# Cuisiner pendant la guerre

Cuisiner pendant la guerre  - Tous droits réservés ©

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Pour une famille belge à la campagne ou en ville, la préparation de repas pendant la période de la Grande Guerre a laissé, heureusement, différents types de traces. La palette d’ingrédients, de préparations et de goûts de guerre qui peut être lue dans les sources qui datent de 1914-1918, est aussi variée qu’unique. Ce sont par exemple les lignes écrites de la main de soldats sur les champs de bataille qui décrivaient souvent le vrai côté de la faim, du besoin et de la pénurie alimentaire; sans ces témoignages l’histoire de l’alimentation de la guerre en Belgique serait incomplète et c’est pour cette raison qu’une section complète sera dédiée à ce propos. En ce qui concerne la population civile non militarisée, l’objet de la présente sélection de recettes, on trouve des exemples comme le manuscrit rédigé par Madame Germaine Servais dans sa cuisine bourgeoise à Charleroi, et les recettes et conseils publiés qui parlaient aux ménagères comme Le coin de la Ménagère de Tante Colinette, L’alimentation en temps de disette en temps de guerre de l’abbé Berger et l’Almanach Bénard.

Parmi les plus de 300 recettes décrites dans ces pages se comptent trois types principaux: des recettes faites à partir de la faible variété d’ingrédients imposée par la guerre, des préparations traditionnelles belges et des plats d’origine française. Ces derniers s’expliquent par l’essor de la cuisine française pendant le XIXe siècle à partir des créations gastronomiques reconnues internationalement d’Antoine Carême et d’Auguste Escoffier.

Sous des influences plus ou moins repérables de la cuisine française et d’autres pratiques culinaires européennes, les recettes publiées en Belgique au début du XXe siècle s’insèrent dans un moment de l’histoire de l’alimentation en pleine transformation. Spécifiquement pour celles qui ont été rédigées entre 1914-1918, les pommes de terre, le riz, le pain, des viandes comme le mouton et le bœuf et des légumes comme les haricots, les pois, les carottes, les oignons et le céleri, se comptent parmi les ingrédients les plus utilisés. Souvent préparés en soupe ou en ragoûts, ces aliments ont déterminé les goûts de guerre dont certains, comme le riz ou le maïs, n’étaient pas utilisés de manière généralisée en Belgique au le début du siècle.

A l’exception des recettes qui guidaient les ménagères dans le monde de la pâtisserie où la précision a toujours été la garantie pour une bonne réussite, chacun des manuels culinaires mentionnait rarement les quantités exactes d’ingrédients requis pour les différentes préparations de plats salés. Cela s’explique par le fait que le ravitaillement alimentaire était marqué par la pénurie. Les cuisinières, figures exemplaires de la période de guerre, ont donc composé des repas pour leur famille avec ce qu’elles avaient à disposition.

Dans les recettes choisies pour nos lecteurs, une classification a été faite par le type d’ingrédients utilisés, par la difficulté dans les préparations ainsi que par le public auquel les conseils étaient destinés: la bourgeoisie, la classe moyenne ou les classes populaires. Un regard attentif permettra au lecteur de tirer ses propres conclusions par rapport aux différences dans les savoirs et usages de chaque auteur. Pour ceux qui veulent s’aventurer dans la recréation des repas historiques, cette courte sélection de recettes est à peine un amuse-bouche. Au bout du compte, comme l’affirmait le sage historien Jean-Louis Flandrin, la seule manière de s’approcher des pratiques alimentaires du passé c’est à travers l’expérimentation en cuisine.

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