C’est dit, Orlando est un opéra de la passion amoureuse, dévorante comme le feu, qu’il couve ou qu’il éclate. L’aliment de la folie d’Orlando – le contre-ténor Bejun Mehta – est la jalousie vis-à-vis de la femme qu’il convoite, Angelica – Sophie Karthaüser s’y affirme avec une voix pleine et mélodieuse. Face à l’élan à sens unique d’Orlando elle fait ce redoutable constat: pourquoi l’amour relève-t-il du destin et non du libre arbitre ?
Il y a des touches d’humour volontaires et involontaires dans cette production. Ainsi, comme nous sommes dans un monde où sévit un incendiaire, Pierre Audi revêt d’abord Orlando d’un uniforme de pompier – ils en sont d’ailleurs toute une escouade au premier acte. Mais le spectacle gagne en intensité dramatique et musicale au cours du deuxième, où Sophie Karthaüser chante un magnifique air de désolation, alors que les cordes sont au plus grave et que cela n’augure rien de bon pour la suite des événements. Il y a aussi un numéro de pyrotechnie vocale au 3ème acte dans ce que fait Sung-Hae Im dans le rôle de Dorinda. On parle souvent de la folie d’Orlando, mais elle doit être communicative, si l’on en croit les pirouettes de la soprano coréenne quand elle prouve qu’ " Amour est une bourrasque " (extr.). Le public a l’occasion d’applaudir des airs de grande virtuositéet il ne s’en prive pas, à chaque numéro de haute voltige vocale dont Orlando regorge et comme ce devait être le cas à l’époque de Haendel. Pierre Audi ne facilite cependant pas la tâche aux chanteurs en leur demandant d’évoluer dans un précaire équilibre sur d’étroites passerelles où il y a de quoi trébucher (c’est un peu son style si l’on se rappelle les chassés-croisés sur un plateau tournant dans Pelléas). Humour plus involontaire (à moins que…) au troisième acte où la cabane est à nouveau sur pattes et attend son revêtement final de planches en kit. Orlando s’empare de l’une d’elles pour trucider Angelica d’un coup sur la tête. La rhétorique baroque est respectée : les personnages sont typés.
René Jacobs est dans son élément : il aime les orages et il en déclenche avec générosité. L’orchestre baroque B’Rock est parfaitement à la hauteur de la situation et on peut se demander si le chef, lui-même contre-ténor, ne se retrouve pas un peu dans la voix de Bejun Mehta.
Georg Frideric Haendel, Orlando. Dir. mus. : René Jacobs. Bruxelles, La Monnaie, jusqu’au 11 mai 2012.
René Jacobs plongera dans la partition d’Orlando avec Sebastian Wienand (clavecin) et Marie Mergeay (modératrice) dans la séance d’ Inside the Music du 23 avril à 18h30.
Extrait : Air " Amour est une bourrasque " (Acte 3, scène 5), par Sung-Hae Im, soprano. Orchestre B’Rock, dir. : René Jacobs
