# La vocation d'Alice, infirmière

La vocation d'Alice, infirmière  - Tous droits réservés ©

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Cette dame qui regarde l’objectif, c’est Alice. C’est son histoire que nous allons vous raconter. Infirmière à l’Ambulance de Charleroi dès les premières heures du premier conflit mondial, Alice passera sa guerre à soigner, à s’occuper des blessés, peu importe leur camp. L’essentiel est de sauver des vies. Mais la jeune fille, qu’elle était avant-guerre, se doutait-elle du type de femme qu’elle allait devenir? La chrysalide ne savait pas que ce premier grand conflit mondial allait la transformer en papillon, malgré les circonstances atroces de la guerre.

 

Avant la guerre, l’insouciance...

Alice est une jeune fille de bonne famille de la région de Charleroi. Papa est notaire, maman “tient la maison”. Son destin est tout tracé : elle sera épouse et mère. Pas beaucoup de choix de carrière dans une époque où les femmes ont peu voix au chapitre. Pourtant quand la guerre éclate, Alice va y jouer un rôle important Comme des dizaines de femmes d’ailleurs et qui sera crucial dans ce conflit : celui de soignante, d’infirmière. Tour à tour soignante, et confidente recueillant les pensées et émotions de jeunes gens choqués par leur expérience de guerre, les infirmières sont considérées par le grand public comme des “anges”. Les soldats soignés ou de retour au front participeront activement à véhiculer cette image d’Epinal qui suivra longtemps la profession.

Soigner et compatir

Quand la guerre éclate, les infirmières professionnelles sont encore rares en Belgique. Les écoles existent mais elles sont récentes et le nombre d’infirmières professionnelles est largement insuffisant pour faire face aux besoins importants. Les infirmières anglaises, elles, sont beaucoup plus entraînées et elles connaissent déjà les traitements des blessures de guerre, l’Angleterre ayant participé à plusieurs conflits tout au long du 19e siècle. Et même si rien ne les aura préparées à ce qu’elles auront à vivre pendant la Grande Guerre et surtout au nombre de blessés à traiter dans un si court laps de temps, elles ont pour elles l’expérience et le savoir-faire de ce métier exigeant. En Belgique, les jeunes filles, choquées par l’invasion du pays et les atrocités allemandes, se demandent ce qu’elles peuvent faire pour servir leur pays, puisqu’elles ne peuvent s’engager dans l’armée. Certaines d’entre elles vont alors s’engager, volontairement, pour s’occuper des blessés, assister les médecins, débordés, dans leurs tâches. Alice est l’une d’entre elles.

Elle se lance alors à corps perdu dans les soins aux blessés et aux malades. Sans aucune distinction d’origine des blessés, elle va s’atteler sans relâche à s’occuper de chacun de ses patients, les veillant comme si c’était un proche.

Dans une Ambulance de Charleroi

De ces heures de soins sans relâche, Alice laissera un témoignage inédit qui donne un bon aperçu des situations critiques dans lesquelles les infirmières et plus généralement les soignants ont été plongés dès les premières minutes de la guerre.

Dans un document datant d’après-guerre, elle écrira le fonctionnement d'une des ambulances, ou hôpital de campagne, de Charleroi, installées dans les écoles, à l’orphelinat, dans les institutions ou c’était possible.

Mais les gestes, les réflexes ne s’improvisent pas et Alice prend exemple sur le personnel soignant. Elle apprend vite, prend rapidement le pli de l’automatisme des soins, acquiert des réflexes. Et heureusement car les blessés se succèdent, les arrivées se multiplient, surtout le soir, dans le crépuscule qui réduit la visibilité des combattants et les force à se réorganiser et donc, à réorganiser les blessés. Dans l’odeur d’éther, la précipitation et le sang, Alice fait son devoir, s’occupant des blessés avec tous les soins requis et avec toujours une organisation admirable : “Dès 6 heures et demi du matin, le service du jour faisait place au service de nuit. Les pansements étaient faits tous les jours. Certains blessés n’ont hélas plus la force de lutter et le personnel soignant les récupère dans un état irrécupérable, ne pouvant plus être qu’un indispensable soutien moral pour leurs derniers instants. Il arriva de voir des soldats qui n’avaient plus la force de décliner leur nom et se mourraient littéralement de faim et de froid.”

Les ambulances nécessitent une forte logistique. Une pharmacie bien sûr mais également une lingerie, un économat et un service de garde.

Les soins constants apportés aux soldats quelles que soient leurs origines ont rendu les blessés allemands fortement reconnaissants de l’attention prodiguée : certains blessés allemands avaient noté sur les tableaux des salles “Vive la Belgique”!

Tous les patients gardèrent de leur séjour, parfois long, à l’Ambulance un souvenir ému, comme ce sergent poète à ses heures qui fit une véritable ode aux soins, déclarant que malgré les blessures réparées, un bout de coeur restera toujours à l’Ambulance.

Au rang des blessés de Charleroi, un jeune lieutenant. Son nom est Charles de Gaulle. Personne ne le sait encore mais il deviendra un héros de la Seconde Guerre mondiale et le premier Président de la Ve République française. Il est possible, au vu de la classe sociale à laquelle tous appartenaient, qu'Alice ait rencontré de Gaulle, qu'elle soit devenue un contact et ce d'autant que la sœur de Gaulle, mariée à un Belge a fait rapatrier son frère, blessé à Dinant, sur Charleroi pour le soigner et l'héberger.

La légende familiale évoque un possible séjour de Charles de Gaulle dans la famille d’Alice mais de cela, nous n’avons pas retrouvé de traces.

Si l’on ignore le nombre exact de blessés soignés et sauvés par Alice, ils sont nombreux à avoir bénéficié de soins et ils ont sûrement gardé en tête, l’infirmière belge qui fut à leur chevet dans les durs moments de la guerre.

 

Après la guerre...

A la fin de la guerre, Alice retournera à sa vie d’épouse et de mère, Mais jamais, Alice n’oubliera les visages, les odeurs si caractéristique des salles de soins et tous ces moments cruciaux des premières heures de la guerre. Elle ne parlera pas beaucoup de sa bravoure et de son dévouement. Mais pour une Alice qui nous a légué ses souvenirs, combien d’infirmières auront servi, soigné sans témoigner de ces moments éprouvants, et tout aussi importants que les mouvements militaires?

Son petit-fils, Jacques, se souvient d’elle comme d’une femme aimante et attentionnée envers les membres de sa famille et qui ne mettait pas en avant son incroyable dévouement pendant la guerre. C’est avec émotion qu’il aime à raconter l’histoire de vie et l’extraordinaire parcours de sa grand-mère pendant la guerre. Elle, qui par modestie, n’aimait pas se mettre en avant, ce n’est que justice, et par extension pour toutes les femmes qui, un jour, par sentiment de devoir et par nécessité, se sont retroussé les manches, ont appris l’exigeant métier d’infirmière “sur le tas” et ont, par leur action, contribué à sauver des vies.

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