# La "Trêve de Noël " : fraternisation autour du ballon rond

Ils s’avancent timidement dans le no man’s land. Pas après pas, geste après geste. Pendant quelques heures, certains soldats vont mettre de côté leur investissement dans le conflit mondial et côtoyer “l’autre”, l’ennemi. Lui serrer la main peut-être? L’image est forte. On imagine que les coeurs battent fort, eux aussi...

La "Trêve de Noël " : fraternisation autour du ballon rond  - Belgium the place to be ©

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Une trêve de quelques instants entre ennemis

Sur la ligne de front en cette fin d’année 1914, les moments d’attente sont nombreux. Entre deux coups de semonce, on en profite pour aller chercher les corps des soldats tombés à l’ennemi dans le no man’s land, on affûte son arme et si le temps se fait trop long, on lit, on écrit, on essaye de fermer les yeux un instant. Ce ne sont pas vraiment des trêves, mais plutôt des moments de repos ou l’on répare le matériel et où l’on se prépare pour la prochaine attaque.

Mais en ces jours de Noël 1914, entre le 24 et le 26 décembre, quelques soldats, britanniques et allemands, vont, sans autorisation aucune, et de façon tout à faits spontanée et limitée, fraterniser brièvement avec leur alter ego de l’autre camp.

Quelques jours auparavant toutes les tentatives de faire appliquer un cessez-le-feu général pour les fêtes échouent: un journal britannique, Le Sunday Post note en date du 13 décembre que les efforts du pape Benoît XV pour obtenir une trêve de douze heures effective le jour de Noël ont été vains. Et pourtant, une trêve, ou plutôt des trêves, auront bien lieu dans certaines tranchées, alors qu’à d’autres endroits, les hommes continueront de s’y massacrer.

A Plugstreet, les hommes sortis timidement des tranchées se serrent la main, boivent et chantent ensemble. Ils s’échangent du tabac, des cigarettes et même des petits objets souvenirs comme des boutons d’uniformes. Ils parlent aussi. Ou du moins ils essayent. Le futur dessinateur de la figure de guerre caricaturale “Old Bill”, Bruce Bairnsfather assiste à la scène. Bruce Bairnsfather, qui signalera dans ses écrits ne pas comprendre un mot d’allemand communique dans sa langue et par gestes pour faire comprendre qu’il est intéressé par les boutons d’un officier allemand. Celui-ci les échangent contre une pièce de son uniforme. Les soldats qui connaissent les deux langues se chargent parfois des traductions.

Malgré la bonne ambiance qui teint le moment, personne n’oublie qui est l’autre. Bruce Bairnsfather décrira les soldats allemands qu’ils rencontrent comme des “Huns” n’ayant pas le caractère sympathique des siens, mais ce qu’ils se diront restera entre eux.

 

Une partie de foot pour fraterniser ?

Ce que la légende retiendra avant tout, de ce moment particulier - les historiens ne sont pas d’accord - ce sont des parties de football improvisées dont on dit, notamment dans le Times du 1er janvier 1915, qu’elles eurent lieu lors cette trêve.

Toujours à Plugstreet, le 25 décembre, le soldat Tapp écrit “Nous essayons d’organiser une partie de football avec eux”. Les témoignages sont souvent indirects et fort peu nombreux ce qui en rend l’analyse difficile mais si l’on en croit le soldat Lovell des 3d London Riffles dont les propos fut rapportés, les soldats passèrent un bon moment.

Ce ne sera pas une vraie partie de football, organisée en formation classique de onze joueurs mais plutôt des échanges de " ballon ", avec en guise de ballon, une canette vide ou des boules de chiffons. D’autres témoignages font cependant état d’un vrai ballon gonflé dans les rangs britanniques... Peu importe les formes, l’idée est là et dans le fond, le recours à ce sport pour se rencontrer n’a rien d’étonnant. Le football est le sport le plus populaire avant et pendant la guerre dans les deux pays et des parties, plus régulières et moins impressionnantes celles-là, s’organisent souvent entre soldats derrière les lignes de front. De plus, bon nombre de footballmen professionnels ont rejoint les rangs des armées...

Mais cette trêve ne plaît pas à tous les hommes présents le long de la ligne de front : certains se montrent plus méfiants. Craignant une attaque en traître des soldats allemands, ils refusent de se joindre à la compagnie et restent dans les tranchées. D’autres n’osent pas franchir cette barrière psychologique et symbolique qui est de rencontrer l’ennemi.

On le voit, dans la minorité des régiments concernés par une trêve, il existe également des refus de se joindre aux “réjouissances”.

D’autres, sur d’autres lignes, donneront aux troupes ennemies “la seule trêve qu’ils méritent”, à savoir, l’attaque! N’empêche, des hommes que le hasard de la vie ont opposé lors du premier grand conflit mondial se sont tendu la main, donnant un relief humain à ce drôle de Noël de guerre...

Il n’y a pas unanimité, ni des sources de première main en suffisance, pour corroborer scientifiquement ce que des hommes ont fait, ou n’ont pas fait, en ces jours de Noël. Mais il semble incontesté que quelques soldats, qui se tiraient dessus auparavant, ont cessé de le faire pendant quelques heures, et pour que certains aillent à la rencontre de l’autre, ce qui est déjà suffisamment fort que pour créer une image durable, avec une vie propre, symbole de paix et de fraternité entre les peuples.

Derrière la trêve….

Aussi belle que soit l’image d’hommes que tout oppose et qui se serrent la main, il ne faut cependant pas non plus se faire d’illusions : cette trêve-là fut marginale et exceptionnelle et n’empêcha pas les milliers de morts qui tombèrent par la suite. Pourtant, elle marqua bel et bien les participants des deux bords.

Ce côté éphémère et extrêmement limité dans le temps, couplé à la critique de la hiérarchie militaire, explique d’ailleurs peut-être en partie pourquoi il existe peu de sources à son sujet.

Si il existe peu de références sur le sujet, il en existe encore moins sur la participation, ou plutot la non-participation des troupes françaises et belges à ces moments. Plusieurs explications à cela : les combats se déroulent sur leur territoire, envahi et sali par un ennemi qui a mis à sac le pays et le tient sous sa coupe. L’armée est composée de volontaires qui ont eux-mêmes de la famille en Belgique occupée par les troupes allemandes, le coeur n’y est donc pas du tout.

La perspective de “voler du temps à la guerre” plaît peu aux troupes des pays occupés mais ne plaît pas non plus à la hiérarchie des soldats participants. Quand ils eurent vent de ces actions de terrain, les états-majors apprécièrent moyennement cette fraternisation, même parcellaire. En effet, comment faire faire la guerre si l'ennemi n'est plus diabolisé mais est un être incarné avec lequel on chante et on échange de menus présents?

Plusieurs éléments indiquent que les hommes concernés furent relevés même si il est difficile de faire la part des choses entre la relève “classique” de ceux qui ont passé le temps de Noël aux avant-postes et une relève “extraordinaire”. Ce qui est sûr, c’est que chacun retourna à sa triste mission de guerre.

La trêve de Noël... et après?

A la Noël 1915, il y eut apparemment d’autres moments furtifs de fraternisation entre soldats d’armées ennemies et également un match de foot, sur lequel tout le monde s’accorde. Bernie Felstead en fut un témoin médiatisé. Mais celles-ci furent encore plus limitées et sporadiques que le “time out” de 1914. La guerre avait pris une nouvelle intensité dans la violence et les morts ne faisaient que s’accumuler dans les deux camps....

La trêve comme instrument de paix, maintenant et pour le futur !

Cette histoire symbolique marquera les esprits. Peut-être d’ailleurs aurait-elle moins marqué si elle avait été décidée à l’avance et organisées par les autorités?

C’est ce symbolisme qui est parvenu jusqu’à nous et qui est invoqué pour se souvenir avec émotion de ces quelques hommes qui n’ont pas oublié de rester des humains même dans un terrible environnement.

Bientôt des récits de fictions vont s’emparer de l’histoire de la trêve de Noël, des publications ont fleuri surtout outre-Manche et la belle histoire que représentait cet instant, immortalisée.

A Plugstreet, la plus célèbre des “trêve de Noël” est commémorée chaque année: des dizaines de ballons de football fleurissent au pied de la croix de St-Yves, inaugurée en 2007 par les Kakis Chums, une association pour le souvenir, à l’endroit marqué par Bruce Bairnsfather comme étant l’endroit de la trêve entre les hommes.

En Grande-Bretagne, les jeunes recrues des clubs de foot sont sensibilisés à l’importance de la paix et la compréhension mutuelle entre les peuples et sont encouragés à visiter le site, bel exemple qui commence à être repris par les jeunes joueurs belges.

En cette année de centenaire, la commémoration prendra tout naturellement un tour spécial et, sera l’occasion pour les institutions nationales et internationales de montrer leur intérêt pour le souvenir de ces hommes, de leur démarche et plus globalement pour la paix.

 

Le 11 décembre 2014, L’UEFA en la personne de Michel Platini inaugurera un monument à quelques mètres de la croix mémorielle déjà existante, donnant ainsi le coup d’envoi à une série d’évènements du 19 au 21 décembre 2014 qui vont attirer un grand nombre de visiteurs internationaux. Les moments forts seront sans nul doute la reconstitution d’un match de football à Saint-Yves même, une exposition des dessins de Bruce Bairnsfather ainsi que le 19 au soir une marche aux flambeaux et un “last Post” que l’on devine très émouvant.

Tous ces évènements uniques pour notre pays, commémoreront la “Christmas Truce”, cette trêve de Noël, si brève mais si belle.

Informations pratiques

Video de Belgium Tourism

 

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