# L'organisation de l'occupation

Carte postale, le Général von Bissing  - Collection privée, Nicolas Mignon ©

Carte postale, le Général von Bissing - Collection privée, Nicolas Mignon ©

Avec l'avancée des armées allemandes, il paraît rapidement nécessaire de mettre en place une administration particulière pour le territoire conquis. Outre le front proprement dit, deux zones sont rapidement découpées dans le territoire occupé. La plus grande partie, l'Okkupationsgebiet ou Gouvernement général, est formée de toutes les provinces belges à l'exception des deux Flandres, ainsi que les territoires français de Maubeuge, Givet et Fumay. Cette zone est dirigée par un gouverneur ayant les pleins pouvoirs. La deuxième partie, la zone d'étapes ou Etappengebiet, c'est-à-dire une longue bande d'une cinquantaine de kilomètres le long du front, englobe en Belgique les deux Flandres puis, plus tard, la partie occidentale de la Province du Hainaut. Cette zone est administrée par les troupes qui l'occupent, c'est-à-dire les 4e et 6e armées allemandes. Les limites de ces régions ainsi que leur administration ne seront fixées pour de bon que fin octobre 1914, après la retraite de l'armée belge sur l'Yser.

Le Gouverneur Général est tout au long de la guerre le personnage le plus important du territoire

Les Gouverneurs Généraux

Le Gouverneur Général est tout au long de la guerre le personnage le plus important du territoire. Ne répondant que devant l'Empereur, il compile dans les faits les pouvoirs du parlement et du Roi. Trois hommes se succéderont à ce poste durant les 4 années de guerre :

Le Generalfeldmarschall baron von der Goltz, nommé le 26 août 1914 par ordre impérial, il se fait connaître par décret auprès de la population le 2 septembre. Il mettra en place tout le système administratif du territoire occupé avant d'être envoyé en novembre 1914 comme conseiller du Sultan à Constantinople.

Le Generaloberst baron von Bissing arrivé le 24 novembre 1914 en Belgique, il y restera pendant près de trois ans, jusqu'à sa mort, le 28 avril 1917. Il est sans aucun doute celui dont la population gardera le souvenir le plus vif. Il sera l'initiateur de toutes les grandes mesures dont la séparation administrative, la déportation des chômeurs, la mise en place de la ligne électrifiée sur la frontière hollandaise, la flamandisation de l'Université de Gand etc. Il laissera à la postérité un "testament politique pour la Belgique" qui trace les grandes lignes théoriques de la politique allemande sur la Belgique. Henri Pirenne, notant la haine que les Belges lui ont vouée jusqu'à sa mort, le décharge quelque peu : "En réalité, ce vieillard en qui s'incarnaient les traditions militaires de la noblesse prussienne, n'avait à leur égard aucune prévention. Il les gouverna comme il eût gouverné n'importe quel peuple, sans se préoccuper d'autre chose que de bien servir son maître. Accoutumé à la discipline, il pensait que la population s'y soumettrait sans peine, et qu'il lui suffirait d'ordonner pour qu'on lui obéit, puisqu'il disposait de la force. Il ne pouvait admettre qu'il y eût, dans ce peuple, hybride à ses yeux, un sentiment national. Au surplus, il avait une foi aveugle dans l'Organisation en soi, ne songeant pas qu'elle ne peut réussir que par le consentement des organisés. Ainsi fait, il ne pouvait comprendre les Belges et il n'essaya pas de les comprendre. Ils lui apparurent comme une énigme psychologique. Retiré dans sa résidence de Trois-Fontaines, il évita tout contact avec eux, n'ayant de rapports qu'avec son entourage ou les ministres des puissances neutres résidant à Bruxelles. Au reste, il n'eût pas demandé mieux que d'entretenir dans le pays une prospérité qui, en manifestant les bienfaits de son gouvernement, eût tourné à l'avantage de l'Allemagne et de la Kultur. "

Enfin, à la mort de von Bissing, c'est le baron von Falkenhausen, oncle du futur gouverneur militaire de la Belgique et du Nord de la France de 1940 à 1944, qui le remplacera au poste de gouverneur général. Il restera dans les mémoires comme un homme au jugement plus modéré et équilibré que son prédécesseur, ce qui lui vaudra une plus grande confiance de la population.

Le baron von Bissing est sans aucun doute celui dont la population gardera le souvenir le plus vif

L'administration, militaire ou civile ?

Le gouverneur général contrôle donc toute l’administration au sein du territoire occupé. Celle-ci sera divisée en plusieurs parties. Le gouverneur général contrôle donc toute l’administration au sein du territoire occupé. Celle-ci sera divisée en plusieurs parties:

Tout d'abord la partie strictement militaire, contrôlée directement par l'état-major du gouverneur, elle s'occupe d'un grand nombre de compétences. On y retrouve tout le service de police avec des missions comme le contrôle des habitants, des prisonniers ou encore des passeports. Il s'occupera aussi de la justice militaire. Enfin, il s'emploie à une foule de services spécifiques comme, entre autres, ceux des travaux publics, de la défense aérienne, de toute l'intendance en ressources humaines et en matériel ou encore des importations de matières premières.

Ensuite, on retrouve l'administration civile, dirigée par le chef d’administration, Maximilian von Sandt également sous les ordres du gouverneur mais disposant néanmoins d'un pouvoir important. Les Allemands regroupèrent sous sa houlette nombreux ministères belges qu'ils remirent en selle sous leur contrôle. Cinq ministères furent néanmoins supprimés (Affaires Étrangères, Économie, Guerre, Chemins de fer, Marine, Postes et télégraphes), leurs compétences relevant de l'état-major militaire. Parmi les 6 autres, devenus des départements, chacun chapeauté par un Generalreferent, on trouve l'Intérieur, l'Agriculture, les Sciences et les Arts, la Justice, les Finances, l'Industrie et le Travail et les Travaux Publics. Cette répartition restera en vigueur pendant toutes les premières années de la guerre, jusqu'à la séparation administrative de mars 1917.

Le département politique était chargé de surveiller les publications à travers la censure ou de contrôler l'activité du Comité National de Secours et d'Alimentation

Sous la houlette du gouverneur

À côté de ces deux grands organismes, on trouve plusieurs départements indépendants relevant directement du gouverneur :

La Politische Abteilung ou département politique, qui comportait plusieurs sections. Elle s'occupait des relations du gouvernement général avec les pays neutres, était chargée de surveiller les publications à travers la censure, de contrôler l'activité du Comité National de Secours et d'Alimentation ou encore de la politique intérieure ou du commerce extérieur du territoire. Cette section sera dirigée par le Dr. Von der Lancken, "un homme du monde instruit, diplomate de mérite et aussi humain que son devoir le comportait".

La Bank Abteilung ou département des banques est chargé de la politique monétaire en Belgique occupée. Sa mission consiste principalement à surveiller les banques belges pour les empêcher de faire sortir des valeurs du pays mais il est également mandaté de s'assurer des paiements des contributions de guerre, ou de s'occuper de la circulation fiduciaire, etc. On trouvera à sa tête le Commissaire impérial pour les banques en Belgique, l'Oberfinanzrat von Lumm, directeur à la Reichsbank. C'est également dans cette section que fera un passage dans les premières années de la guerre le futur ministre de l'Economie du Troisième Reich, Hjalmar Schacht.

La Zentral-Ernte-Kommission ou Commission centrale des récoltes, s'occupait elle de la répartition des récoltes en céréales panifiables et avoine au sein de la population belge.

L'Abteilung für Handel und Gewerbe ou département du Commerce et de l'Industrie était chargé de la gestion de l'économie de guerre en Belgique mais dans l’intérêt de l'Allemagne. Ce département cherchait des volontaires pour aller travailler en Allemagne, recherchait des matières premières à exporter outre-Rhin ou encore administrait tous les bâtiments sous séquestre, hors banques.

Le Kommissar des Reichskolonialamtes ou commissaire du ministère allemand des Colonies qui lui s'occupait de tout ce qui concernait le Congo Belge

Et enfin, un Kommissar des Rechnungshofes des Deutschen Reiches, c'est-à-dire un détaché de la Cour des comptes allemande chargé de contrôler les comptes des autorités d'occupation.

Enfin, il faut noter que même si la zone d'étapes est sous le contrôle direct des armées, certaines compétences relèvent du gouverneur général.

Ce système fonctionnera en l'état pendant assez longtemps avant que le gouverneur von Bissing n'entame la grande réforme de séparation administrative fixée le 21 mars 1917. À partir de cette date, tous les départements sont dédoublés, Bruxelles deviendra la capitale de la Flandre, Namur la capitale de la Wallonie francophone. L'administration wallonne sera désormais dirigée par Karl Haniel, un Allemand membre de l’administration civile du Hainaut. Chaque région linguistique aura ses propres directeurs d'administration et son propre bulletin des arrêtés mais restera sous le contrôle total du gouverneur général.

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