# Introduction

Derrière chaque poilu, il y avait une épouse, des parents, une famille

Familles  - Tous droits réservés ©

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La cellule familiale est un élément central de la vie sociale du début du XXe siècle: vivant au rythme de rites, quotidiens ou particuliers. La guerre ne peut se faire pendant quatre longues années sans naissances, sans mariages et sans décès, les rites autour de ces actes subsistent donc mais ceux-ci doivent s’adapter aux circonstances. La naissance n’aura peut-être pas lieu au domicile, lieu habituel des naissances pour cette période, les mariages verront leur organisation bouleversée quant aux décès, si il y a des décès extraordinaires de par la guerre (soldats, maladies dont on se remet mal…) avec un traitement non ordinaire, les décès “habituels” prendront également parfois une tournure différente d’un temps de paix, de part l’occupation du territoire et l’éloignement de certaines familles parties en exil . Qui dit familles dit enfants. L’éducation familiale est également importante et est en grande majorité dévolue au chef de famille.

Pour communiquer sur ces évènements familiaux, on échange par courrier postal, le moyen le plus répandu pour l’époque avec le télégramme, selon les urgences et le budget. Ici aussi, cette manière de faire sera fortement perturbée. L’entrée en guerre viendra bousculer ces rites sans les faire toutefois disparaître. D’ailleurs, on évoque rarement dans les correspondances “la guerre” et on lui préfère les termes d’ “évènements” ou de “circonstances”.

Le destin de ces familles dépendra énormément du sort qui sera le leur pendant le conflit : les familles passeront la guerre séparées ou ensemble selon les cas. De la façon dont elles passeront la guerre dépendra également la vie d’après-guerre. Les retrouvailles peuvent être difficiles et une hausse des divorces se produit. On peut donc dire que la guerre a laissé une forte empreinte dans les familles.

Les familles de soldat passeront la guerre à attendre des nouvelles, à en recevoir parfois et pas toujours d’heureuses. Elles apprendront le décès d’un proche sans toujours pouvoir se recueillir sur sa dépouille. Le travail de deuil en sera chamboulé, les traditions pas toujours observées.

Les familles de réfugiés seront confrontées au fait de laisser tous leurs biens derrière elles et de construire un semblant de vie normale à l’étranger.

Quant aux familles restées en zone occupée, elles passeront, dans leur majorité, la totalité de la guerre confrontées aux privations et aux injonctions, parfois loufoques, de l’occupant.

En matière d’histoire de famille, les généralités sont proscrites. Chaque famille est unique et bien sûr il existait aussi des familles ayant eu des sympathies pour l’occupant allemand ou profitant de la guerre pour monter les prix de leurs produits.

Certaines familles vivront les quatre années d’occupation à trois générations dans un petit logement. D’autres devront loger des militaires allemands, d’autres encore, souvent dans les villages éloignés, verront à peine un Allemand de toute la guerre ! Même si des " grande catégories " sont différenciables, chaque famille est unique et leur parcours l’est tout autant !

Si l’on a peu évoqué les trajectoires des familles belges pendant la Première Guerre mondiale, comment elles l’ont vécue, comment elles l’ont traversée, c’est parce que l’expérience militaire longue et douloureuse occupe tout le devant la scène. Le quotidien des civils passe à l’arrière-plan. Pourtant ces soldats avaient des familles, familles qui ont vécu pendant cette guerre, des moments difficiles mais parfois heureux aussi. Ces témoignages poignants, ces histoires singulières sont trop souvent gardées comme des secrets, au mépris de leur valeur historique.

Cent ans plus tard, c’est l’histoire de ces familles que nous avons décidé de vous raconter.

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