# L'enfance en guerre : des vies à sauver

Chaque parent reçoit en Belgique à la naissance de son enfant une convocation à se rendre aux visites de l’Office National de l’Enfance, mais combien sont-ils à savoir que ces visites, ces pesées, trouvent leur origine au coeur même du sujet de la protection de l’enfance durant le premier conflit mondial ?

L'enfance en guerre : des vies à sauver  - Collection privée (Collecte RTBF) ©

L'enfance en guerre : des vies à sauver - Collection privée (Collecte RTBF) ©

A la fin du XIXe siècle, les élites belges ont fait de la protection infantile une priorité. Au début du XXe siècle, il existe près d’une centaine d’organisations de bienfaisance s’occupant de la jeune enfance. En 1903, on assiste à la création de la Ligue Nationale pour la Protection Maternelle et Infantile. En 1910, une loi sur le bien-être des enfants est votée grâce à l’impulsion de l’épouse du ministre de la Justice, Henry Carton de Wiart, Juliette Verhaegen, qui s'impliquera de manière importante action pour l’enfance pendant la guerre. Cette loi permet entre autres la possibilité pour un juge de déchoir un père de son autorité (prévention des mauvais traitements) ainsi que pour les mineurs d’être jugés devant un tribunal spécialisé.

Bruxelles accueille en 1913, le Congrès international pour la protection de l’enfance où Madame Plasky, inspectrice générale auprès du ministère des Affaires économiques fait un vibrant plaidoyer pour un plus grand investissement encore dans la protection de l’enfance et plus spécifiquement, dans la nécessité d’éduquer aux soins à apporter à la petite enfance. Tous les efforts convergeront vers une baisse de la mortalité infantile et avec succès.

Emergence de la Protection de l'enfance

L’entrée en guerre et les privations qu’engendrent l’occupation du territoire voit une augmentation du nombre d’enfants en souffrances physiques ou matérielles. Tout sera alors fait pour sauvegarder la population infantile de Belgique. Cette motivation est double : agir concrètement pour le mieux-être des enfants mais également montrer aux alliés de la Belgique que celle-ci a besoin d’aide matérielle et de nourriture pour ses enfants.

Le Comité National de Secours et d’Alimentation (CNSA) crée le 20 février 1915 une section Aide et Protection des oeuvres de l’enfance. Cette section aura pour but d’aider toutes les oeuvres de protection de l’enfance réparties à travers le pays occupé mais il y a tant à faire que bientôt des nouvelles sections voient le jour en fonction des spécificités : des cantines sont ouvertes pour les enfants dits “débiles”, d’autres pour les futures mamans. D’autres encore ouvriront des vestiaires et fourniront chaussures, sous-vêtements et vêtements aux petits nécessiteux. On classe, on trie et on distribue chasubles, bas, caleçons et maillots de corps. Le gaspillage et le resquillage sont fortement réprouvés. Les candidats aux dons doivent également être d’une bonne morale.

Les jalousies et les délations sont fréquentes mais on ne peut les éviter et on essaye de faire au mieux avec les moyens du bord s’appuyant sur des relais locaux. Le problème de l’enfance est vraiment abordé dans sa globalité. D’autant que les comités obtiennent rapidement l’aide des soutiens internationaux dont la très présente “Commission For relief in Belgium” qui fournit dons matériels et argent. Les comités s’entendent avec les écoles qui distribuent nourriture et vêtements et, lorsque la présence de charbon le permet, eau chaude pour décrasser la peau et laver les habits. Une collaboration pas toujours facile. Les relations avec l’occupant peuvent être source d’ennui : Juliette Verhaegen sera arrêtée car les Allemands la soupçonnent de faire de la résistance sous couvert des ses activités caritatives puis libérée quelques mois plus tard.

Autre activité importante qui finira par avoir sa propre direction : une section dédiée aux orphelins de guerre qui sera créée dès mars 1915 pour faire face aux besoins criants des enfants ayant perdu, un ou deux parents du fait de la guerre. Les oeuvres de charité d’abord, l’Etat ensuite mettront en place des moyens de soutien et d’accueil pour ces enfants ayant tout perdu. Cela permettra également aux pédagogues d’expérimenter de nouvelles méthodes.

Tous les efforts de ces comités et de leurs sous-sections se concentrent sur les soins à apporter aux enfants. La mortalité infantile est devenue une ennemie presque aussi combattue que l’occupant. Ce qui ne veut pas dire que tout soit rose dans l’organisation. Comités et oeuvres se disputent souvent les aides et c’est à celui qui aura la priorité dans la distribution. Derrière ces contestations se dessinent souvent des inimitiés interpersonnelles mais bon an, mal an, cette politique porte ses fruits et on assiste à une bonne couverture du territoire occupé et surtout à une baisse remarquable de la mortalité infantile ce qui est à souligner par temps de guerre d’autant que, de manière générale, les naissances baissent pour toute la période 14-18 en Belgique.

Cette motivation est double : agir concrètement pour le mieux-être des enfants mais également montrer aux alliés de la Belgique que celle-ci a besoin d’aide matérielle et de nourriture pour ses enfants

Les enfants de la zone libre : partir pour plus de sécurité

Du côté de la zone libre et de La Panne, toutes les urgences sont mobilisées pour soutenir les soldats. L’aide à l’enfance passe à l’arrière-plan mais n’est pas totalement inexistante pour autant. Ce sont les oeuvres de charité tenues par du personnel féminin qui viennent en aide aux petits nécessiteux mais les conditions ne se prêtent pas à l’émergence d’une institution qui chapeauterait toutes les mesures venant en aide aux plus jeunes.

Des écoles s’organisent tant bien que mal mais l’installation d’un système scolaire durable se heurte aux conditions difficiles du front tout proche. Les hôpitaux et orphelinats de la zone libre s’occupent également d’enfants bientôt rejoints en cela par du personnel international mais les grandes priorités de moyens vont au front.

Dès octobre 14, et la première bataille de l’Yser, on songe à évacuer les enfants : ceci se mettra en pratique en 1915 où commence une véritable épopée de transfert de milliers d’enfants en Suisse et en France, principalement vers les colonies scolaires.

D’autant que les comités obtiennent rapidement l’aide des soutiens internationaux dont la très présente “Commission For relief in Belgium” qui fournit dons matériels et argent

Une mission réussie et à continuer !

En conclusion, si la politique de soutien à la petite enfance connaissait déjà des prémices dans l’avant-guerre, la précipitation de la Belgique dans le conflit a ajouté un caractère d’urgence à la problématique et énormément de symbolique.  On a presque l’impression que chaque enfant sauvé est un enfant arraché aux griffes de la mort (ou de l’occupant, les deux images se confondant dans la propagande).

En constatant qu’une hausse de la mortalité infantile a été évitée de par les mesures de prévention mises en place, on peut qualifier l’action des oeuvres de l’enfance en Belgique par temps de guerre de réussite malgré les concurrences internes qui ont pu survenir entre les différentes oeuvres de charité et grâce à l’intervention matérielle des alliés, en particulier des Américains. Ce bilan positif aura d’ailleurs un caractère pérenne : en septembre 1919, une loi donne des statuts officiels à l’institution qui existe encore actuellement comme Office National de l’Enfance/Kind en Gezin.

En constatant qu’une hausse de la mortalité infantile a été évitée de par les mesures de prévention mises en place, on peut qualifier l’action des oeuvres de l’enfance en Belgique par temps de guerre de réussite

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