# Sept anecdotes méconnues de la Grande Guerre

La Première Guerre mondiale n'a pas fini de nous révéler des histoires. Découvrez sept faits peu connus.

Le passage à l'heure d'été ou d'hiver est un héritage de 14-18!  - Tous droits réservés ©

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Saviez-vous que:

En 14 les Belges se défendent avec des armes… allemandes

Lorsque les armées allemandes envahissent la Belgique en 1914, leur infanterie emploie des fusils Mauser et leur artillerie légère des canons Krupp. En face d’eux, les Belges… font de même ! Depuis la guerre des 1870, la réputation des armuriers allemands est en effet excellente. Quand les Belges choisissent de remplacer le fusil de leurs fantassins à la fin du XIXe siècle et le canon standard de leur artillerie au début du XXe, ils font donc appel au savoir-faire d’outre-Rhin, même si les armes en question sont produites à Liège. L’armée belge s’équipe ainsi de fusils Mauser modèle 1889 (recalibrés en 7,65mm) et des canons Krupp (recalibrés en 75mm).

Lorsque la firme Krupp fête le centenaire de la naissance d’Alfred Krupp, elle prend dès lors bien soin d’envoyer au Roi Albert un volume luxueux. L’envoi est daté du 3 août 1912. Deux ans plus tard, à un jour prêt, c’est un ultimatum qu’Albert recevra d’Allemagne… "

Le terme "poilu" utilisé pour qualifier les soldats français, signifie avoir du courage! Quand "avoir du poil" rime avec virilité…

Le terme "Poilu" est devenu un incontournable de la Grande Guerre. Il y a quelques années, les rares anciens combattants encore vivants étaient qualifiés de "derniers Poilus", et nombreux sont les livres sur le conflit qui l’utilisent dans leur titre. Le mot est pourtant plus problématique qu’il n’y paraît, a fortiori si on prétend l’utiliser dans un contexte belge.

Contrairement à une croyance largement répandue, le mot "Poilu" n’a aucun rapport avec la difficulté de se raser dans les tranchées et l’apparence prétendument hirsute des soldats. Aucune armée n’aime le laisser-aller dans la tenue et les masques à gaz ne s’accommodent pas de barbes négligées. Les combattants de la Première Guerre mondiale ne sont donc mal rasés qu’exceptionnellement, lors des affrontements qui empêchent longtemps toute relève des hommes (ce qui est rare dans le cas belge, sauf lors de la bataille de l’Yser ou de l’offensive finale). Le mot est en réalité bien plus ancien que 1914 puisqu’il est déjà utilisé en France à l’époque napoléonienne.

Durant la Première Guerre mondiale, il n'existait pas une mais quatre monnaies en circulation en Belgique!

Tout d’abord, le franc belge, naturellement, frappé et mis en circulation par la Banque Nationale de Belgique, seule institution habilitée jusque-là à gérer la politique monétaire ; le deutsche mark, ensuite, introduit dans le circuit intérieur par l’occupant allemand dès octobre 1914. A ces deux devises officielles, s’ajoutent, d’une part, les billets en franc belge imprimés temporairement par la Société Générale de Belgique à partir de 1915 et, d’autre part, les " monnaies de nécessité " produites par plusieurs centaines de communes, de sociétés de bienfaisance et entreprises, pour pallier à l’instabilité monétaire qui régnait durant le conflit. Chaque localité ou chaque association avait sa propre devise, souvent des billets, parfois des pièces métalliques, qui n’était valable que sur le territoire de la commune ou dans des centres d’aide alimentaire… N’émettre aucune devise aurait pu, certes, nuire gravement à l’occupant allemand mais la mise en circulation de ces différentes monnaies était, malgré toutes les difficultés, absolument nécessaire pour éviter une ruine totale de la Belgique.

Un rideau de fer séparait la Belgique occupée des Pays-Bas restés neutres?

Si la Belgique a vu sa neutralité violée avec pertes et fracas par les troupes allemandes, il n’en fut rien de son voisin, les Pays-Bas, restés neutres durant tout le conflit.

Or quand on regarde la carte, il apparaît rapidement à l’œil, que la frontière séparant la Belgique des Pays-Bas peut devenir un enjeu crucial, tant commercial, militaire que politique. Comment l’occupant peut-il faire en sorte que son dispositif ne soit pas affaibli par une sorte de " passoire ", une issue, par laquelle les Belges – entres autres – pourraient fuir la zone occupée et rejoindre l’Angleterre ou le Gouvernement belge en exil au Havre, par exemple ? Comment éviter cette hémorragie ?

La construction de ce que certains appelleront le "Rideau de fer" fut la réponse des Allemands.

Pendant le conflit, la capitale de notre Royaume était installée dans la station balnéaire de Sainte-Adresse en Normandie

C’est le 13 octobre 14 que notre gouvernement entame son exil, "une sorte d’arche de Noé huppée arrive au Havre", à bord du Pieter de Coninck. Une fois débarqués les ministres belges sont accueillis par Victor Augagneur, ministre français de la Marine. Le siège du Gouvernement belge sera incarné, pendant quatre ans, par une maison à colombages, en haut d’une falaise, dans le plus pur style normand ; elle sera détruite en 1944. Si la municipalité de Sainte-Adresse restera française, les bâtiments occupés par les autorités belges y jouiront de l’extraterritorialité. Le roi des Belges, Albert 1er, quant à lui, y possèdera la Villa Roseraie, qu’il ne fréquentera pour ainsi dire pas. Le Chef de cabinet, le comte Charles de Broqueville, sera logé à la Villa Roxane et le corps diplomatique à l’hôtel des Régates. Bientôt, près de douze mille Belges vont peupler Sainte-Adresse, d’où sera pensé, conçu et, finalement, ordonné, le plus clair de la politique de la Belgique durant la guerre de 1914-1918.

Aujourd’hui encore, tous les 21 juillet, on hisse le drapeau belge dans cette charmante station balnéaire française.

C'est durant Grande Guerre que débute l'intérêt de la famille royale belge pour l'aviation!

Si l’actuel roi des Belges possède ses ailes de pilote depuis les années 80, ce n’est pas un hasard. La relation particulière entre la monarchie belge et l’aviation débute lors de la Grande Guerre, avec l’intérêt d’Albert Ier pour tout ce qui touche l’arme aérienne. A une époque où l’aviation est encore balbutiante, le roi non seulement n’hésite pas à prendre l’air, mais survole même à plusieurs reprises le front, escorté bien sûr par plusieurs chasseurs belges. Au-delà de l’intérêt de telles performances du point de vue de la propagande, ces initiatives constituent une réelle prise de risque et une preuve de la passion du souverain pour la conquête de l’air. L’Armistice ne met pas fin aux vols d’Albert Ier, qui fait sensation en se rendant par exemple en avion aux négociations du Traité de Versailles, ou en Allemagne occupée où il rend ainsi visite aux troupes belges.

Ses successeurs veillent à ne pas perdre ce capital symbolique. Dans les années trente, Léopold III pilote lui-même son Fairey Fox. Son fils Baudouin vole sur F-104 Starfighter et son petit-fils Philippe obtient ses ailes sur Mirage V. Il La princesse Elisabeth suivra-t-elle l’exemple de ses aînés ?

Le passage à l'heure d'été ou d'hiver est un héritage de 14-18!

Dans le courant du XIXe siècle, une révolution culturelle secoue le monde occidental : la généralisation de l’heure, qui bouleverse le rapport au temps. Les horloges et montres se répandent, tout comme les horaires (rendus nécessaires par l’invention du chemin de fer). L’éclairage au gaz puis à l’électricité rend les hommes de plus en plus indépendants du soleil, et de plus en plus dépendants d’engins d’horlogerie pour leur permettre de se repérer dans le temps.

C’est dans ce contexte qu’est créée l’" heure légale ", ou heure nationale : à la suite de l’Angleterre qui adopte en 1880 l’heure de référence GMT (Greenwich Mean Time), les autres pays harmonisent également le temps sur leur territoire. Dans le contexte nationaliste de l’époque, cela ne va pas sans difficulté. La France a par exemple bien du mal à adopter l’heure GMT, considérée comme anglaise… La Belgique, elle, l’adopte sans trop de difficulté dès 1892.

Quand la guerre éclate, les Allemands imposent " leur " heure à tous les territoires occupés, à l’est et à l’ouest de l’Europe. Cette " heure allemande ", instaurée de force, a bien sûr une utilité pratique, notamment pour permettre à l’occupant d’organiser plus facilement le transport de ses troupes à travers l’Europe. Mais comme le montre la carte postale allemande ci-contre, l’importance symbolique de la mesure est au moins aussi considérable. En maîtrisant le temps, c’est aussi le territoire, le quotidien des populations et ces populations elles-mêmes que les autorités allemandes prétendent contrôler. Celles-ci instaurent également, pour la première fois, le système de l’heure d’été en 1916 : dans le contexte d’une guerre totale où les ressources sont précieuses, il s’agit d’économiser l’énergie.

Pour les Belges occupés, résister à l’heure de l’ennemi en conservant précieusement leurs montres et horloges réglées à l’heure belge est un acte de résistance. Les autorités allemandes le savent bien, puisqu’elles condamneront pour cela de nombreux Belges, jusqu’à la fin du conflit. A l’Armistice, une des premières mesures prises un peu partout par les autorités communales est de remettre les pendules à l’heure : la bonne, celle de la victoire !

Juliette Patriarche
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