# La religion et les loisirs en Belgique occupée

La religion et les loisirs en Belgique occupée  - Tous droits réservés ©

La religion et les loisirs en Belgique occupée - Tous droits réservés ©

Durant les quatre années d'occupation, les bataillons de soldats allemands développeront tout un monde autour d'eux. Si leurs missions leur prennent la majorité de leur journée, ou nuit en fonction de leur horaire, il reste tout de même du temps aux hommes pour se reposer et s'adonner à certains loisirs. Les officiers n'ont pas vraiment de jours de congé en dehors de leurs vacances, les sous-officiers et les hommes de troupe, eux, reçoivent cependant régulièrement des journées de repos. Ainsi, deux jours de permission sont accordés toutes les quatre semaines aux sous-officiers et tous les huit jours aux hommes de troupe.

La religion : «Gott mit Uns !»

La religion reste évidemment présente malgré la guerre. Des services religieux, catholiques et protestants, sont célébrés chaque semaine dans les villes. Il est également possible d'organiser un service pour les soldats de confession juive les jours de fête. En plus de ces offices hebdomadaires dans les villes, parfois trop éloignés pour les bataillons se trouvant en périphérie, des messes particulières ont lieu pendant les fêtes chrétiennes. Le réveillon de Noël est préparé une semaine à l'avance et la plupart du temps deux célébrations ont lieu, afin de permettre à ceux qui étaient en poste à minuit d'assister également à une messe. Les grands moments de l'année chrétienne comme Pâques ou la Pentecôte sont également célébrés. À chacun de ces événements, sauf la Toussaint, les hommes reçoivent un petit pécule, habituellement autour de 5 Marks par homme, 7,5 par sous-officier et 15 par officier. Cette prime est parfois répartie sur plusieurs jours avant le jour de fête. Les hommes fêtent Noël ou Pâques dans leurs quartiers, les officiers de tous les bataillons se retrouvant entre eux dans des endroits particuliers, comme des maisons réquisitionnées ou des salles de fête.

Des messes catholiques et des assemblées protestantes ont également lieu lors des anniversaires d’événements ou de l'Empereur et du roi de Bavière : le 7 janvier pour Louis III de Bavière, le 27 janvier pour l'Empereur, le 25 août pour la fête du Roi et plus rarement, l'anniversaire du Grand-Duc de Bade. Enfin, on fête les prises des villes belges comme Liège ou Bruxelles avec un office en l'honneur des soldats tombés pendant la bataille.

Les sources rapportent, sans en livrer ni la raison ni la conclusion, qu'une étude sur l'appartenance religieuse des bataillons est menée en septembre 1916. Cette étude fait directement penser au Judenzählung (décompte des juifs), étude commandée par décret par le ministre prussien de la Guerre Adolf Wild von Hohenborn. Cette étude avait pour but d’évaluer le nombre de soldats de confession juive présents dans l'armée allemande, pour répondre aux rumeurs de plus en plus importantes selon lesquelles les juifs avaient recours à mille et un stratagèmes et à leurs multiples connexions pour éviter de se retrouver dans les tranchées. Néanmoins, ce décret n'est signé que le 11 octobre 1916 et l'étude se fait au sein des bataillons en septembre. Il n'y aura aucune autre mention d'une autre étude de ce type par la suite.

Très rapidement après leur arrivée en Belgique, certains bataillons détachent plusieurs de leurs hommes pour créer des compagnies musicales qui se produiront régulièrement devant les troupes

Les loisirs

À côté des services religieux, les hommes ont accès à toute une série d'activités. Concerts, théâtres, périodiques, activités à la Soldatenheim de chaque ville de garnison (sorte de maison des soldats), conférences, le choix est vaste. Toutes les représentations ont lieu dans les villes ; les hommes stationnés en périphérie doivent par conséquent se déplacer, notamment durant leurs jours de permission, pour y assister. Les activités précitées s’adressent aux soldats et sous-officiers. Les officiers se mêlent rarement aux hommes. Ils célèbrent les fêtes ensemble et se réunissent assez régulièrement en soirée.

La lecture et l'écriture sont rapidement encouragées. Dès le mois d'avril 1915, les compagnies, même éloignées des centres-villes, reçoivent chacune 30 Marks pour mettre en place dans leurs quartiers une pièce de lecture et d'écriture. Moins d'un mois plus tard, elles reçoivent des périodiques pour la remplir. Le gouvernement met en place dès le mois de janvier une centrale de presse locale et lance un appel aux soldats afin qu’ils participent à la rédaction. Des livres à l'orientation idéologique patriotique très prononcée peuvent être retirés contre paiement à la Kommandantur.

Des concerts sont organisés régulièrement. Très rapidement après leur arrivée en Belgique, certains bataillons détachent plusieurs de leurs hommes pour créer des compagnies musicales qui se produiront régulièrement devant les troupes. Les orchestres se produisent souvent, pour les fêtes, pour accueillir les bataillons arrivant d'Allemagne, pour les célébrations particulières, les anniversaires de l'Empereur et du roi de Bavière ou encore la prise des villes belges avec dépôts de gerbes dans les cimetières allemands. Ils joueront aussi de manière assidue pour les hommes, la plupart du temps à horaires fixes, une à deux fois par semaine dans des lieux prédéterminés. Les musiciens les plus talentueux de tous les bataillons seront exceptionnellement réunis pour de grandes représentations à Bruxelles, comme en avril 1916 pour jouer le Ring de Wagner pendant une semaine.

Les représentations théâtrales, demandant plus d'organisation, sont plus rares mais néanmoins pas absentes des loisirs des soldats. Des troupes sont montées dans le but de jouer au front et dans les villes occupées, comme la " Rhein-Main. Verband für Volksbildung in Frankfurt " qui se produira dans toute la Belgique devant des salles combles, principalement d'Allemands mais également de quelques Belges qui devront souvent répondre de cette présence à la fin de la Guerre. Des journalistes relatent la bonne ambiance et le bonheur des hommes de troupe.

Pour motiver les hommes à s'améliorer, des petits concours sont organisés dans les villes avec à la clé, des récompenses importantes, allant de 4 à 25 Marks. Au début de la guerre, il s’agit principalement de compétitions de tir. Les dix meilleurs tireurs de chaque compagnie s'y affrontent devant leurs supporters. Plus tard, des concours de lancer de grenade s'organisent entre bataillons.

Certaines activités particulières sont proposées à la Soldatheim, suite à la présence d'un hôte particulier comme, par exemple, un missionnaire qui relate son expérience en Palestine avant de proposer une exposition de photos des îles de Samoa, alors possession allemande. D’autres sont organisées dans les quartiers des bataillons, comme une soirée diapositives dans le cloître de Fourons pour les hommes gardant la frontière.

Enfin, les hommes peuvent assister à des conférences, moyen utilisé tout au long de la guerre, pour les former sur l'aviation ou pour encourager leur fibre religieuse avec un colloque sur "la vie éthique et le soldat catholique", particulièrement à partir d’octobre 1917, date à laquelle le haut quartier général de l'armée ordonne de mettre en place des cours de patriotisme pour remonter le moral des troupes. La volonté est de mettre en place dans les compagnies de petits exposés suivis d'une discussion, organisés par les commandants de compagnie, sur des sujets relevant de l'état militaire et économique de l'Allemagne. De la littérature sur ces sujets est mise à disposition des hommes afin de préparer ces sessions. Ces séances recourent à l’utilisation de plusieurs médias, quelques hommes de chaque bataillon sont ainsi formés à la projection cinématographique. Dès le premier mois de l’organisation de ces conférences, en décembre 1917, les thèmes abordés sont multiples et permettent aux hommes de se former aux enjeux locaux et internationaux. Ainsi, "L'Angleterre, notre grand ennemi", "Les emprunts de guerre et la pression des créanciers de l'Allemagne", "L'agriculture allemande en temps de guerre", "L'importance de ceux qui sont restés en Allemagne", "La difficulté du ravitaillement et en particulier celui de pommes de terre", "L'importance d'épargner le charbon" ou "L'importance et les raisons de la limitation des vacances" sont les premiers objets de ces conférences-débats. Si les sujets sont largement patriotiques, les hommes gardent cependant la possibilité de poser des questions et de mener le débat. L'étude des titres de ces conférences permet de constater une certaine évolution idéologique : en janvier-février 1918, à côté des thèmes économiques, on parle des "Succès de l'offensive allemande à Cambrai" ou de "L'influence de la grève des travailleurs allemands et autrichiens sur les volonté de victoire de nos adversaires", en août on discute du "Droit des peuples de disposer d'eux-mêmes".

Si les Allemands sont dépêchés en Belgique pour occuper le pays et y faire respecter l'autorité du Gouverneur Général, le commandement se rend vite compte qu'il faut prendre en main tous les aspects de la vie quotidienne des soldats. La guerre de position durera 4 ans et le moral des troupes est particulièrement important. Si des loisirs intellectuels sont organisés dans toutes les villes, les hommes de troupe trouveront tout de même quelquefois le moyen d'outrepasser l’interdiction de se rendre dans les cafés et de boire de l'alcool. L'ennui et le mal du pays sont les maux à combattre parmi les troupes au début de la guerre mais, avec le temps, c'est l'inquiétude grandissante pour la situation allemande que la hiérarchie militaire se doit d'apaiser.

Publicité