# Introduction: les loisirs, arts et spectacles

Loisirs, arts et spectacles  - Tous droits réservés ©

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S’il est bien un aspect de la Première Guerre mondiale auquel nous pensons rarement en imaginant la vie quotidienne des soldats au front, et spécifiquement dans les tranchées de l’Yser, c’est bien l’aspect artistique. Et cela, alors même que nombre d’artistes belges ont non seulement servi dans les rangs de l’armée mais aussi produit, durant le conflit, un nombre considérable d’œuvres encore méconnues du grand public ou tout simplement contribué à remonter, un tant soit peu, le moral des soldats... En effet, fin de l’année 1914, cela fait quelques mois déjà que l’armée allemande a pénétré le territoire belge. Les troupes du roi des Belges, Albert Ier, après avoir inondé les plaines aux alentours de l’Yser, sont désormais confinées sur une fine bande de terre au nord-ouest de la Belgique. De Nieuport à Ypres et au-delà de la frontière française, la ligne de front se stabilise : de chaque côté, on creuse un réseau de plus en plus sophistiqué de tranchées surélevées et fortifiées, on s’observe, on attend. Pendant les quatre ans que durera ce conflit, Belges et Allemands camperont sur leurs positions car les rares offensives se révèlent finalement plus meurtrières pour les attaquants que pour les attaqués. Quatre longues années, oscillant entre calme relatif et angoisse réelle, ponctuées de quelques instants de détente durant lesquels les soldats belges se soulagent du fardeau de la peur : entre deux tours de garde ou deux corvées, ils jouent aux cartes, rédigent de précieux journaux de guerre, écrivent à leur famille. Une période de foisonnement artistique aussi puisque des peintres parcourent en solitaire l’arrière-front de l’Yser pour en croquer les paysages de ruines ; tandis que des musiciens et des comédiens donnent des concerts et des spectacles de théâtre dans les cantonnements ou dans les hôpitaux de l’armée en campagne.

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Yser, en territoire occupé, la population belge vit sans nouvelle des troupes au front. Après quelques mois d’hésitations et de silence consterné, elle reprend doucement goût au divertissement et, malgré la censure et les couvre-feux imposés par l’occupant allemand, les salles de spectacle, les cabarets et les théâtres se remplissent à nouveau. Dans les cinémas, divertissement populaire par excellence, en pleine expansion depuis le début de XXe siècle, les films français qui faisaient le bonheur du public avant la guerre sont rapidement remplacés par de nombreux films allemands... Qu’importe, la fréquentation des salles obscures reste l’occasion d’échapper quelques heures aux préoccupations de la vie quotidienne et surtout un moyen de se chauffer à moindre coût durant les hivers rudes tels qu’en 1916-1917. Il est néanmoins une chose avec laquelle la population, surtout bruxelloise, ne transige pas, ce sont les spectacles qu’organise l’occupant en vue d’introduire la culture germanique en Belgique : y assister est alors considéré comme antipatriotique. A ce propos d’ailleurs, si la guerre n’a pas été source de productions cinématographiques, musicales ou théâtrales, l’après-guerre verra naître un grand nombre d’oeuvres et de spectacles anti-Allemands très appréciés du public.

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