# Avant 14, un milieu intellectuel belge 'germanophile'

La Belgique de l’avant-1914 a souvent été considérée par certains commentateurs – plus ou moins bienveillants – comme un " royaume d’opérette ", en songeant sans doute aux circonstances de la naissance de la Révolution de 1830, dont les premiers échos se firent entendre le soir du 25 août, à La Monnaie, à l’occasion d’une représentation de La Muette de Portici. Cette opérette, pour de nombreux intellectuels belges, était en grande partie tournée vers l’influence de l’Allemagne. Ainsi les historiens importent  d’outre-Rhin les seminär des universités de Berlin, de Leipzig ou d’Heidelberg, les tavernes au style bavarois qui vont fleurir dans plus d’une cité, à commencer par Liège, tandis que la plupart des chaires universitaires belges sont occupées par des Herr Professor dont les patronymes tout à fait germaniques sont proverbiaux. La Belgique du XIXe siècle, celle des intellectuels, vit donc à l’heure allemande. Cette germanophilie est par ailleurs motivée par la situation internationale : la France de Napoléon III (1852-1870) n’a-t-elle pas caressé le rêve d’annexer purement et simplement son voisin belge ? La Grande-Bretagne, le principal garant de la neutralité du royaume, n’entre-t-elle pas, à partir de 1850, dans ce que l’on appellera sa Splendid isolation, à savoir une attitude passive face aux conflits qui déchirent le continent ? Et puis, la dynastie belge n’a-t-elle pas comme origine un prince venu de Cobourg en Allemagne ? La Première Guerre mondiale, traumatisme physique et psychologique pour la troupe et les civils, sera également porteuse d’une profonde remise en question des intellectuels, mot encore jeune, et inventé lors de l’Affaire Dreyfus. Désormais, la Belgique, jadis perplexe devant la République française, la " Gueuze " de Charles Maurras, celle de l’anticléricalisme de la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État, tournera son regard vers Paris.

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