes de la guerre que ces souvenirs matériels, ils sont aussi les témoins d’un parcours de vie, bouleversé par la guerre. Sans celle-ci, Julien Van Leirberghe aurait été un ingénieur comme il en existe tant, avec une vie bien tracée, et sans histoires. En lieu et place de cela, il a mis ses compétences au service de son pays, lui offrant ses qualités de dessinateur et d’ingénierie. Après une vie bien remplie et fier d’avoir servi son pays lors de deux conflits mondiaux, Julien, survivant de la Grande Guerre et dont la vie fut en grande partie façonnée par deux conflits mondiaux s’éteint à Watermael-Boitsfort où il est inhumé avec les honneurs dans la parcelle réservée aux anciens combattants.

Sources

Archives Personnelles de Madame Van Leirberghe.

Publicité