# La population belge en 14-18 : démographie

Quelle a été l’évolution de la population belge pendant la Première Guerre mondiale ?

Carte postale humoristique sur le problème de la natalité  - Collection privée, M. Freddy Billiet ©

Carte postale humoristique sur le problème de la natalité - Collection privée, M. Freddy Billiet ©

Le 4 août 1914, l’armée allemande envahit le territoire belge et viole son intégrité. La population, choquée, assiste aux événements. Elle ne sait pas encore qu’elle va vivre en guerre pendant quatre longues années. Qui dit population, dit étude des mouvements de cette population. Sujet intéressant mais délicat car des données manquent. En effet, il faut se rappeler que la Belgique était une zone occupée par l’ennemi et que le gouvernement en exil n’avait pas tous les moyens à sa disposition pour effectuer des études statistiques complètes de par la destruction de nombreuses archives stockées dans les maisons communales, certaines détruites par les incendies et les mauvaises communications des informations.

Il convient donc d’être prudent surtout si l’on veut prendre en compte les données des régions spécialement touchées par les combats ou l’invasion de 1914. De plus, une étude démographique sur une période aussi courte est toujours délicate. Néanmoins, des études récentes sur le sujet permettent de se faire une idée de la façon dont la population belge a évolué, dans sa globalité, pendant les quatre années de guerre.

Quelle a été l’évolution de la population belge pendant la Première Guerre mondiale ? Cette guerre a-t-elle influencé d’une quelconque façon la démographie belge ? Y’a-t-il eu comme dans les autres pays une “génération perdue” ? Tentons d’y voir plus clair !

Des naissances en berne

Les naissances passent de 156.389 en 1914 (prenant en compte toute l’année) à 85.056 en 1918. Plusieurs raisons à cette baisse: l’absence des hommes en âge de procréer, même si elle est beaucoup moins marquante qu’en France ou qu’en Angleterre, la chute des mariages qui très logiquement entraîne moins de grossesses, les conditions sociales et économiques difficiles, les pénuries qui amènent aménorrhées, c’est-à-dire l’absence de règles, et carences. Tout cela contribue à faire baisser le nombre des naissances. Le nombre de mariages est lui aussi en baisse en 1915 (on passe de 41.095 à... 24.654 unions). Et des mariages en moins, c’est fatalement moins de naissances.

Les hommes en âge de procréer sont au front, soit plus tard au travail forcé en Allemagne, soit en Belgique occupée mais tout le monde en convient ce n’est pas une période pour commencer une famille. Cette chute continuera pendant toute la durée de la guerre : 99.360 naissances en 1916 puis 86.675 en 1917 et 85.056 en 1918. Quand on regarde le rapport entre naissances et décès au cours de ces années, cette chute est encore plus flagrante : le taux chute drastiquement de 47.669 à 23.617 entre 1914 et 1915 pour passer ensuite en négatif : - 1.684 en 1916 et surtout -38.149 en 1917 et -72.284 en 1918.

On assiste en 1919 à une reprise des naissances. De 8.013 naissances en janvier pour l’ensemble du territoire, on passe à 10.098 enfants en août et 14.690 en octobre, cette reprise due à la fin du conflit est à saluer même si on ne peut pas parler d’un vrai baby-boom des naissances lié à la fin de la guerre. Le manque de naissances en Belgique après-guerre continue d’ailleurs d’inquiéter et fera l’objet de campagnes natalistes ramenant les femmes dans leurs foyers.

Les discussions sur la nécessité de relancer la croissance de la population viendront dès la fin de la guerre avec des débats âpres entre les tenants d’une politique de natalité forte et les partisans d’un contrôle relatif des naissances.Les premiers mettent en avant la nécessité de mettre au monde des enfants, mâles de préférence, qui viendront agrandir les rangs et défendre la patrie si elle vient à être de nouveau attaquée; les seconds seront,eux , partisans d’une politique des naissances contrôlée laissant aux couples le soin de choisir le nombre d’enfants voulu ce qui éviterait selon eux misère et abandon d’enfant…

 

Les hommes en âge de procréer sont au front, soit plus tard au travail forcé en Allemagne, soit en Belgique occupée mais tout le monde en convient, ce n’est pas une période pour commencer une famille

Moins d’unions mais elles font la force !

Pour l’année 1914, le nombre de mariages s’élève à 41.095 pour l’ensemble de l’année. Il est à noter qu’en général la plupart des mariages se déroulent avant l’automne. 1915 voit une chute radicale du nombre de mariages : 24.654, soit un peu moins de la moitié du chiffre de 1914. C’est l’installation dans une guerre longue et délimitée géographiquement ainsi que les mesures spécifiques mises en place par le gouvernement du Havre pour faciliter les unions de soldats qui aideront à une lente remontée des mariages : 30.458 en 1916 puis 32.974 en 1917 et ensuite une petite poussée à 43.558 en 1918 mais plus que les facilités administratives, la vraie raison de la reprise relative des mariages sera la fin de la guerre.

En 1919, les mariages reprennent, surtout dans la tranche d’âge 25-30 ans, et une explosion de ceux-ci a lieu en 1920 avec 106.514 unions célébrées cette année-là soit le plus haut taux enregistré depuis la création de la Belgique, même si il est à noter que la courbe générale des mariages était déjà dans une phase montante avant-guerre. Les divorces en Belgique n’ont peu ou pas été comptabilisés pendant le conflit mais leur nombre est de 1.207 divorces en 1913 pour 623 en 1919. Ceci s’explique par le fait que les retours s’étalent sur toute l’année 1919, qu’il faut du temps pour voir apparaître les décisions de divorcer et que surtout les dispositions légales facilitant le divorce pour certaines catégories de personnes ne sont pas encore mises en place. On peut vraiment à ce sujet parler d’un effet à retardement qui se prolonge bien au-delà du tournant des années 1920, sans compter les ménages, officieusement séparés ou “éteints” bien évidemment non comptabilisés.

On ne peut pas parler de génération perdue pour la population belge

Des morts ? Oui mais moins que prévu...

Contrairement ce que l’on pourrait imaginer, le nombre de morts en Belgique pendant la période allant de 1914-1918 n’est pas extraordinairement plus élevé de par la guerre.

Il est de 108.720 en 1914 et de 157.340 en 1918. Entre 1916 et 1918, ce chiffre est en augmentation mais il n’est pas non plus extrêmement inquiétant pour la globalité de la population même si, aux victimes militaires (42.987) et civiles de fait de guerre (+/- 64.000), il faut rajouter les personnes plus fragiles, victimes des épidémies. Les personnes âgées sont touchées mais les populations populaires semblent mieux résister que des populations d’habitude plus protégées contre la misère et les maladies.

Ce qui est important à retenir, ce sont les efforts spectaculaires entrepris par la société caritative pour éviter que la mortalité infantile ne vienne alourdir le nombre de décès. Grâce aux actions de bienfaisance envers les nourrissons (Gouttes de lait...) bien des morts d’enfants en bas-âge sont évitées. Ce n’est donc pas tant le nombre de décès qui est marquant pour la démographie belge de la Grande Guerre que le manque de naissances.

Il y a une légère hausse des décès, probablement due aux circonstances de guerre sans que l’impact des pertes militaires et civiles ne soit déterminant mais il y a surtout une baisse des naissances

L’immigration : un facteur important

Si la baisse de natalité et les morts non prévues sont des facteurs importants pour l’explication de la démographie belge pendant la guerre, il faut aussi tenir compte de l’immigration, forcée ou volontaire, que l’on retrouve pendant et après la guerre. Le ministère de l’Intérieur belge a récolté auprès des autorités britanniques les chiffres pour les actes d’état civil concernant les réfugiés belges en Angleterre. Grâce à ceux-ci, on apprend que 265 naissances belges ont lieu entre octobre et décembre 1914 soit des grossesses déjà bien entamées lors de l’invasion du territoire belge et que ce chiffre des naissances ira grimper jusqu'à 1.111 pour la période de juillet à décembre 1915. Ce chiffre redescendra ensuite à 942 en 1917. D’autre part, 4.093 Belges se marieront en Angleterre et 2.523 y perdront la vie surtout en 1915.

Un recensement des réfugiés belges montre, lui, qu’il y a encore 325.298 résidents belges dans l’Hexagone à la fin de l’année 1918, dans la Seine, le Pas-de-Calais où se situe le siège du gouvernement belge en exil mais aussi dans le Calvados et dans l’Ille-et-Vilaine.

Mais il est important de noter que ceci ne prend pas en compte les personnes parties à la suite des événements d’août 1914 et immédiatement revenues, ni les personnes n’ayant, pour des raisons propres, pas répondu à la demande de recensement. Après la guerre, c’est le souvenir amer que la guerre aura laissé comme une vilaine cicatrice et les problèmes économiques qui auront raison d’un nombre important de Belges. Des familles émigrent principalement vers les Etats-Unis où l’image de la “Poor Little Belgium” est encore bien présente et où ils trouvent du travail et des terres, souvent aidés en cela par des descendants d’immigrés belges.

Et la "génération perdue" alors?

Contrairement à l’Allemagne, la France ou le Royaume-Uni qui essuient de lourdes pertes, on ne peut pas parler de génération perdue pour la population belge. L’explication est à trouver dans le fait que le nombre d’hommes partis se battre ne joue que faiblement sur le nombre total de population, au contraire de nos voisins et alliés de guerre qui, eux, ont vu plus d’hommes partir au front. Ce qui ne veut pas dire pour autant que les générations ayant connu les années de guerre en sortiront indemnes : le pays fut occupé pendant quatre ans, le souvenir des atrocités allemandes, des privations et des vexations par l’occupant est resté et reste dans les mémoires même si le temps et une seconde guerre avec le même ennemi, fit son oeuvre. Il vaut mieux donc pour la Belgique évoquer le cas d’une génération traumatisée plus que d’un saut de génération.

En guise de conclusion

En passant de 7.684.492 à 7.555.027 d’habitants, la Belgique ne voit pas son paysage démographique diminuer radicalement. Il y a une légère hausse des décès, probablement due aux circonstances de guerre sans que l’impact des pertes militaires et civiles ne soit déterminant mais il y a surtout une baisse des naissances. Et si la Première Guerre mondiale a eu de profondes répercussions sur la population belge sur le plan social, économique ou culturel, on ne peut pas dire que le faible impact démographique soit tant directement le fait de la guerre que des circonstances satellites à celle-ci, la plus importante étant la faiblesse de la population dès lors plus sensible aux maladies, surtout si celles-ci se propagent vite.

Statistiques

  • Nombre de population :
    • Evolution du nombre de naissances :
      • 1914 : 156.389
      • 1916 : 99.360
      • 1918 : 85.056
    • Evolution du nombre de mariages :
      • 1914 : 41.095
      • 1916 : 30.458
      • 1918 : 43.558
    • Evolution du nombre de décès :
      • 1914 : 108.720
      • 1916 : 101.044
      • 1918 : 157.340
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