Thibaut Courtois : "Je dois laver mes gants moi-même…"

La tête lourde après cette tragique semaine, Thibaut Courtois et les Diables jouteront donc le Portugal loin de leurs fans. Le portier belge évoque son duel avec CR7, sa saison difficile à Chelsea, son retour après blessure, son avenir chez les Blues, ses rencontres avec son idole Casillas, les secrets des Diables et sa relation spéciale… avec ses gants. Thibaut Courtois passe " Sur le Gril " d’Erik Libois.

Le regard est droit, les épaules sont relâchées, cet homme ne connaît pas le stress. Thibaut Courtois a pourtant tout connu cette saison : la dèche sportive, sa 1e grande blessure, un limogeage d’entraîneur. "C’est vrai que ça me change, jusqu’ici j’avais toujours gagné un trophée chaque saison. On espère que la saison prochaine sera meilleure, on attend le nouveau coach, j’ai beaucoup travaillé pour revenir plus vite."

De là à traverser des moments de doute ? La réponse est non. "C’est surtout mentalement qu’il faut être solide, mais avec mon caractère et le fait d’avoir grandi dans une famille de sportifs de haut niveau (son père, sa mère et sa sœur sont ou ont été des volleyeurs du top), je n’ai pas trop de problèmes avec ça, je ne doute jamais."

De là aussi à quitter Chelsea, qui loupera la Champions League l’an prochain ? La réponse est diplomatique. "Je ne dis pas oui, je ne dis pas non, je ne sais pas : j’ai encore un contrat de 3 ans, il faut voir ce que Chelsea veut…"

Sans répit...

La Premier League est impitoyable, de nombreux Diables blessés (Kompany, De Bruyne, Hazard, Vertonghen) en paient le lourd tribut actuellement. "On a des matches tous les 3 jours, on n’a pas de trêve hivernale, il y a les nombreuses Coupes à disputer, les mises au vert, sur le terrain le rythme est élevé et les contacts sont rudes."

Et chez les Diables, c’est encore plus intense. "Le niveau d’entraînement est plus élevé chez les Diables : il n’y a que des joueurs de niveau mondial alors qu’à Chelsea, le noyau compte des joueurs un peu moins cotés et on s’entraîne aussi souvent avec des jeunes."

Avec l’Euro en point de mire. "Kevin De Bruyne a raison de le dire, on doit y aller pour gagner : moi je veux toujours tout gagner, même un tournoi de ping-pong, c’est dans ma nature. Mais on n’a pas toutes les cartes en main : l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie, il y a beaucoup de favoris, il faut passer le 1er tour puis y aller pas à pas."

N°1 FIFA, les Diables ont aussi un ranking à assumer. "Notre statut a changé, mais on n’y pense pas. Notre groupe n’est pas du genre à se mettre la pression. C’est juste le score qui change : avant on nous demandait de tout gagner, maintenant on nous demande de le faire 3-0 ou 4-0 (rires)."

Avec ou sans Kompany, that’s is the question. "Vincent est le ciment de notre vestiaire, c’est vrai. Mais même sans lui, on a pas mal de leaders qui peuvent reprendre son rôle, je ne m’inquiète pas pour l’Euro."

Égo-trip

Mardi, il subira une 1e répétition face à Cristiano Ronaldo. "On s’est déjà affrontés souvent, mais je n’ai pas de truc contre lui : il faut anticiper et sentir le moment en fonction du geste qu’il amorce, parfois je gagne, parfois c’est lui." Et le dernier égo-trip de CR7 au Real ("Mes partenaires ne sont pas à mon niveau") ne l’émeut pas. "Il faut voir s’il a vraiment dit ça, ça part peut-être d’un malentendu… mais quand un joueur vous fait gagner des matches à lui tout seul, c’est le plus important pour un vestiaire…"

À 23 ans, Thibaut a déjà tout gagné en club. Le petit garçon qui se rêvait Casillas a réalisé ses rêves : "On habitait dans le même quartier à Madrid, on se parlait souvent. Mais Van de Sar et Buffon m’ont aussi inspirés." L’arrêt qu’il préfère effectuer ? Le pragmatique prend le pas sur l’esthète. "Peu importe que ce soit une détente ou un réflexe à bout portant, sur une tête, un frappe ou une volée : ce qui compte, c’est que cet arrêt nous fasse gagner."

Parfois il revoit des images avec effroi, lui dont le prédécesseur Petr Cech termine sa carrière avec la tête sous un casque. "C’est vrai que le soir à la télé, j’ai des frissons quand je revois certaines de mes sorties, mais dans le feu de l’action on n’y pense pas. On dit souvent qu’un gardien doit être fou : moi, je pense au contraire qu’il doit être très réfléchi tant les prises de décisions sont nombreuses."

Mes gants, mes amis…

L’homme est perfectionniste, son entraîneur personnel lui fait travailler avec des techniques empruntées au football américain. "Il me place 8 signaux de couleurs, je dois réagir au réflexe vers les 2 qui s’allument." Thibaut a aussi ses petits rituels. "Je me prépare toujours de la même manière, j’écoute la même musique. Et puis surtout… je lave moi-même mes gants la veille d’un match, puis je surveille leur séchage. Si je les confie au gars du matériel, il risque de les oublier ou de les faire sécher trop longtemps, et après ils sont trop raides ou trop fripés." De là à leur donner des petits noms, comme certains joueurs de tennis qui parlent à leur raquette ? " Non, quand même pas… (rires)."

Il veut progresser. Chaque jour. "Je m’entraîne pour m’améliorer, je n’ai pas de grosse lacune… mais si je veux un jour être le meilleur gardien du monde, je dois continuer à bosser." Parfois jusqu’à la nausée. "Il y a des jours, c’est vrai, où j’en ai marre du foot, et je veux tout plaquer. Mais ça arrive à tout le monde, chacun dans son travail a parfois une mauvaise journée : ça passe vite… car j’adore le foot, je ne pourrais pas m’en passer."

" Sur le Gril ", une interview hebdomadaire d’Erik Libois à écouter sur Vivacité ce mardi à 19 h avant Belgique-Portugal. En podcast également sur www.vivacité.be. Et dans La Tribune ce lundi 28 février.


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