# Le passage à l'heure d'été ou d'hiver est un héritage de 14-18

Le passage à l'heure d'été ou d'hiver est un héritage de 14-18  - Tous droits réservés ©

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Dans le courant du XIXe siècle, une révolution culturelle secoue le monde occidental : la généralisation de l’heure, qui bouleverse le rapport au temps. Les horloges et montres se répandent, tout comme les horaires (rendus nécessaires par l’invention du chemin de fer). L’éclairage au gaz puis à l’électricité rend les hommes de plus en plus indépendants du soleil, et de plus en plus dépendants d’engins d’horlogerie pour leur permettre de se repérer dans le temps.

C’est dans ce contexte qu’est créée l’" heure légale ", ou heure nationale : à la suite de l’Angleterre qui adopte en 1880 l’heure de référence GMT (Greenwich Mean Time), les autres pays harmonisent également le temps sur leur territoire. Dans le contexte nationaliste de l’époque, cela ne va pas sans difficulté. La France a par exemple bien du mal à adopter l’heure GMT, considérée comme anglaise… La Belgique, elle, l’adopte sans trop de difficulté dès 1892.

Quand la guerre éclate, les Allemands imposent " leur " heure à tous les territoires occupés, à l’est et à l’ouest de l’Europe. Cette " heure allemande ", instaurée de force, a bien sûr une utilité pratique, notamment pour permettre à l’occupant d’organiser plus facilement le transport de ses troupes à travers l’Europe. Mais comme le montre la carte postale allemande ci-contre, l’importance symbolique de la mesure est au moins aussi considérable. En maîtrisant le temps, c’est aussi le territoire, le quotidien des populations et ces populations elles-mêmes que les autorités allemandes prétendent contrôler. Celles-ci instaurent également, pour la première fois, le système de l’heure d’été en 1916 : dans le contexte d’une guerre totale où les ressources sont précieuses, il s’agit d’économiser l’énergie.

Pour les Belges occupés, résister à l’heure de l’ennemi en conservant précieusement leurs montres et horloges réglées à l’heure belge est un acte de résistance. Les autorités allemandes le savent bien, puisqu’elles condamneront pour cela de nombreux Belges, jusqu’à la fin du conflit. A l’Armistice, une des premières mesures prises un peu partout par les autorités communales est de remettre les pendules à l’heure : la bonne, celle de la victoire !

Nicolas Mignon
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