# Jumeaux jusqu'au bout : Fernand et Georges Mahieu

Fernand et Georges Mahieu au début de la guerre  - Collection privée, M. Marcel BEAUCARNE ©

Fernand et Georges Mahieu au début de la guerre - Collection privée, M. Marcel BEAUCARNE ©

C’est une histoire particulièrement émouvante que celle de Georges et Fernand Mahieu. C’est l’histoire de deux frères, partis ensemble à la guerre et revenus tous les deux. Et si l’histoire de fratries qui ont risqué leur vie pour la liberté frappe à chaque fois l’imagination, celle-ci est d’autant plus marquante que ces frères sont jumeaux et ne se sont jamais quittés depuis leur naissance.

Fernand et Georges Mahieu sont natifs de Rumes, une entité hennuyère, tout près de la frontière française. Quand la guerre éclate, les jumeaux sont choqués de la nouvelle et surtout de la façon dont l’envahisseur a violé le territoire belge, censé être neutre. Conscient que le pays a besoin d’hommes jeunes et prêts à le défendre, Georges et Fernand se portent volontaires pour libérer leur pays et lui redonner sa liberté volée.

A la guerre !

Les deux frères reçoivent leur instruction militaire en France et plus précisement à Honfleur dans le Calvados. A la fin de celle-ci, les jumeaux sont séparés: Fernand est versé au 15e régiment d’infanterie tandis que Georges rejoint le 5e de Ligne mais malgré ces affectations différentes, les jumeaux sont inséparables, même par temps de guerre. Georges et Fernand se retrouvent non loin de l’autre dans les tranchées et vivent tout cela ensemble: l’horreur et l’incertitude des attaques, les rats, le froid et le temps long entre les tirs. Ils n’oublient pas non plus leurs parents, qui sont en Belgique occupée et leur écrivent: “Chers parents, nous sommes sans vos nouvelles (sic), cela nous inquiète beaucoup. J’espère quand même que vous êtes tout comme nous en très bonne santé, pas d’exception, ni pour l’un ni pour l’autre”. La vie dans les tranchées s’égrène comme pour des milliers d’autres jeunes gens: une période aux tranchées suivie d’un repos plus ou moins long selon les circonstances, suivi d’une nouvelle session de travail aux tranchées.

Conscient que le pays a besoin d’hommes jeunes et prêts à le défendre, Georges et Fernand se portent volontaires pour libérer leur pays et lui redonner sa liberté volée.

Quand un frère est blessé...

Le 6 juillet 1916, la guerre fait rage. A leur position, Georges et Fernand sont à l’ “avant”, en première ligne. Georges est couché en train de viser les lignes ennemies qui lui font face. Soudain, il est atteint. Une balle ennemie lui a traversé la gorge et est venue se loger dans une de ses omoplates. Le sang gicle. Tout de suite, Fernand, qui est à proximité avec son régiment, se précipite auprès de son frère et comprime la plaie pour empêcher le sang de s’écouler. Cette action héroïque sauvera sans doute la vie de Georges qui est tout de suite évacué vers les lignes arrière. D’une façon incroyable, ces moments intenses sont capturés sur des photographies, procédé relativement rare, à l’époque.

Cette action héroïque sauvera sans doute la vie de Georges qui est tout de suite évacué vers les lignes arrière. D’une façon incroyable, ces moments intenses sont capturés sur des photographies, procédé relativement rare, à l’époque.

Une longue convalescence

Georges est évacué sur Hoogstade, à l'hôpital militaire qui accueille les nombreux soldats blessés au front et nécessitant des soins urgents. Cet hôpital, créé par les Anglais, est passé aux mains des Belges au printemps 1916, quelques semaines seulement avant la blessure de Georges. Ce dernier est rapidement opéré afin d’extraire la balle.

L’opération est un succès et le médecin offre à Georges la balle qu’il venait à peine d’extraire de son corps (voir photo). A l’hôpital , Georges n’est pas seul. Il reçoit la visite de son frère, d’amis et de supérieurs venus le soutenir et, comme tant d’autres soldats, il recevra également la visite de la reine Elisabeth. Le premier mot que Georges arrivera d’ailleurs à prononcer suite à sa blessure sera pour elle. Alors que la Reine s’approche de son lit, il parviendra dans un effort surhumain à articuler: “Madame”. Ce témoignage de respect est aussi une belle leçon de courage pour celui qui aurait pu “y” rester.

Georges poursuivra sa lente convalescence à l’hôpital militaire de Rouen, séparé de Fernand, auquel il ne cesse pourtant de penser. Pour lui, la guerre est finie. Il se remettra doucement de sa grave blessure mais gardera à tout jamais une altération dans la voix. Fernand, lui, continuera à se battre jusqu’au bout, pour libérer son pays. Fait caporal en juillet 1917, il sera nommé en février 1919 soit après l’Armistice.

A l’hôpital , Georges reçoit (...) la visite de la reine Elisabeth. (...) Il parviendra dans un effort surhumain à articuler: “ Madame ”.

Des liens plus forts que jamais !

Fernand reviendra de la guerre longtemps après l’Armistice, en octobre 1919. En effet, ayant bénéficié d’une promotion sur le front, il aura droit à une période de formation militaire supplémentaire en rapport avec son grade. Enfin démobilisé, il pourra rejoindre sa famille, et surtout son cher Georges, en Belgique. La vie reprendra ses droits pour les frères mais ils n’oublieront jamais la guerre et les terribles heures où ils ont cru se perdre.

Ils auront à coeur de toujours préserver le souvenir de ceux qui ne sont jamais revenus. Ils prendront alors des responsabilités dans les organisations patriotiques veillant à tenir haut le flambeau sacré.

La vie après l'enfer

Fernand aura une fille, qui à son tour aura des enfants qui, cent ans après le déclenchement de la Grande Guerre, sont très fiers de leur grand-père et grand-oncle. Georges aura également une fille et un garçon prénommé en son honneur. Belle célébration de la vie après être passé si près de la mort...

Georges sera responsable de l’Amicale des anciens combattants d’Esplechin, Fernand lui, s’occupera de la section de Rumes, son village natal. Les deux frères garderont toujours à coeur l’importance du souvenir et dans leur mémoire le fait qu’ils auraient très bien pu revenir sans leur jumeau. Même âgés, on pouvait encore les voir se donner l’accolade et se transmettre le flambeau sacré. Image très émouvante quand on sait tout ce que ces frères ont vécu et pour Georges à quel point il aurait très bien pu ne jamais revenir de la guerre.

Les liens entre Georges et Fernand, si ils pouvaient encore l’être, ont bien évidemment été renforcés par cette expérience de guerre. Ce qui rend d’ailleurs leur histoire quasi-unique  - d’autres cas de liens fort existants par ailleurs - c’est leur gemellité et le fait qu’ils devinrent autant frères d’armes qu’ils étaient frères de sang. Jusqu’à leur décès, Georges et Fernand resteront ainsi unis. Maintenant qu’ils ne sont plus là, c’est à notre tour de reprendre le flambeau et d’honorer la mémoire de Georges et Fernand, les jumeaux que la Grande Guerre n’a pas réussi à séparer.

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