" Mets-la au milieu si tu veux, mais frappe en hauteur et surtout… le plus fort possible. Et, bien sûr, ne pense à rien. " Le geste le plus fastoche du foot a dû prendre des contours de thérapie de groupe ces dernières heures dans la fournaise chypriote.
Vous avez déjà essayé, vous, de " ne penser à rien " quand on vous le suggère ? Le genre de conseil qui, forcément, bouscule dans la caboche les pensées les plus diverses. A fortiori ces derniers temps au Parc à l’approche du disque des onze mètres.
Tout gardien un chouïa honnête vous le dira : un péno bien tiré est impossible à stopper. Vous pouvez avoir " un truc " comme l’impayable Vandendriessche le prétendait, vous pouvez avoir les milliers de fiches de Munaron, vous pouvez feinter l’anticipation, scruter la course d’élan ou le dernier regard du tireur-tueur : quand il est frappé juste et fort, ce cuir vous échappe à tous les coups.
Van den Brom aura pu sortir tous ses bouquins de sophrologie ou d’imagerie mentale : le plus simple peut-être, c’est encore d’y retourner, et le plus vite possible, pour chasser les vilains fantômes. Reste à savoir qui va s’y coller si Limassol remet le couvert. Car les plus impassibles, les plus solides dans leur tête ne le sont plus. Puisque par définition, ils emmenaient la liste des tireurs désignés. Et que, depuis, les Mbokani, Gillet et Wasyl ont péché par omission.
Tentons le contre-pied : et si, comme Guy Thys un beau jour caniculaire de juin 86 à Puebla, le coach désignait comme snipers les vieux, les jeunes, les sans-grade, les boiteux, les manchots les aveugles ? Ceux dont on n’attend rien, ceux qui n’ont aucun statut à défendre et se posent donc le moins de questions car ils n’ont rien à perdre ? Contre l’Espagne au Mexique, le roi du Havane avait débauché les jeunes Vervoort et Scifo (20 ans à l’époque), le vieux Broos et bien sûr Leo Vander Elst, plus connu comme roi de la vanne que comme styliste du gros orteil.
Face au Partizan Belgrade il y a deux ans, les papes mauves du péno-choucroute s’appelaient Boussoufa, Biglia et Suarez : rien que des cadors. Et si on pariait qu’en cas de récidive, les Iakovenko, Kljestan, Praet, Marecek et Molins feraient largement mieux ? Et s’éviteraient ainsi la fameuse double peine du péno : la honte du grotesque pour eux-mêmes et les fans, la dèche financière de l’élimination pour leur employeur.
Erik Libois




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