# Le petit Louis dans la guerre

Photographie d'illustration  - Tous droits réservés ©

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C’est encore un enfant. Pourtant, si son écriture n’est pas timide et si ses mots sont choisis, on devine encore tout l’émerveillement et la naïveté des plus jeunes.

Louis Bouchat est un enfant d’une dizaine d’années et il va être témoin d’un conflit qui va durer quatre ans. Quatre ans, c’est un siècle quand on passe de garçon à jeune homme. Et quand cela se fait dans des circonstances de guerre, c’est encore pire. Pourtant, Louis va raconter, en tout cas les premiers mois de guerre. Il va décrire l’hébétement avec une modestie et une certaine pudeur mais on la ressent néanmoins. Il va aussi raconter son périple de guerre qui va le mener à des centaines de kilomètres de chez lui et le projeter dans un avenir incertain.

Partis provisoirement à la mer attendre que les premiers remous de la guerre passent, Louis et sa famille vont tour à tour se rendre dans le Nord de la France puis à Paris pour fuir la guerre.

Cette guerre, Louis va nous la raconter sans détour, sans faux-semblants avec ses impressions d’enfant.

Cette guerre, c’est la guerre d’un gamin.

A la mer !

L’été bat son plein. A la côte belge, les vacanciers se délassent et profitent d’une météo agréable. Tout sent les vacances. En ce début de siècle, les vacances sont une affaire de privilégiés et ceux-ci en profitent allègrement. Mais le personnel saisonnier dépêché pour satisfaire les moindres désirs des vacanciers peut également en profiter après ses heures. Rien ne laisse présager que le pire va arriver….

La guerre dans les yeux d’un enfant

Quand la guerre éclate, la famille de Louis, originaire du Namurois, prend peur. Elle plie bagages et sans demander son reste fuit en direction de la côte belge. Les parents pensent en effet à rejoindre l’Angleterre, de l’autre côté de la Manche, plus sûre. Leurs pas les mènent à Ostende. Louis ne peut s’empecher de jouer, s’occuper de sa collection de timbres, pêcher des crabes…

Les situations qui préoccupent les “grands” dépassent un peu ce gamin même si il se rend compte que des choses graves sont en train de se dérouler : en septembre, il note

enterrement de quatre soldats wallons tués par des Uhlans dans les premiers jours de la guerre.” Il remarque aussi “dans un petit square aux environs de la guerre, on voit un gros trou”, stigmate du conflit au coeur d’Ostende, la reine des plages...

Le 12 octobre 14, c’est le départ pour l’Angleterre, dévié par la France pour des raisons de sécurité. Le jeune garçon doit abandonner son carnet de timbres, à grands regrets, mais il est impossible d’emporter avec soi des affaires qui pourraient devenir encombrantes si le voyage se complique.

Les trains sont bondés, pris d’assaut par les réfugiés. Tout au long des trajets, les passants crient: “Vive la Belgique, Vivent les Belges!” et la famille répond par “Vive la France!” Cette France qui les accueille en la ville de Boulogne et qui semble un petit paradis pour ces civils qui fuient atrocités et désolation.

 

A Boulogne !

Le jeune garçon visite la ville, ses “nombreux magasins”. Le récit pourrait faire penser à un récit de vacances ordinaire tant il semble badin. Mais la guerre est là, omniprésente, laissant un goût étrange à l’épopée de la famille.

Des soldat anglais donnent balles et galettes françaises, il voit ces mêmes soldats soigner des chevaux et abattre ceux plus gravement atteints. Bien entendu, tout cela rappelle les évènements qui se passent quelques kilomètres plus loin.

Peu à peu, la famille s’installe dans cet exil forcé.Louis, qui est doué en dessin, fait même un croquis hyper réaliste de la villa dans laquelle ils logent. Le gamin n’évoque pas du tout la guerre, peut-être est-elle déjà loin dans son jeune esprit... Il évoque plutôt “la fête du père qui n’a pas l’attrait des autres années”, ce qu’il voit autour de lui, qui le surprend ou l’amuse, comme par exemple d’entendre parler flamand pendant la messe…

 

La famille décide de partir pour Paris, le trajet prenant habituellement trois ou quatre heures, le gamin souligne que celui-ci prendra au total douze heures, circonstances de guerre obligent. Mais le trajet prendra encore plus de temps. La famille reste coincée à Amiens dans l’attente du train vers Paris car ils ont raté le précédent.Louis en profite pour visiter la cathédrale : “Je suis émerveillée de la grandeur et de la beauté de l’intérieur”, notera-t-il.

A Paris, l’émerveillement de la découverte des grands monuments et des grands boulevards font quelque peu oublier les affres de la guerre mais bien vite, la désillusion vient jouer les trouble-fête : nos Belges ne trouvent pas de quoi se loger et doivent épuiser leurs économies dans des chambres d’hôtel tout en sillonnant la ville à la recherche d’un appartement. Bien entendu, ils n’appartiennent pas à la tranche la plus défavorisée des réfugiés mais tout de même, trouver un logement est ardu. L’engouement des premières semaines à accueillir bras ouverts les familles belges en détresse retombe.

 

Un comité de soutien propose à la famille un transport et un logement en Suisse. Cette idée séduisante de prime abord est délaissée par la famille, effrayée par la distance et l’impression de s’éloigner encore un peu plus de la Belgique. Le 5 décembre 1914, la famille trouve un appartement rue des Canettes, près du Boulevard Saint-Germain

Le 20 décembre, le gamin note la vente de petits drapeaux belges à travers le pays, pour soutenir les réfugiés comme lui mais il le note exactement comme le noterait un petit Français : par observation, sans aucun pathos. Ce qui interpelle mais qui touche à la fois, c’est que dans le récit de Louis, la guerre n’est évoquée qu’à travers sa condition de réfugié, il n’existe presque aucune mention des soldats ou des combats. Ce même statut de réfugié qui le mène, le jour de la Noël,à une après-midi organisée expressément à l’intention des “pauvres petits belges”.

Cette même condition leur permet de passer des après-midi à l’opéra à écouter les plus grands artistes du moment. Les notes s’espacent dans le carnet du gamin mais au détour des belles lignes d’écriture, on apprend que la famille n’a jamais cessé d’écrire à Namur et ce même si elle n’a plus eu aucune nouvelle depuis ce fatal mois d’août ! L’appartement de la rue des Canettes ne convenant plus, la famille redéménage, à nouveau à l’hôtel (Hôtel de Moscou, 10 Cité Bergère, près de Montmartre).

Enfin, le 18 mars 1915 et alors qu’elle n’a plus eu de nouvelles depuis l’automne, la famille reçoit des nouvelles de Namur par un membre de la famille, soldat en permission à Paris.

En mai, Louis se met à participer en solidarité avec celles et ceux qui partagent son sort aux différentes collectes organisées pour les réfugiés, mais pas seulement pour eux, il participera également aux collectes organisées pour les soldats. Les collectes organisées les 24 et 25 mai 1915 rapportent à l’enfant la somme de onze francs. Ces moments d”investissement dans l’effort de guerre civil permettent à l’enfant de s’occuper utilement tout en récoltant des dons pour ceux qui en ont le plus besoin.

Tous ces éléments jouent bien entendu sur le développement futur du jeune garçon.

En septembre 1915, la famille évoque un possible retour à Namur. Elle dépose une demande d’autorisation pour rentrer au pays, chose qu’elle obtient facilement. Mais les hésitations des compagnons de voyage et l’annonce d’un membre de la famille en visite du front retardent le départ.

 

En Suisse !

La famille est évacuée par la Suisse, et Berne. Les formalités administratives, l’attente pour avoir des papiers en ordre pour rentrer en Belgique et l’autorisation de l’occupant font traîner le voyage mais pour le gamin, c’est l’occasion de découvrir des paysages nouveaux, inconnus jusque-là. Le train les emmène à travers la Forêt Noire qui lui apparaît comme féérique avec des centaines d’arbres de Noël. Le trajet a beau durer des heures, être rempli de sentiments mitigés, comme l’angoisse de découvrir leur pays sous une autorité étrangère et l’inquiétude de ne rien savoir du trajet, ils sont néanmoins excités et heureux de rentrer au pays.

Tous ces paysages, pourtant, Louis les gardera longtemps en mémoire comme autant d’images d’une période bouleversée qui, paradoxalement, peut aussi amener l’émerveillement.

 

Retour au Pays

Enfin, c’est la Belgique ! Un certain enthousiasme s’empare du jeune garçon même si la famille est encore loin de retrouver la région namuroise. Après plusieurs heures d’arrêt, le convoi s’ébranle enfin mais pour rentrer à Namur en venant de Liège, il faut passer par Bruxelles, à cause des passeports. Qu’importe! Peu de considérations patriotiques dans le carnet du gamin mais l’inquiétude de ne pas avoir eu à manger “hormis un biscuit” pendant des dizaines d’heures.

A 15h30, le 28 novembre 1915, la famille du jeune Louis arrive enfin à Namur. Se termine alors le carnet, peut-être retranscrit ultérieurement sur bases de notes. Trop brusquement peut-être pour que le lecteur ne s’interroge pas sur le devenir du jeune garçon mais bouclant une période importante pour lui, ce qui en fait un souvenir privilégié d’un moment bien précis.

 

Conclusion

Les souvenirs sont le coeur battant de notre vie quand ils sont marqués aussi fort par des circonstances dramatiques telles que les a vécues Louis, ils resteront à jamais. Ce parcours de guerre décrit par le jeune garçon est aussi un parcours de maturité, celui d’un gamin, devenu un jeune homme sur les chemins empruntés par sa famille pour échapper aux affres de la guerre. Si l’on ne souhaite évidemment à personne de devoir passer par les mêmes circonstances difficiles que Louis, son histoire peut être utilisée comme modèle pour les plus jeunes, afin qu’eux aussi comprennent comment un enfant peut se retrouver emporté dans le tourbillon de la guerre et surtout, pourquoi ces moments ne doivent jamais se répéter.

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