# L'attente et la Grande Guerre: les lieux d'approvisionnement

"Quand on manque de grives, on mange des merles", dit un vieux dicton. Pour l’ensemble de la population belge, les ingrédients qui composaient leurs repas pendant la Première Guerre mondiale dépendaient, avant tout, des lieux d'approvisionnement.

"Soldados alemanes en Bélgica" [Soldats allemands en Belgique]
Image de la présence amicale des soldats allemands dans les marchés matinaux belges; un autre regard sur les vraies réquisitions alimentaires... Carte postale à collectionner dans un album qui avait comme sujet "La guerra europea" [la guerre européenne] de la marque cubaine de cigarettes Susini  - Collection privée Nicolas Mignon ©

"Soldados alemanes en Bélgica" [Soldats allemands en Belgique] Image de la présence amicale des soldats allemands dans les marchés matinaux belges; un autre regard sur les vraies réquisitions alimentaires... Carte postale à collectionner dans un album qui avait comme sujet "La guerra europea" [la guerre européenne] de la marque cubaine de cigarettes Susini - Collection privée Nicolas Mignon ©

Des viandes, des fruits, des légumes, des pains, des produits laitiers et des délices sucrés attendaient d’être vendus dans les rayons des magasins privés, des boucheries, des boulangeries, des charcuteries, des marchés matinaux et des Magasins Communaux du Comité National de Secours et d’Alimentation (CNSA).

Avec la pénurie alimentaire imposée par l’occupation, la variété, la qualité et la quantité des denrées mises à disposition de la population affamée, ont été affectées directement par un ensemble de variantes: les réquisitions allemandes, la quantité de marchandises volées dans les trajets de ravitaillement, les blocages des moyens de transport et l’astuce dont faisaient preuve accapareurs et commerçants du marché noir. L’attente des populations entières devant les gares, les camions ou encore les portes des magasins lors des moments de famine les plus marqués constitue l’image flagrante de l’incertitude alimentaire entre 1914 et 1918.

En plus des efforts du CNSA et de la Commission for Relief of Belgium (CRB) pour ravitailler la population belge avec des produits de première nécessité, les alternatives commerciales privées tels que les épiceries spécialisées et les succursales de Delhaize Le Lion, existant depuis 1867, essayaient d’offrir une plus grande variété de produits à ceux qui pouvaient encore se le permettre. De plus, les accords signés avec le CNSA ont favorisé les Belges qui pouvaient trouver des aliments officiels "baptisés" avec un label "C.N.S.A", un "C.R.B" ou un "Comité" sur leurs emballages dans quelques magasins privés.

L’arrivée du XXe siècle a marqué pour l’histoire de l’alimentation les premiers développements de l’industrie agroalimentaire de laquelle notre quotidien actuel est si dépendant; les emballages qui nous rappellent des saveurs familières à travers les stratégies de marque et les magasins chaque fois plus adaptés aux préférences des clients, commençaient à faire ses premières apparitions dans une Europe en plein changement industriel. L’image des Belges qui s’approvisionnaient avec une Carte de Ménage auprès des Magasins Communaux pendant la Grande Guerre ainsi que celle des acheteurs d’aujourd’hui qui se promènent par les supermarchés avec leurs chariots, nous apprend que le rapport des consommateurs avec les aliments qui garnissent leur assiette est un processus en transformation à travers l’histoire.

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