# Introduction

Aspects militaires  - Collection privée, Monsieur Jean HERMAND ©

Aspects militaires - Collection privée, Monsieur Jean HERMAND ©

Comme tout événement historique considérable, la Grande Guerre suscite immédiatement dans notre esprit des images toutes faites, notamment concernant les aspects militaires du conflit. Elles dominent encore trop souvent les discours et les textes, y compris aujourd’hui à l’occasion du Centenaire. Il est entendu par exemple que la Première Guerre mondiale fut une guerre "insensée" ou que les combats étaient des "boucheries". Dans les fictions ou les médias, les soldats sont la plupart du temps davantage des victimes que des acteurs. Les officiers sont arrogants et/ou incompétents, les civils de l’arrière égoïstes et/ou va-t-en-guerre, les femmes d’admirables infirmières ou des épouses infidèles, etc.

L’histoire n’a pas pour but de détruire ces stéréotypes, qui peuvent parfois contenir une part de vérité: trop souvent d’ailleurs, "démystifier" signifie simplement remplacer un mythe par un autre. C’est pourquoi les historiens cherchent davantage aujourd’hui à comprendre les imaginaires de guerre, à les démonter pour comprendre d’où ils viennent, comment ils fonctionnent, à quel besoin ils répondent, qu’à prétendre les détruire. Depuis quand, par exemple, dit-on que la Grande Guerre fut "insensée", et qui le dit ? Qu’est-ce alors qu’une guerre "sensée", pour qui et dans quelles conditions ? Pourquoi le terme de "boucherie" ne nous vient-il pas aussi spontanément à l’esprit quand nous pensons à d’autres conflits, comme par exemple les guerres napoléoniennes, la guerre civile américaine ou la Première Guerre du Golfe ? S’agit-il de degré de violence, ou d’une question de mémoire ? Comprendre la Grande Guerre suppose d’abord un travail de réflexion sur nos propres présupposés.

C’est peut-être sur les questions militaires que ceux-ci nous empêchent le plus de voir la guerre avec un regard neuf. La fiction s’est en effet emparée de la guerre des tranchées dès le conflit et l’immédiat après-guerre, et elle a durablement façonné notre regard sur celle-ci. Comprendre la façon dont la Grande Guerre fut menée et vécue demande d’abord de savoir comment elle fut anticipée par les combattants et les populations. L’écart considérable entre la façon dont la guerre est imaginée avant 1914 et les événements vécus a eu un impact énorme sur l’expérience des acteurs du conflit. Celui-ci est également incompréhensible si l’on fait l’impasse sur les facteurs proprement militaires. Quelles sont les armes et les technologies déployées pendant la Grande Guerre et comment sont-elles employées ? Que signifie "combattre" au jour le jour pour le soldat ? A quoi ressemble concrètement une "bataille" et ce mot a-t-il encore un sens à l’époque ? Comment expliquer qu’on parle tant de la guerre des tranchées et moins des guerres de mouvement de 1914 et celle de 1918 qui se solde par une victoire alliée si peu connue aujourd’hui ? Enfin, il est important de rappeler les spécificités du vécu des combattants belges de la Grande Guerre. Le front de l’Yser n’est ni la Somme, ni Verdun et plaquer sur les expériences des Belges des réalités qui leur sont étrangères ne peut que nous amener à des erreurs d’interprétation, et nous empêcher de comprendre le vécu de ces hommes qui, il y a presque cent ans, moururent pour défendre un pays dont nous avons hérité.

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