# A propos du projet

Lettres, cartes, photographies apportés dans le cadre de la collecte RTBF  - Tous droits réservés ©

Lettres, cartes, photographies apportés dans le cadre de la collecte RTBF - Tous droits réservés ©

Cet été 2014, il y a tout juste cent ans qu’éclatait la Première Guerre mondiale. C’est dans le cadre de cette dynamique mémorielle, mise en place un peu partout en Europe et notamment en Belgique, que la RTBF inaugure ce nouveau site web pédagogique "14-18". L’occasion à la fois de commémorer ce conflit majeur du XXe siècle et de permettre aux visiteurs, jeunes et moins jeunes, belges et étrangers, d’explorer de nouvelles perspectives sur une guerre qui a tout changé.

En effet, celle que l’on nomme la "Grande Guerre" affecta non seulement la vie et le destin de millions de soldats engagés dans l’une ou l’autre armée belligérante, mais aussi le quotidien de millions de femmes, hommes et enfants, en Europe et à travers le monde... Parmi les pays les plus durement éprouvés par ce conflit sans précédent, la Belgique. Dès le début des hostilités, alors qu’elle vit avec insouciance les derniers instants de la "Belle Epoque", la Belgique se retrouve bien malgré elle au coeur de la tourmente lorsque, le matin du 4 août 1914, l’armée allemande franchit la frontière à Gemmenich et viole ainsi la neutralité de son territoire. En moins de trois mois, les troupes de l’empereur Guillaume II envahissent le pays d’est en ouest ; le 20 août, elles entrent dans la capitale Bruxelles et à la mi-octobre 1914, elles ont définitivement repoussé l’armée belge au-delà de l’Yser... Sur leur passage, nombre de villes et de villages sont détruits, des civils massacrés et des familles entières jetées hors de leur foyer, hors de leur vie, sur les chemins de l’exil. La Belgique est alors divisée en deux : d’un côté, confinées sur une fine bande de terre au nord-ouest du pays, dernier morceau du territoire belge, les troupes du roi Albert Ier ne bougeront pratiquement plus jusqu’à la fin du conflit ; de l’autre, la population qui vit sous l’occupation allemande. Durant quatre longues années, de part et d’autre de la ligne du front, dominent la peur et les privations.

L’approche éditoriale : une histoire de la vie quotidienne

C’est cette histoire – celle de ces femmes, hommes et enfants qui ont vécu l’angoisse des tranchées ou les rigueurs de l’occupation – que ce site veut vous raconter. Pour ce faire, la RTBF a fait appel à de jeunes historiens issus de différentes universités belges francophones et qui, durant six mois, se sont attelés à retracer la vie quotidienne des Belges et des Allemands, civils ou militaires, au front ou sous l’occupation : Quelles sont leurs principales préoccupations ? Que mangeaient-ils ? Comment s’habillaient-ils ? Continuaient-ils à aller au théâtre ou au cinéma ? A travers plusieurs thématiques originales (l’alimentation, les animaux, les arts et les loisirs, l’économie, la famille, la médecine, l’image de la Belgique et bien plus encore...), le visiteur va se replonger dans la petite histoire de la Grande Guerre, à la découverte de documents d’archives et de témoignages, parfois inédits pour le grand public. Il sera probablement surpris de retrouver ici une recette de grand-mère, là une vieille chanson, et de constater que la vie à cette époque est, par certains aspects mêmes intimes, très proche de notre vie quotidienne actuelle ! Saviez-vous, par exemple, que la carte d’identité trouve son origine dans le "personal ausweis" imposé à tous les citoyens belges par les autorités allemandes en 1915 ? Que dire aussi des nombreux monuments commémoratifs jalonnant nos villes et nos campagnes, de ces places et noms de rue rendant hommage à d’illustres héros ou de ces impressionnantes tranchées… qui sont autant d’empreintes, souvent méconnues, de la Première Guerre mondiale dans notre environnement.

Un important travail de recherche et de proximité

Le contenu de ce site n’est bien évidemment pas exhaustif ; son objectif est avant tout d’offrir, via plus d’une centaine d’articles originaux, une mise en contexte et une lecture la plus objective possible sur une large sélection de sujets aussi divers que variés. Le tout est bien sûr accompagné d’authentiques illustrations (dessins, peintures, photographies, reproductions etc.) ainsi que de mini capsules vidéos et de témoignages oraux recueillis durant le printemps 2014 et accessibles via une carte interactive de la Belgique. Pour chaque sujet, un important travail d’investigation a été entrepris sur base non seulement de la littérature scientifique existante mais aussi et surtout des sources d’archives publiques ou privées, tout en donnant un maximum de place possible à des documents inédits et à la dimension locale ! Enfin, si le contenu est naturellement destiné au grand public, les historiens n’ont pas pour autant mis de côté leur rigueur scientifique et n’ont eu qu’une obsession tout au long de ces six mois de recherches : vulgariser sans appauvrir ni dénaturer le sujet et les sources. Ce qui a nécessité, de l’aveu même de certains membres de l’équipe, un important travail d’écriture afin de rendre le propos clair et accessible à tous.

Aborder l’histoire de la Première Guerre mondiale sous un angle autre que celui purement politique et militaire, longtemps privilégié par les historiens, n’est pas une mince affaire ! Tout d’abord, le temps passant, les sources premières se font de plus en plus rares et l’historien doit malheureusement, depuis plusieurs années déjà, faire le deuil des témoignages oraux d’anciens combattants ou de gens ayant vécu l’occupation. De ceux-ci, il ne reste que quelques précieux enregistrements radiophoniques ou télévisuels réalisés notamment par la RTBF dans les années 1960, lors du cinquantième anniversaire de la Grande Guerre ; il reste également de nombreux documents écrits (cartes postales, lettres, journaux intimes, imprimés, manuscrits...) ou iconographiques. Mais, à cet égard, la difficulté majeure est que beaucoup de ces documents sont difficilement accessibles, soit ils n’ont pas été inventoriés au sein de certains fonds d’archives publics, soit ils sont toujours gardés précieusement par les descendants de leur propriétaire. Précieusement... ou non car les familles ne sont pas toujours conscientes du trésor qu’elles détiennent parfois de génération en génération. Deux raisons à cela : d’une part, seuls les éléments relatifs à la vie politique ou militaire sont inconsciemment jugés plus utiles à l’Histoire que les souvenirs de la vie quotidienne et familiale – la faute aux historiens eux-mêmes qui ont, un temps, encouragé à cette conception – ; d’autre part, la Deuxième Guerre mondiale, plus récente (1940-45) et certainement plus marquante par son caractère totalitaire, a en quelque sorte supplanté la Première Guerre mondiale dans la conscience collective.

A la rencontre des gens : la collecte en bus RTBF 14-18

Ce constat, l’équipe de jeunes historiens l’a posé à maintes reprises lors de sa grande collecte 14-18, à travers toute la Wallonie, du 31 mars au 11 avril 2014. Durant deux semaines, près de 200 personnes ont répondu à l’appel lancé sur les chaînes de radio et de télévision de la RTBF et sont venues partager leurs souvenirs à l’un des vingt-cinq arrêts du bus 14-18. Par ailleurs, plus de 120 personnes ont également apporté leur contribution par mail ou téléphone, augmentant ainsi les résultats d’une collecte déjà couronnée de succès. Parmi la foule de documents et d’objets répertoriés, photographiés et scannés : des carnets de notes, des journaux intimes, des lettres et des cartes postales, des photographies, des affiches de l’administration allemande, des tracts de propagande, des actes de naissance/décès/mariage, des documents d’identité, des cartes d’alimentation, des livres de recettes, des manuels scolaires, des jouets, des décorations militaires... La grande majorité des contributeurs avait un lien direct avec un soldat dans l’armée belge, d'autres sont venus partager des souvenirs de leur famille restée sous l’occupation. Preuve une fois de plus de la dominance des faits militaires sur les faits de la vie quotidienne dans l’esprit collectif.

Néanmoins, l’équipe de la RTBF a pu recueillir des témoignages (dont plusieurs ont été filmés et sont visibles sur ce site) éclairants sur la manière dont le souvenir s’est transmis ou se transmet encore dans certaines familles : de manière générale, qu’il ait été mobilisé ou non, l’ancêtre survivant semble assez peu enclin à parler à ses enfants ou petits-enfants – au grand regret de ces derniers – de ce qu’il a vécu durant la guerre, par traumatisme souvent, par honte parfois. Certains affirment que les "vrais héros sont ceux qui sont morts au front pour la patrie" et relativisent les souffrances vécues sous l’occupation ! Un tabou qui ne facilite pas le travail des historiens mais qui reste significatif pour le travail de mémoire. Au-delà des témoignages, cette collecte a aussi permis des échanges très enrichissants entre les participants et les historiens, ceux-ci jouant quelquefois les détectives pour résoudre l’une ou l’autre énigme familiale… Enfin, que tous les visiteurs se rassurent : le site continuera à évoluer. Et, s’ils n’ont pas été utilisés dans l’un des cent articles thématiques déjà disponibles aujourd’hui, les documents de la collecte seront progressivement visibles en ligne au travers d’anecdotes plus locales ou familiales, mais tout aussi passionnantes.

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