# Femmes de guerre, femmes en guerre

Photographie   - Collection privée, M. François Thonnard ©

Photographie - Collection privée, M. François Thonnard ©

Le statut des femmes au début du XXe siècle est celui d’une personne considérée comme mineure jusqu’à son mariage, date à laquelle l’autorité passe directement du père à l’époux. Depuis quelques années, cela commence à changer : les revendications des suffragettes britanniques font tâche d’huile en Belgique et en 1910, les femmes seront admises à pouvoir ouvrir seules et gérer un carnet d’épargne pour autant que celui-ci ne dépasse pas les 3.000 francs par an… Cela semble incroyable à nos yeux de 2014 mais pourtant c’est une véritable petite révolution.

L’entrée en guerre viendra figer ce monde en pleine mutation. Quand la guerre éclate, certaines, une minorité, voient leur père ou/et leur mari partir sur le front. Elle ne savent pas encore que, dans ces hommes, certains ne reviendront pas de l’enfer des tranchées. Elles seront également des milliers à partir, avec leurs enfants et parfois leurs parents, sur les routes de l’exil vers la France, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas mais pour la grande majorité d’entre elles, les quatre années de guerre se passeront en Belgique.
 

Ces femmes restées au pays doivent apprendre à vivre en zone occupée : tenir le ménage, élever les enfants et les protéger. Tel est, comme avant-guerre, leur priorité pendant les quatre années d’occupation. Envolées, les revendications féministes des femmes éclairées. Dès 1914, Jane Brigode et Louise Van Den Plas, féministes, mettent leur campagne pour le droit des femmes de côté et créent l’Union Patriotique des Femmes Belges qui se chargera de diverses oeuvres de charité et de soutien.

La propagande destinée à l’international utilisera énormément l’image de la femme et l’héroïne face à l’occupant, la femme martyre donnant son époux en sacrifice pour la nation ou se donnant en sacrifice lors de l’invasion du territoire, la mère courage élevant bravement ses enfants malgré les difficultés morales et matérielles, prendra bien souvent le visage des femmes belges. Les femmes sont donc vues en tant que filles, mères et épouses mais rarement pour elles-mêmes.

De par leur statut, les femmes sont également dans une position particulière par rapport à l’occupant. L’activité des femmes pendant la guerre dépend très logiquement de leur classe sociale. D’un milieu aisé, elles seront investies dans les différentes oeuvres de charité créées lors du conflit . Certaines participeront avec courage à des actions de résistance, parfois même inconnues à ce jour, et dans celles-là, certaines seront emprisonnées ou fusillées . D’autres femmes,résidant principalement à l'étranger car les femmes en Belgique ne peuvent communiquer librement vers la zone libre, apporteront un soutien moral et un réconfort bienvenu aux soldats via un système de marrainage En zone occupée,les privations liées au manque de nourriture et au prix de la vie marquent les femmes . Ces souffrances auront entre autres des conséquences sur le nombre de naissances dans le pays. Le statut qui est dévolu aux femmes en Belgique encore plus qu'ailleurs est celui du courage : soutenir la patrie, encourager les troupes mais il est cadenassé et seule une petite élite aura la possibilité de s'investir,souvent sous surveillance,dans des activités caritatives ou dans la résistance à l'occupant allemand.

Après-guerre, passée l’euphorie de la paix , vient pour les soldats le temps du retour au foyer. Celui-ci ne se passera pas toujours aussi bien que prévu. Les veuves de guerre, les mères de soldats tués si elles sont veuves et les héroïnes de guerre obtiendront un droit de vote en 1919 en procuration de leur proche disparu. Les femmes attendront les élections communales de 1921 pour pouvoir exprimer un suffrage et être élues mais au niveau national, les attentes des femmes par rapport aux droits qu’elles attendaient en échange de tant de sacrifices sont déçues.

Si elles n’ont pas travaillé systématiquement dans les usines comme en France ou en Angleterre, les femmes qui sont restées en Belgique n’en ont pas moins porté un lourd fardeau et payé une contribution importante à la guerre. Souvent méconnue, ou tronquée par l’image d’Epinal de quelques héroïnes mises en avant, la vie des femmes n’en est pas moins extrêmement intéressante à étudier pour cette période. Les sujets connexes également,comme la mode qui est le reflet textile de l'époque.

Mères courage ou résistantes, dentellières ou dame patronesse… qui étaient ces femmes ? Quels étaient leurs rôles ? Découvrez la Première Guerre mondiale du point de vue des femmes !

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