# Introduction

Ou le concept 'Belgium' sur la scène internationale

Extrait d'une carte postale  - Collection privée, Monsieur Berthot ©

Extrait d'une carte postale - Collection privée, Monsieur Berthot ©

La Belgique, depuis 1831, est un pays neutre, de manière "permanente et perpétuelle", ainsi que l’affirment les textes juridiques en vigueur, suite aux traités de 1831 et de 1839. Depuis, cet état de fait, cette neutralité, bien que remise en question de manière sporadique, est bel et bien ancrée dans une tradition. Or, le 4 août 1914, cette neutralité et les principes qu’elle véhicule, sont violés par l’Allemagne, à la suite de l’expiration d’un ultimatum stipulant que les troupes d’outre-Rhin se doivent de traverser le territoire belge, afin d’éviter une prochaine offensive de l’armée française. Le roi des Belges Albert Ier n’y voit qu’un prétexte à l’invasion en bonne et due forme de son Royaume. Dès lors, la guerre semble inévitable. Assez rapidement, la Belgique apparaît comme un cas tout à fait singulier en ce début de conflit ; cette singularité va d’ailleurs perdurer durant les quatre années de combats. En effet, il s’agit bien du seul pays dont la superficie sera envahie à plus de 90%. Cette invasion implique une conséquence qui semble aller d’elle-même, à savoir l’exode. Certes, nous entendons par là les milliers de réfugiés belges qui trouveront l’hospitalité à l’étranger, les intellectuels qui, après parfois bien des atermoiements et des vicissitudes, s’installeront en Angleterre, du côté d’Oxford, ou, tout simplement, le gouvernement belge qui, en octobre 1914, prendra ses quartiers non loin du Havre, à Sainte-Adresse, d’où il gérera le cours des affaires de la Belgique.

Cette singularité belge fait en sorte que ses rapports avec l’étranger revêtiront également un caractère tout à fait atypique. En effet, dès le mois d’août 1914, l’opinion internationale est immédiatement sensibilisée par la défense tenace des forts de Liège, tandis qu’elle apprend non sans effroi les détails des massacres de la Place du XX août, dans la cité ardente. Par ailleurs, le fait que des étrangers aient été également pris à partie par l’occupant et exécutés parmi les Belges contribua à accroître cette sensibilisation. L’activité de certains propagandistes belges à l’étranger, et, parfois, de Belges de renommée internationale, à l’instar de Jules Destrée ou Georges Lorand, va contribuer, durant le conflit, à "porter la voix" de la Poor Little Belgium à travers les autres pays. Ils voyagent, en Italie, en Roumanie et organisent des missions en direction des États-Unis. Les clandestins passent par les Pays-Bas afin de rejoindre Londres, puis, parfois, le Gouvernement belge en exil au Havre, afin de se rendre utile, d’une manière ou d’une autre, à la cause de leur pays. Il faut sortir du territoire occupé. Faire parler de la Belgique. Faire passer le mot. Détruire les justifications allemandes de l’invasion d’août 1914. Ces évènements et ces protagonistes, enfin, vont également contribuer à la mondialisation du concept "Belgium". Désormais, ce pays, jusqu’alors reconnu pour ses tramways et sa présence au Congo, par une partie réduite de l’opinion internationale, fait son entrée sur la scène mondiale.

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