# Après la guerre : les retours. Emotions mixtes et amertume

Le retour : émotions mixtes et amertume  - Collection privée ( Collecte RTBF) ©

Le retour : émotions mixtes et amertume - Collection privée ( Collecte RTBF) ©

Passé les signatures du premier traité de paix et l’annonce de la victoire alliée sur l’Allemagne, que s’est-il passé pour les soldats de la Grande Guerre? Et plus largement, que s’est-il passé pour certaines catégories de civils touchés par la guerre et éloignés du pays? Il y a une tendance à l'oublier mais il y a plusieurs “retours”. Le retour auquel on pense le plus, bien évidemment, est celui des soldats, qui quelques jours auparavant étaient encore en train de se battre sur le front et qui n'en peuvent plus, mais il y a aussi celui des internés qui ont attendu la fin du conflit aux Pays-Bas ou en Suisse, celui des prisonniers retenus en Allemagne depuis leur captivité et enfin, celui des réfugiés civils n'étant pas encore rentrés au pays et ayant passé la totalité du conflit dans un pays allié ou neutre.

Et à côté de cela, il y a également un autre "retour" : celui du retour à la vie quotidienne dans un pays libéré, occupé pendant quatre ans par des autorités étrangères. C'est aussi une forme de retour qu'il ne faut pas oublier. Cet "après-guerre" sera perçu et géré différemment selon les différentes catégories auxquelles le citoyen belge appartient. Le soulagement de novembre 1918 laisse place à des périodes et, surtout, à des situations personnelles complexes que nous vous proposons d'effleurer dans cet article.

Si beaucoup de secrets sont restés dans l’intimité des familles, la pudeur et le traumatisme ne sont pas libres de paroles en ce début de XXe siècle, on peut parfois avoir un aperçu de comment s’est déroulé le retour du soldat dans son foyer par certaines archives privées, archives de presse ou documents officiels tout en se rappelant qu’en Belgique, une minorité d’hommes seulement a “fait” la guerre.

Dans l'intimité du soldat qui revient

Le retour du soldat dans son foyer ne s'est pas fait en un bloc. Tous les soldats ne rentrent pas tous en même temps dans leur foyer. Certains sont déjà rentrés, de par les blessures ou les maladies qu'ils ont subies. D'autres seront définitivement démobilisés en 1919 mais auront déjà droit à une dizaine de jours de permission en décembre 1918 afin de revoir leur famille qu’ils n’ont, en général, plus revue depuis quatre ans.

Il y a aussi une distinction à faire entre les soldats volontaires et les militaires de carrière. Beaucoup d’ailleurs n’auront d’abord que des simples permissions pour les fêtes de fin d’année. Si il est certain que les premiers moments de retrouvailles furent joyeux, mêlant le bonheur de la fin de la guerre à celui de retrouver son proche en vie, un sentiment de tristesse les envahit parfois si un membre d’une fratrie rentrait seul ou si le deuil était venu frapper le foyer pendant la guerre. C’est surtout la réunion tant attendue des familles dans un territoire enfin libéré du joug allemand que l’on fête.

Un type de retour fut particulièrement émouvant : celui de la découverte par le soldat d'enfants qu'il n'a jamais connus car au front lors de la naissance de ceux-ci. C'est le cas de Fernande Burniaux née en mars 1915 et qui a trois ans à la fin de la guerre. Elle l'attend et l'espère et est tout à la joie de rencontrer ce papa qu'elle ne connaît pas mais dont on lui a tant vanté la bravoure et le sacrifice d'avoir passé tant de temps loin des siens. Pour ce sujet des enfants nés pendant la guerre, la plupart du temps en 1915, il n'existe aucune donnée chiffrée ni aucune étude approfondie. Mais la simple évocation de l'exemple d'un père revenant du front après plusieurs années de guerre et découvrant un enfant qu'il n'a jamais connu suffit à rendre contagieuse l'émotion qui a dû étreindre ces familles même si, on s'en doute, il a dû y avoir des familles dans ce cas où le père n'est jamais revenu…

Témoin de ces tristes lendemains de victoire : M. Moreau, un soldat du 6e de Ligne se précipita à son domicile d’Ixelles dès son retour dans la capitale tout à la joie de retrouver son épouse pour apprendre par un voisin le décès de celle-ci des suites de maladie. Ivre de tristesse, il fut recueilli par un agent de quartier qui s’occupa de lui et le mit en rapport avec la famille s’étant occupée de ses enfants pendant son absence. Les journaux, bien sûr, ne manquèrent pas l’occasion de relater le chagrin énorme de ce brave sous le titre " Le triste retour d'un héros ". C’était bien entendu également l’occasion pour la presse, enfin libérée, d’enfoncer le clou sur les méfaits allemands qui non seulement détruisirent le pays mais séparèrent ceux qui s’aiment.

D’autres retours furent synonymes de déconvenues : découvertes de liaisons extra-conjugales et d’enfants adultérins. Très vite, des voix s’élèvent pour qu’à l’affront ne soit pas rajouté le caractère pénible d’une longue séparation. Les anciens combattants obtiennent des facilités pour divorcer mais cela n’empêchera pas des drames de se dérouler parfois même après une longue période. Le divorce n’étant ni une chose facile ni un acte socialement bien accepté dans la société du début du XXe siècle. Un soldat prisonnier blessé puis prisonnier en Allemagne fit la désagréable découverte de la liaison adultérine de son épouse une fois de retour dans son Hainaut natal. Il découvrit que non seulement celle-ci l'avait trompé pendant la guerre mais également qu’elle avait eu deux enfants de cette union, nés respectivement en 1916 et en 1918. L'époux sembla d'abord pardonner et vouloir reprendre " la vie d'avant ", ce qu’il fit pendant une bonne année jusqu'à ce qu'il apprenne que cette liaison n'avait en fait jamais cessé. C'en fut trop et dans un accès de rage, il s'en prit à l’amant de sa femme. Il fut arrêté et condamné pour cela mais son statut d’ancien combattant et les circonstances du drame furent pris en compte.

Le changement de législation relatif au divorce était peut-être une chose nécessaire mais cela ne pouvait pas tout empêcher non plus. Là également, la presse montra du doigt "les vilaines" qui avaient osé non seulement commettre un adultère mais pis encore, trompé un soldat pendant que celui-ci défendait le pays contre l'envahisseur. Tout ceci laissa de pénibles séquelles et pour les soldats ayant passé de longs mois au front, le quotidien post-guerre sera aussi fait de cauchemars, de réminiscences et de conséquences physiques et morales graves dus la guerre. Pour l’entourage également, il n’y a aucun encadrement. Il est implicitement demandé aux familles de soutenir leur soldat mais à notre connaissance rien n'a été communiqué en ce sens. Souvent un grand silence s’installe à propos de ce qui s’est passé “là-bas”. Parfois par pudeur ou par protection des êtres aimés. Ce n’est pas non plus le genre de sujet que l’on peut aborder aisément avec des femmes. Souvent aussi, c’est par traumatisme et peur de ne savoir contrôler des émotions qui iraient du désespoir à la noire colère. Une chape de plomb vient recouvrir la mémoire de l’ancien poilu et ses souvenirs de guerre. L’ancien soldat garde ses évocations pour d’autres lieux que la famille : les sociétés d’anciens combattants et les fraternelles. Peut-être estime-t-il également que seuls des pairs ayant vécu la même chose que lui sont à même de le comprendre…

La famille de Louis Fabry témoigne que celui-ci parlait peu de “sa” guerre alors qu’il en a pourtant noté les moindres détails dans de précieux carnets. La même chose pour Robert Descamps, prisonnier en Allemagne, qui ne racontera rien de sa captivité autrement que sur des carnets qu’il ne montrait pas à sa famille. Dès lors, il y a aussi une différence qui s’installe entre ce que l’entourage imagine qu’il s’est passé pour “son” soldat, ce que le soldat a effectivement vécu, et ce qu’il en garde comme souvenirs. Ce n’est que plus tard que les expériences de guerre seront parfois partagées, plutôt avec les petits-enfants, et encore, il convient de s’interroger sur la manière dont le récit a été transmis ainsi que sur la façon dont l’imaginaire s’est réapproprié celui-ci.

Pour les veuves et les orphelins de guerre, soldats ou civils, il n’y a évidemment pas de récit direct et on vit dans le souvenir constant de l’absent. La fille de Monsieur Clausse, victime civile de Ethe, n’aura de cesse d’interroger sa vie durant les personnes qui auraient pu connaître son papa et lui raconter sa vie. Cela deviendra une obsession pour certains jusqu’à leur mort.

Les démarches pour obtenir pensions et ristournes occupent les journées mais le défunt est toujours là. Les victimes civiles seront bien sûr également honorées mais auront dans la hiérarchie des héros la seconde place après les soldats tombés au champ d’honneur.

Un "Guide de l'invalide" comme béquille : les blessés de guerre et leur famille

Pour les soldats revenus infirmes du front, une autre vie commence faite de soins, de rééducations et de revalidations. Cette nouvelle vie commence d’ailleurs pour beaucoup avant même la fin de la guerre. Les invalides servent également la propagande et incarnent le courage et l'abnégation. On montre en exemple dans la presse un grave mutilé de l'ambulance du Palais Royal qui " avait manifesté un profond désespoir et un grand abattement ayant dû subir l'amputation d'une jambe mais déjà on s'occupait de lui, on lui apprit la cordonnerie et avec le travail revint le goût à la vie et l'espoir de ne pas être seul à la traverser". Un comité se met en place pour trouver à ces braves une épouse qui les aimera malgré l'infirmité et qui les soutiendra.

La victoire alliée et la fin de l’occupation permettent d’organiser plus solidement les institutions d’aide aux mutilés et invalides de guerre. Les “anciens” peuvent trouver dans les différentes éditions du “ Guide de l’invalide”, publié par les autorités belges, toutes les informations pouvant les aider à se soigner et à obtenir une allocation de subsistance voire un travail. Un tableau dresse des possibilités de reclassement selon les infirmités : les sans-voix peuvent par exemple faire du travail de bureau et communiquer par écrit si ils ont leurs deux mains valides tandis que les amputés des bras ou d’une jambe peuvent être affectés à un bureau d’accueil de visiteurs dans une administration. Cette longue liste témoigne du souci de vouloir reclasser le plus grand nombre à des tâches à la mesure de leurs compétences physiques et morales. Ces instructions officielles sont diffusées afin de pouvoir reclasser les infirmes, souvent dans des postes de fonctionnaire créés spécialement pour eux et éviter des vagues de mécontentement de la part de ces anciens ayant tant donné.

Pour d’autres invalides de guerre, des ateliers de rééducation professionnels sont mis en place, leur permettant d’acquérir de nouveaux talents avec, comme but, de s’installer à son compte par la suite. Cette réintégration dans la société sera diversement vécue : certains “feront avec” , essayant au mieux de trouver une place dans une société ravie d’être du côté des vainqueurs mais dont il n’est pas du tout assuré qu’elle puisse en accepter les conséquences sur le long terme, d’autres ne supporteront pas du tout “l’après” et iront jusqu’à la folie voire le drame irréparable.

Pour les fins de vie ou les invalides non concernés par le reclassement, plusieurs établissements ouvrent leurs portes soutenus par des généreux donateurs et la belle société principalement bruxelloise : un home ouvre ses portes en 1937 à Uccle et un autre home, lui aussi bruxellois, permettra à une dizaine de couples de finir leurs vieux jours ensemble mais cette institution reste une exception.

La guerre administrative

Dès la remise en route du pays, on organise les aides aux anciens combattants : pour y avoir droit, le soldat, ou ses ayants droit, doit remplir un dossier avec de multiples informations comme le nombre de présences au front, le temps de présence à l’arrière, les blessures ou maladies contractées à la guerre ainsi que les éventuelles condamnations encourues pendant la durée de la guerre. Les soldats ne possèdent pas toujours toutes ces informations et cela ne facilite pas les choses. Une véritable guerre de “paperasse” s’enclenche alors.

Monsieur le Ministre,

Je viens respectueusement solliciter de votre haute bienveillance la faveur d'obtenir la carte de feu ainsi que la croix de feu y afférente. Je crois avoir droit à cette distinction honorifique. Je suis porteur de huit chevrons de front. J'ai passé presque toute la guerre au front. Pendant plus de trente mois, je fus attaché comme brancardier effectif à une unité combattante."

Ainsi écrit Jean de Groof, instituteur dans la région bruxelloise, afin de solliciter son droit d’obtenir une Croix de feu, décoration qui récompense les soldats ayant passé une longue période au front. Ceci n'est qu'un maigre exemple parmi des milliers, demandant des nouvelles de leur pension non payée, de leurs décorations, etc Ces courriers se succèdent et se ressemblent tous assez: la plainte de la lenteur de l'administration à traiter leur dossier et le sentiment d'avoir tant donné pour le pays et d'avoir tant à attendre pour obtenir des droits.

Outre ces procédures, il faut également suivre les demandes pour les décorations, accompagnées du récit souvent succinct du soldat et de son parcours de guerre, surtout si celui-ci a été fait prisonnier. On lui demandera alors des détails de sa capture, des témoignages des autres soldats ou supérieurs présents lors de celle-ci. Ces démarches lassent et pèsent sur le quotidien des familles : on trouve dans les archives des dossiers personnels de l'armée, des lettres qui parfois peuvent prendre un ton très amer. La reconnaissance est nationale et patriote mais individuellement, les anciens peuvent se sentir ignorés ou mécompris. Les anciens combattants se retrouvent dans diverses associations de vétérans et fédérations. Souvent par localité ou régiment, ils organisent différentes activités sociales ou culturelles qui leur permettent de se retrouver entre personnes ayant eu le même vécu pendant la guerre mais il s’agit d’une minorité : la plupart des anciens ne participeront pas à cette “fraternisation” d’après-guerre. Ces associations ne sont pas toujours très unies d'ailleurs, des rivalités et des difficultés interpersonnelles s'installent, sauf quand il s'agit d'évoquer la gloire du roi des Belges Albert 1er, le Roi Chevalier, décédé en 1934. Toutes saluent alors unanimement leur chef d'armée et l'émotion est d'autant plus vive que son décès est inopiné et que le souverain bénéficie encore d'une image très positive. Image, par ailleurs, conservée jusqu'à nos jours.

Se souvenir ou oublier ?

Partagés entre ceux qui préfèrent mettre de la distance entre les évènements de 14-18 et leur vie d’après et ceux qui choisissent de s’investir dans des associations d’anciens ou de patriotes, les anciens de la Grande Guerre ne forment pas un groupe social uniforme. Ceux des anciens combattants qui s’investissent dans les fraternelles sont de toutes les commémorations d’après-guerre. Toute l’existence de certains de ces ex-soldats tourne autour de leur statut d’ancien combattant. C’est du moins l’image qu’on leur renvoie et c’est une chose assez lourde à vivre mais qu’ils considèrent comme un devoir d’autant que pour certains s’ajoutent à cela, les infirmités qui marquent de manière indélébile l’ancien combattant dans sa vie sociale. C’est une façon pour eux de rendre hommage à leurs frères d’armes et à la patrie mais c’est également un moment de communion pour les soldats - ils retrouvent leurs camarades de régiment - et pour la communauté (commune, paroisse…) qui se retrouve autour des familles des disparus pour se souvenir de l’occupation encore fraîche dans les mémoires. Mais peu à peu, l’engouement général qui avait suivi les années de guerre s’estompe. Le temps fait son œuvre et à la fin des années 20, on assiste déjà à une "baisse d'engouement" pour le souvenir de la guerre. Outre la question de l'amnistie qui a choqué certains anciens combattants venus d'ailleurs manifester avec force leur désapprobation, chez d‘autres est constaté un rejet total pour la chose militaire, voire un fervent sentiment antimilitariste.

Et puis, les conséquences de la guerre font leur oeuvre et beaucoup décèdent des suites de leur invalidité ou des affections attrapées dans les tranchées. Plus tard, une autre guerre viendra apporter son lot de douleurs et de victimes, et les victimes de la Grande Guerre seront quelque peu effacés. Malgré une poignée d’irréductibles, ces moments de recueillement collectif tomberont peu à peu dans l’oubli, loin des grandes foules de l’immédiat après-guerre.

Les parcours des combattants, aussi variés furent-ils, seront parsemés d’embûches personnelles, administratives et idéologiques et certains en garderont un profond ressentiment jusqu’à la fin de leurs jours.

Les parcours des combattants, aussi variés furent-ils, seront parsemés d’embûches personnelles, administratives et idéologiques et certains en garderont un profond ressentiment jusqu’à la fin de leurs jours

Le retour des prisonniers

" Mon enfant ne me reconnaissait pas. Cette nuit-là, j'ai pleuré toute la nuit "

Ces mots anonymes d'un père décrivant la première nuit de retour dans son foyer après son temps de captivité de six mois en Allemagne et son retour en janvier 1915 décrivent les sentiments qui ont pu habiter les hommes à leur retour chez eux. Ils témoignent d’un certain sentiment de dépossession quant à l’autorité parentale que de décompensation de six longs mois d’emprisonnement. Plus tôt dans la journée, c’est un autre enfant de sa famille qui l’avait accueilli aux cris de “ Papa, papa” en le serrant tellement fort que “tout le monde qui nous regardait pleurait autant que nous”. Entre ces deux enfants, le temps qui permet l'oubli chez les plus jeunes. Ce témoignage, on s'en doute, n'est ni unique ni transposable à l'ensemble des vécus personnels de ces pères partis à la guerre mais témoigne de l'émotion qui pouvait étreindre les hommes dans leurs retrouvailles avec leurs proches.

Les prisonniers, soldats, revenus en Belgique après l’armistice n’en mènent pas large : bien sûr, ils ont pour eux leur statut de victime des Allemands mais personne n’est là pour les acclamer. Cet effet est d'autant plus fort que leur retour se fait au compte-gouttes.

Leur arrivée même en Belgique est assez étonnante. Un groupe arrivant près de la rue de Louvain est abandonné à son sort. Il y a parmi eux des malades et des hommes très affaiblis. L’un d’entre eux, un avocat en meilleur état physique que les autres, s’adresse à un commissariat pour obtenir asile pour lui et ses compagnons. Cette scène lugubre, relatée par la presse du jour, se passe pourtant au même moment que les grands cortèges sur les boulevards bruxellois ! Quel contraste avec l’accueil triomphal fait aux troupes aux côtés desquelles se sont battus ces mêmes prisonniers !

La population civile s’étant investie dans l’aide à l’armée (transfert de courrier ou de personnes) n’aura que peu ou pas de reconnaissance après-guerre. Seule exception : les civils fusillés qui rejoindront les soldats au panthéon des héros de guerre.

Tous les soldats ne rentrent pas tous en même temps dans leur foyer. Il y a aussi une distinction à faire entre les volontaires, démobilisés début 1919 et les militaires de carrière

Le retour des réfugiés

Dès la signature des accords de paix, les puissances étrangères manifestent leur volonté de voir les ressortissants belges retourner au pays. Une vaste campagne de recensement est alors organisée dans les principaux pays concernés (France, Grande-Bretagne, Pays-Bas) afin d’organiser au mieux le retour et de ne pas être confronté à des mouvements importants et incontrôlés de population. Pour ces personnes, ayant passé les quatre années de guerre dans un pays étranger, le retour sera synonyme d’incompréhension. Ils sont critiqués pour ne pas avoir vécu la même guerre que les autres. De plus, bien souvent, leur habitation n’est plus fonctionnelle et ils ont perdu leurs biens. Il faut donc leur construire en urgence des baraquements de fortune dont la réalisation sera lente et malaisée ou faire venir des Pays-Bas les baraquements utilisés pour loger les familles belges.

Certains réfugiés ne rentreront pas et s’installeront dans leur pays d’accueil, principalement en France, facilité linguistique oblige. On assistera également après-guerre à une immigration importante vers les Etats-Unis, pays de cocagne, éloigné des tourments européens.

Pour ces personnes ayant passé les quatre années de guerre dans un pays étranger, le retour sera synonyme d’incompréhension

La reconstruction

En vue de la reconstruction des bâtiments, le Fonds Albert 1er est mis en place dès 1915. Son conseil d’administration qui regroupe mécènes et élites du pays réfléchit à la meilleure façon de reconstruire les régions dévastées et surtout, de donner un habitat décent à la population. On se décida pour des structures temporaires faites de panneaux en bois interchangeables installés sur une base de briques avec deux possibilités : la maisonnette de 6 mètres sur 6 ou celle, comprenant une chambre de plus, de 9 mètres sur 6. Ces petites maisons préfabriquées seront ainsi installées principalement en Flandre Occidentale et permettront à 100.000 sinistrés de trouver un abri après-guerre. Des baraquements seront aussi installés dans les villes ayant connu les plus gros dégâts en Wallonie, à Visé notamment. Certains de ces baraquements furent directement importés des villages de réfugiés belges construits à côté des camps d’internement aux Pays-Bas et dans le même esprit on pensa à créer aux alentours écoles, salles communes et lieux de culte.

L’Office des régions dévastées se chargera lui du recensement des dommages de guerre, principalement les dommages causés aux bâtiments par les destructions et incendies et opérera un classement minutieux par commune de l’ensemble des biens. Le Fonds Albert 1er sera dissous dans les années 30 mais plus globalement, le processus de reconstruction prendra des années et fera l’objet de polémiques ardentes dues, entre autres, à la destination des fonds affectés, chaque élu voulant que sa circonscription soit prioritaire.

Le préjudice matériel de quatre années de guerre, s’il fut énorme, n’aura pas de commun équivalent avec les traces psychologiques laissées par le fait d’avoir tout perdu.

Emouvant ou difficile, le retour des hommes posera bien des problèmes logistiques ou moraux mais à l’heure de l’amnistie, c’est d’abord la joie qui domine. Le bonheur de retrouver les siens et d’enfin être libre dans son propre pays. Les problèmes surgiront par la suite : ils seront d’ordre privé ou institutionnel mais n’empêcheront pas l’hommage d’une nation à ses années de guerre et à ses fils disparus, et ce même si cet hommage perdit de son éclat avec la Seconde Guerre mondiale et le travail du temps.

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