# Henri le volontaire

Le journal d'Henri Van Mons, volontaire de guerre, la Belgique au cœur.

Henri : volontaire, la Belgique au coeur  - Tous droits réservés ©

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Henri van Mons est né le 2 janvier 1896. Sa famille est installée à Bruxelles depuis longtemps. Son père, Henri Senior, est agent de change. Sa mère s’occupe du foyer et du bien-être de tous. Rien ne le prédestine à être confronté aux dures conditions de la guerre des tranchées.

Tandis qu'il fréquente un établissement scolaire en Belgique, ses parents décident de l'envoyer dans un collège anglais pour apprendre la langue. C'est ainsi qu'il passera deux années au Ratcliffe College, à Leicester, dans le centre de

l’Angleterre. Sa soeur aînée, Valérie, et sa soeur cadette, Ghislaine, sont également en Angleterre pour y poursuivre leur formation scolaire. C’est une fratrie unie qui, malgré l’éloignement géographique, cultive un grand attachement pour la Belgique.

Atteint profondément dans son patriotisme par la perspective d'une invasion brutale du territoire belge, Henri, comme beaucoup d’autres jeunes hommes de son âge, est déterminé à sauver son pays. A cet effet, il rejoindra la Belgique par bateau dès le 1er r 1er août 1914.

Il sera gravement blessé sur le front de l'Yser le 3 février 1915, et, décoré pour sa bravoure, il sera témoin de la suite de la guerre de loin, car il ne pourra jamais revenir au front du fait de la gravité de sa blessure. Cette expérience forte marquera durablement le jeune homme. Grâce à ses écrits, précieusement conservés par son fils Henri, nous pouvons nous représenter ce qu’a été son quotidien en guerre, son ressenti, son vécu. Suivons le courageux soldat dans son parcours de combattant.

En Angleterre !

Henri van Mons décide donc de s’engager comme volontaire dans l'armée belge. On perçoit dans cette volonté toute l’impatience et la détermination d’en découdre : “Je lis avidement les journaux, et, chose curieuse, à chaque fois que la crise semble se détendre, une certaine déception s’empare de moi comme si je désirais voir la guerre se déchaîner entre les deux ennemis de 1870 : la France et l’Allemagne”, mais la guerre éclatera tout de même. Mélange d’extrême courage et d’intrépide jeunesse, Henri est déterminé à servir sa patrie, jusqu’au bout si il le faut. Revenons sur les heures cruciales de sa vie...

S'engager...

Après une traversée de la mer du Nord sans embûches, Henri arrive enfin en Belgique. Il trouve déjà Bruxelles transformée. Alors que les premières troupes allemandes progressent sur le territoire belge, il se dépense sans compter pour résoudre les problèmes administratifs qui se présentent dans le cadre de son engagement. Son désir le plus profond était de servir les Grenadiers, mais, le contingent étant complet, il sera versé au 2e Régiment des Carabiniers.

Le 2 août, il écrit : “S’il faut mourir, je mourrais sans défaillir” et " Il me faut faire mon devoir, et je le ferai. Le soir, j'en ai parlé à mon père. Le sacrifice lui est dur, mais il consent”. Le 4 août, jour de l'invasion, il se rend à Malines pour prendre possession de son “fourbi”, son matériel de soldat. En vain, car il y a trop de monde qui attend d'être servi. Il y retourne dès le lendemain, passe la visite médicale et parvient à recevoir enfin ses effets militaires. Ce 5 août, il écrira: “Aujourd’hui, je viens d’offrir ma vie à la Cause Sacrée”.

Son uniforme enfilé et, la dernière boucle ajustée, il part en quête d'un logement. Il est hébergé pour la nuit par un curé et son vicaire, le temps pour lui de se restaurer et de dormir. De façon compréhensible, l’émotion le submerge tout à coup : “Je me sens envahi d’une immense tristesse. Je verse des torrents de larmes. C’est la crise qui, depuis longtemps, devait éclater. La fatigue, les émotions, le nouveau genre de vie, mon voyage de retour d'Angleterre, le peu de sommeil, et le reste encore, tout cela a agi sur mes nerfs, et, la crise passée, je me sens soulagé". Henri se reprendra bien vite. Il sait qu’il lui faudra du courage pour affronter l’ennemi. Et du courage, il en aura, et plus qu’à son tour…

Son instruction sera teintée d’un fort patriotisme. Les larmes lui montent aux yeux lorsque retentit l’appel au drapeau, mais cette forte émotion est simplement la conséquence du complet investissement d’un jeune homme d’à peine dix-huit ans dans la défense de sa patrie.

Le 6 août, c'est le début des exercices. La marche est pénible : “Le fusil est lourd, il fait chaud, nos capotes sont inconfortables. Qu’importe! Nous en verrons d’autres”. Son désir le plus cher est de se battre au plus vite. Mais il devra patienter : son régiment doit accomplir au préalable des travaux de terrassement : il faut impérativement creuser des tranchées.

Rencontre avec le front

De sa rencontre avec le feu et de son arrivée sur le front, on saura peu de choses par Henri lui-même mais on sait que sa division, la 6e D.A., s’empare d’Hofstade et des environs de Sippenaeken le 25 août avant de se replier sur les forts. Le 13 septembre 1914, l’armée, dont fait partie le jeune Henri, est forcée de remonter sur Anvers et, progressivement, de reculer jusqu’à l’Yser, où l'ensemble de la troupe est engagée dans des combats féroces. Il n'a guère le loisir d'écrire à sa famille, et son carnet se termine brusquement. Derrière ce silence, que de sous-entendus !

Seules deux cartes postales, qu'il adresse à sa soeur Ghislaine, soulèvent un tout petit coin du voile : de Leysele, il écrit le 8 novembre 1914 : “J’ai pris part à la glorieuse bataille de l’Yser à laquelle j’ai assisté et coopéré pendant toute la durée de la bataille c’est-à-dire 21 jours”. Henri en parle en toute simplicité, passant de suite à la météo. “Le temps est toujours beau et je vais toujours bien”. Sans doute se refuse-t-il à inquiéter la soeur dont il a toujours été très proche, et qu’il surnomme affectueusement “Guigui”.

Depuis Alveringhem, il ajoutera plus tard : "Il pleut beaucoup, mais c'est égal, on fait son devoir tout de même".

 

Blessé!

Le 3 février 1915, le régiment d’Henri combat sur le front de l’Yser. Henri tombe ! Il est touché ! Pour lui, comme pour bon nombre de ses camarades, la guerre est terminée. On craint pour sa vie. Et pour certains de ses amis, il est déjà trop tard. De ce moment critique, il écrit : “La blessure causée par un éclat d'obus allemand était très sérieuse, et le fait que j'aie échappé à la mort était vraiment miraculeux. Je reçus l'extrême-onction à Dixmude, ce qui est la preuve que j'étais vraiment en danger. Dès qu'il fut suffisamment noir, je fus conduit en voiture à l'hôpital, où je fus immédiatement opéré. Les intestins étaient perforés à 8 endroits différents” .

A la Clinique de l'Océan

A la Clinique de l’Océan

Henri van Mons est évacué à la Clinique de l’Océan, à La Panne. L’établissement, mis sur pied par le Docteur Depage, est à la pointe du progrès en matière de soins. Des milliers de soldats y seront soignés. On craint d’abord pour sa vie mais l’opération sera un succès . Son père l'y rejoint et reste constamment à son chevet pendant six longues semaines.

Dans le périodique "The Ratcliffian" d'avril 1915, il écrit à propos de son séjour forcé à l’Océan : "… la Reine des Belges eut la bonté de venir me voir à diverses reprises, et elle m'apportait des fleurs, des livres, des fruits, des cigarettes, etc., etc. Elle est si bonne, si aimable et aussi si simple dans sa manière d'être. Tous les soldats belgesl'adorent tout simplement".

Mais la guerre continue et les blessés affluent toujours plus nombreux à l’Océan. Les soldats qui ne nécessitent plus de soins ou d’opérations urgentes sont évacués en Angleterre pour se refaire une santé. C’est le cas d’Henri, qui retraversera la Manche à bord d’un navire-hôpital pour y faire sa convalescence et recevoir des soins appropriés.

Bientôt, un télégramme lui annonce que le Roi des Belges lui octroie la décoration de Chevalier de l’Ordre de Léopold pour “être resté devant Dixmude dans une tranchée très exposée au feu de l’ennemi à l’effet de découvrir les tireurs adverses et avoir supporté jusqu’au soir les douleurs d’une blessure reçue le matin donnant ainsi un bel exemple de courage.”

 

Un attachement très profond à l'Angleterre

 

Pendant toute sa période passée au front, Henri pense sans cesse aux siens et spécialement à Valérie et Ghislaine qu’il a laissées en Angleterre, pays auquel on le sent encore plus attaché de par les circonstances de la guerre. “J’espère bien y retourner après la guerre”, écrit-il à sa soeur, “c’est un si joli pays avec un si brave peuple”.

Henri van Mons reviendra en Belgique sans plus retourner au front, son état de santé ne le lui permettant pas. Pour lui, la guerre est terminée mais il attendra avec impatience l’armistice et la paix enfin retrouvée. Il vivra encore une deuxième guerre, à la fin de sa vie. Il nous quittera le 21 février 1948, sans jamais oublier ce qu’il avait vécu au front.

Conclusion

Henri van Mons a vécu des moments terribles au coeur de la bataille, des moments qu’aucun jeune de dix-huit ans ne devrait jamais connaître. Ces heures particulièrement difficiles lui appartiennent, mais il nous lègue en héritage le souvenir d’une jeunesse sacrifiée pour nos libertés, une jeunesse qui s’est révoltée à l’idée de voir passer le pays en des mains étrangères, et a trouvé en elle-même le courage de prendre spontanément les armes. L’abnégation et un sens aigu du devoir ont caractérisé le service d’Henri van Mons pendant toute la guerre. Même blessé, il s’en voulait de ne pas être auprès de ses frères d’armes.

Désireux de lui rendre un hommage mérité et de perpétuer son souvenir auprès des générations suivantes, son fils, qui porte aussi le prénom d'Henri, comme le veut une tradition déjà ancienne, a aimablement accepté de mettre ces documents à notre disposition afin qu’ils puissent être vus par le plus grand nombre. Il peut être fier du devoir accompli par son père, trop tôt disparu.

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