# Introduction

L’histoire des animaux dans la Grande Guerre pour éclairer celle des hommes!

Les animaux  - Tous droits réservés ©

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Il est difficile d’entendre parler aujourd’hui de la Grande Guerre sans être frappé par les métaphores animalières employées, de façon presque instinctive. Le conflit est souvent qualifié de "boucherie", les soldats sont décrits comme un "troupeau" qu’on amène à l’ "abattoir". Ces lieux communs ne sont pas anodins et beaucoup de combattants auraient pu les trouver blessants, du moins pendant le conflit. Car autant ils acceptent d’animaliser l’ennemi (les caricatures assimilant les militaires allemands à des cochons sont innombrables), autant ils supportent difficilement qu’on oublie leur condition d’homme. Les soldats de la Grande Guerre ne voulaient pas être vus comme des êtres réduits à l’animalité par une guerre inhumaine. La plupart ne souhaitaient pas être plaints pour leurs conditions de (sur)vie, mais être respectés pour leur capacité à les endurer en tant qu’êtres humains. Si les soldats estiment parfois qu’on les traite "comme des bêtes", le "comme" est là pour nous rappeler qu’ils ne se voyaient pas comme des moutons sans libre arbitre, mais bien comme des hommes.

Ces hommes qui ne veulent pas qu’on les prenne pour des animaux témoignent souvent de beaucoup de tendresse pour les bêtes qui les entourent. Il y a bien sûr les nuisibles, ceux qui ajoutent encore aux souffrances des combattants : les rats qui se sentent chez eux dans les tranchées et le no man’s land, les poux et les puces qui profitent du manque d’hygiène, les mouches et moustiques qui infestent le front à la belle saison. Mais le soldat est environné d’animaux dont il ne saurait ni ne voudrait se passer. Des animaux de compagnie (sur le front, surtout des chiens) leur rendent des services (comme chasser les rats, repérer les blessés, transmettre des messages), leur donnent un peu de tendresse et égaient leur vie en lui donnant une apparence de normalité domestique. Les pigeons sont largement utilisés à des fins de communication. Immédiatement à l’arrière, ce sont des millions de chevaux, de mulets ou d’ânes qui ravitaillent en nourriture, munitions et équipement toutes les armées belligérantes. En dépit de l’essor du parc automobile pendant le conflit, ils sont indispensables sur le front et son arrière du premier au dernier jour de la guerre.

Mais ils le sont aussi et surtout pour les économies des pays en guerre. Celle-ci devient totale et se joue autant sur le terrain économique que sur le champ de bataille. Vaincre suppose être capable de produire davantage de nourriture et d’armes que l’ennemi. Les chevaux sont indispensables dans les mines, les industries, le secteur des transports. Les armées et les populations civiles consomment de gigantesques quantités de nourriture alors même que toute l’économie est perturbée par la mobilisation de nombreux travailleurs. A la demande en nourriture d’origine animale s’ajoute les besoins des armées en cuir et en laine, à une époque où les matériaux de synthèse font défaut.

L’histoire des animaux dans la Grande Guerre éclaire donc souvent celle des hommes. Encore faut-il ne pas confondre les uns et les autres. Il est d’autant plus légitime de se préoccuper des souffrances animales que la sensibilisation à cette question, amorcée au XIXe siècle, est importante pendant la guerre elle-même. Mais notre hypersensibilité aux souffrances animales ne traduirait-elle pas parfois, en ce début du XXIe siècle, une difficulté à compatir avec nos semblables ? Image-même de l’innocence perdue de l’homme, l’animal lui devient préférable et sa douleur, encore plus intolérable…

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