# Le coquelicot et les champs de bataille

Dans les pays du Commonwealth, le coquelicot est associé à la mémoire de ceux qui sont morts à la guerre. Cette mise en relation est plus ancienne: durant les guerres napoléoniennes du début du XIXe siècle, déjà, le lien entre le coquelicot et les champs de bataille avait été observé...

Le coquelicot et les champs de batailles  - Tous droits réservés ©

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Comment expliquer que les champs mis à nu lors des combats se couvrent de ces fleurs rouge sang après la bataille? Pour germer, la graine du coquelicot n’a que très peu d’exigences : elle a avant tout besoin d’une terre remuée et calcaire. De grande longévité, elle résiste bien au manque d’eau et à l’enfouissement, et peut donc rester dans le sol de longues années. Puis, dès que la terre est remuée et mise à nu, elle se met à germer. C’est ce qui explique aussi qu'elle se mit à pousser sur les terres dévastées par les obus et tranchées des combats de la Première Guerre mondiale…

Lors de la Première Guerre mondiale, c’est le lieutenant colonel John McCrae, un médecin militaire canadien, qui établit lui aussi ce rapport entre le coquelicot et les champs de bataille. Alors que son ami Alexis Helmer avait été tué par un obus allemand à Ypres, et enseveli dans une tombe sommaire, marquée d'une simple croix de bois, John McCrae avait été frappé par le fait que des coquelicots sauvages poussaient entre les rangées. Ce phénomène lui inspira son célèbre poème "In Flanders Fields" ("Au Champ d’Honneur"), publié le 8 décembre 1915, dans le London Punch.

 

In Flanders fields the poppies blow
Between the crosses, row on row,
That mark our place; and in the sky
The larks, still bravely singing, fly
Scarce heard amid the guns below.

We are the Dead. Short days ago
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved and were loved, and now we lie
In Flanders fields.

Take up our quarrel with the foe:
To you from failing hands we throw
The torch; be yours to hold it high.
If ye break faith with us who die
We shall not sleep, though poppies grow
In Flanders fields.

Adaptation française du major Jean Pariseau :

 

Au champ d'honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l'espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.

Nous sommes morts
Nous qui songions la veille encor'
À nos parents, à nos amis,
C'est nous qui reposons ici
Au champ d'honneur.

À vous jeunes désabusés
À vous de porter l'oriflamme
Et de garder au fond de l'âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d'honneur.

Trois ans plus tard, l'Américaine Moina Michael, qui travaillait dans une cantine de la "YMCA" à New York, se mit à porter un coquelicot en mémoire des millions de soldats qui avaient donné leur vie sur les champs de bataille. En 1920 c'est une Française, Madame Guérin, qui après avoir découvert cette coutume lors d'un voyage aux États-Unis, a décidé de faire réaliser des coquelicots à la main pour recueillir des fonds destinés aux enfants sans ressources des régions dévastées de son pays. Les premiers "poppies" ont été distribués au Canada en novembre 1921. Depuis lors, ils symbolisent dans tous les pays du Commonwealth, le sacrifice et le souvenir de la Première Guerre mondiale. L'armistice du 11 Novembre est d'ailleurs appelé dans ces pays le "Poppy Day" ("Jour du Coquelicot").

Les coquelicots de papier sont portés en boutonnière lors des commémorations ou déposés sur des croix ou des couronnes au pied des tombes et monuments de la Grande Guerre.

A Essex Farm, près d'Ypres, non loin du poste de secours qu'occupait John McCrae, une tombe est toujours plus abondamment fleurie que les autres de ces coquelicots de papier : il s'agit de la sépulture du soldat Valentine Joseph Strudwick de l’infanterie légère (carré I, rangée U, tombe 8) qui était âgé de 15 ans à peine lors de sa mort, le 14 janvier 1916.

Isabelle Masson
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