# L'extraordinaire histoire du zeppelin de Mainvault

La Première Guerre mondiale n’est pas seulement une guerre où les hommes s’enlisent, se faisant face à face, parfois à quelques mètres l’un de l’autre, dans la boue. C’est aussi la transition d’un conflit du XIXe siècle vers un conflit moderne avec une nouvelle façon de faire la guerre.

Pièce du gouvernail qui s'est écrasé  - Collection privée, Monsieur Sébastien Morancé ©

Pièce du gouvernail qui s'est écrasé - Collection privée, Monsieur Sébastien Morancé ©

Les progrès technologiques viennent en appui des puissances bélligérantes, à coté d’ “outils” plus traditionnels comme les chevaux. C’est notamment le début de la guerre aérienne et, parmi les engins utilisés, le zeppelin est une innovation technologique à la pointe de son époque.

Invention du comte Von Zeppelin qui en dépose le brevet en 1895 après plusieurs années d’études de faisabilité, le zeppelin consiste en une “charpente rigide en aluminium avec à l’intérieur des ballons à hydrogène composés de tissu double au départ en caoutchouc puis en vessie animale, enfermés dans des filets en ramie; la charpente est recouverte d’une enveloppe extérieure composée d’un tissu léger en ramie ou en coton, recouvert d’un enduit céllulosique blanc ou gris qui augmente sa tension et lui donne plus de poli pour diminuer les frottements dans l’air. Le lest est constitué d’eau renfermée dans des caissons en aluminium d’une contenance de 4000 à 5000 litres.” Le premier appareil fera un vol inaugural en 1900, rapidement suivi par d’autres exemplaires mais la fabrication et le réel développement des “Luftschiffbau Zeppelin” commencera en 1914 et s’intensifiera avec le début du premier conflit mondial.

Mais ce gros oiseau est une “nouvelle technologie” et qui dit “nouvelle technologie” dit également fragilités. Les accidents n’étaient pas rares. Des 115 zeppelins en circulation pendant la Première Guerre mondiale, 17 s’écraseront du fait de l’ennemi - 7 de plus si l’on compte les appareils qui se sont posés en terrain ennemi - et 26 seront détruits accidentellement, ce qui fait en proportion beaucoup plus de destructions par accident que de destructions par la main des soldats alliés. Il est encore à noter que d’un point de vue étymologique, le terme “zeppelin” est surtout employé pour décrire les aérostats de fabrication allemande et pas ceux de fabrication française bien qu’ils existent également.

Voici l’extraordinaire histoire du zeppelin de Mainvault...

Un petit village témoin majeur malgré lui

En 1914, Mainvault est une localité d’environ un millier d’habitants située non loin de Ath. Ce village va voir de près le dirigeable mais également être témoin du destin du zeppelin LZ79 et de la manière dont les autorités occupantes s’y sont prises pour gérer l’accident et ses conséquences.

Le destin d'un zeppelin

L’appareil qui décolle fin janvier de la région namuroise en direction du territoire français, porte le matricule LZ79. Il a volé pour la première fois en août 1915 et est commandé par le major Gaissert. Son objectif est de faire le plus de dégâts possibles sur Paris. A l’approche de la capitale française, l’appareil sera observé par des civils. Le lendemain, il bombarde des habitations civiles et sera responsable de nombreuses victimes : 26 morts et 32 blessés et de nombreux dégâts matériels principalement dans le quartier de Menilmontant, à la limite des 11e et 20e arrondissements.

Les victimes, toutes civiles, seront enterrées avec les honneurs.

Des familles sont décimées, des maisons sont entièrements détruites et Paris est sous le choc mais la blessure sera aussi symbolique : les Allemands, notamment via la presse, se réjouissent d’avoir touché le coeur la capitale française et les citoyens français. Bien entendu la presse française fait un grand scandale de cette attaque le “Petit Parisien” du 30 janvier écrit “Les Boches ont renouvelé, hier soir, leur criminel attentat de mars 1914 sur Paris. Cette fois, malheureusement, il y a plusieurs morts et d’assez nombreux blessés”. La presse britannique n’est pas non plus en reste pour fustifger le bombardement.

Ayant accompli sa mission de destruction maximale aux alentours de Paris, le zeppelin reprend la direction des territoires occupés. Il est alors pris en chasse et fait machine arrière pour revenir en territoire allemand.

Très vite, l’occupant va s’affairer auprès du zeppelin pour évaluer les dégâts et organiser au mieux son évacuation. Cela n’empêche pas les habitants de pouvoir s’approcher et même de pouvoir ramasser quelques morceaux de l’appareil qu’ils conserveront en souvenir.

Le crash

Peu après le passage au dessus de Paris, c’est la panne dont il semble qu’elle ne soit pas causée par les attaques alliées.

Manquant de chance, une autre panne vient entraver les travaux de réparation de la première. Le zeppelin reprend le chemin de Reims, c’est-à-dire la zone ennemie. Heureusement, l’équipage et surtout son commandant, Gaissert, parvient à réparer et l’appareil reprend sa route vers l’Allemagne ou en tout cas vers les zones occupées.

Le 1er février 1916, c’est un bruit fracassant qui réveille la petite entité de Mainvault dans la région athoise. Le zeppelin LZ79 s’est écrasé sur une ferme de l’entité.

Méfiants car ils ne savent pas en quel territoire ils se situent, les Allemands sortent armés de l’appareil mais sont rapidement informés de leur position par les habitants. Rassurés, ils restent toutefois sur leurs gardes, se méfiant d’une possible réaction hostile de la population.

Le zeppelin ne fera pas de victime mais de nombreux dégats matériels. L’appareil est complétement inutilisable. Très vite, l’occupant va s’affairer auprès du zeppelin pour évaluer les dégâts et organiser au mieux son évacuation. Cela n’empêche pas les habitants de pouvoir s’approcher et même de pouvoir ramasser quelques morceaux de l’appareil qu’ils conserveront en souvenir. Outre le zeppelin lui-même, qui est tout à fait hors d’usage, les fermes avoisinantes sont abîmées : les toitures sont détruites et de nombreux débris jonchent les alentours.

Bien évidemment, la nouvelle du crash du zeppelin se propage rapidement et l’occupant sera bien obligé de fournir une explication officielle à cette “catastrophe”. Il laissera courir une rumeur selon laquelle ce serait bien un zeppelin allié, et non allemand, qui s’est écrasé à Mainvault, allant jusqu’à écrire “zeppelin français” sur le train qui emporte les restants de l’appareil en Allemagne. L’équipage lui, une dizaine d’hommes tous sains et saufs, prendront place à bord du LZ90 pour continuer leurs missions.

 

L’appareil qui décolle fin janvier de la région namuroise en direction du territoire français, porte le matricule LZ79. Il a volé pour la première fois en août 1915 et est commandé par le major Gaissert. Son objectif est de faire le plus de dégâts possibles sur Paris.

Le zeppelin : au coeur de la répression

Un fait de guerre en apparence banal et n’ayant fait aucune victime peut se retrouver témoin d’évenements plus graves.

Comme la moindre activité allemande pouvait être reprise par les différents réseaux d’espionnage et de résistance qui agissaient en sous main à travers tout le pays, le “crash” de Mainvault ne fit pas non plus exception à la règle.

C’est ainsi, en faisant entre autres rapport de la chute du zeppelin auprès des forces alliées, que Gabrielle Petit tombera dans un piège et se fera arrêter. Cette jeune femme, née en 1893 à Tournai et issue d’une classe populaire, s’engagera dans la résistance à l’occupant allemand notamment en faisant parvenir des informations aux bureaux de renseignements britanniques situés aux Pays-Bas et en participant à l’aventure du “mot du soldat” organisme mis en place pour faire passer des informations de et vers le front entre les soldats et leur famille.

Emprisonnée, elle passera en jugement devant les autorités allemandes le 3 mars 1916. Condamnée à la peine capitale, elle sera exécutée le 1er avril 1916 à Schaerbeek, dans l’enclos des fusillés, prés de ce qui sera par la suite les locaux de la RTBF. Bien entendu, ce n’est pas la chute du zeppelin qui a précipité celle de Gabrielle Petit : les deux évenements sont bien évidemment à dissocier, il est fort probable que Gabrielle Petit aurait été interceptée par l’occupant mais par le hasard des choses, ces deux éléments seront fortuitement liés.

Des souvenirs oraux et matériaux

Les habitants de Mainvault qui ont vécu l’événement que constitutait le crash accidentel du zeppelin garderont leur vie durant en mémoire les heures de février 1916. Une dame se rappellera ainsi avoir pu approcher l’appareil avec sa classe, d’autres personnes se rappeleront être venues en famille admirer l’appareil tant l’occasion d’approcher un tel engin de près était unique. Des villageois ramassèrent des débris dont ils firent de petits objets tels des dessous de plat. Ces artefacts furent conservés précieusement de génération en génération. De l’autre côté de la frontière allemande, des passionnés s'interessèrent également à l'histoire bien particulière de ce zeppelin et certains d'entre eux récupérèrent des élèments de l'appareil dont le superbe gouvernail qui est pour l'instant en prêt en Belgique dans le cadre d'une exposition dédiée à l'impact de la guerre 14-18 dans la province de Hainaut.

 

La légende du LZ79 était née et vit encore de nos jours à travers les recherches de passionnés à travers le monde mais spécialement en Allemagne et en Belgique dans la région athoise.

Le “Zeppelin de Mainvault” restera donc un événement important dans l’histoire de la commune. Au rayon de la “petite histoire”, les Mainvaultois racontent qu’un couple se rencontra près du zeppelin et qu'une petite chanson à ce sujet fut chantée à leurs noces en décembre 1917.

 

Ces artefacts furent conservés précieusement de génération en génération.

Un mot de conclusion

Si les occupants du LZ79 furent chanceux de voir leur appareil atterrir en pays occupé et non en zone alliée où les hommes auraient au minimum été fait prisonniers, les habitants eux auront été aux premières loges d’un évènement aérien symboliquement important.

Ce souvenir reste dans la mémoire collective du village et est transmise de génération en génération, jusqu’à aujourd’hui où des passionnés, belges et allemands, du LZ79 mettent le zeppelin à l’honneur.

 

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