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Décembre 2011

21 novembre 2011, 13:36

Voici la troisième sélection du Prix Première 2012 !

Éric SOMMIER : Dix (L'Arpenteur)

Éric Sommier

1999. Côté italien du tunnel sous le mont Blanc. Lucio est patrouilleur à moto, sa mission consiste à assurer la sécurité des milliers de véhicules qui l'empruntent quotidiennement. Un jour un camion prend feu au cœur du tunnel. Le centre de sécurité, où travaillent ses collaborateurs italiens, de même que l'équipe française, postée de l'autre côté à Chamonix, ne réalisent pas immédiatement la gravité de la situation. Seul, Lucio va alors essayer de sauver le plus de personnes possibles en leur indiquant la direction de la sortie à travers les flammes et l'épaisse fumée.

 

Cette fiction, inspirée directement de la tragédie du tunnel du mont Blanc, dresse le portrait poignant d'un homme qui a réellement existé et dont le comportement héroïque nous renvoie à une question toute simple : qu'est-ce qu'être un héros aujourd'hui ? Mais peut-être est-ce dans l'ordinaire de la vie de ce personnage discret que la réponse est à trouver, ou dans l'histoire d'amour malheureuse qu'il a vécue juste avant le drame...

  • L'interview d'Eric SOMMIER dans Culture Club

  • La bulle d'Eric SOMMIER

Philippe CAUBET : Dans un autre temps (Éditions Pierre-Guillaume de Roux)

Philippe Caubet

"Les gâteaux étaient disposés sur des étagères de verre. Mlle Morzio avait raison : ils n'avaient pas dû être remplacés depuis longtemps. La poussière avait gagné les étagères, en une pellicule que la faible lumière dorée venue de l'intérieur faisait imprudemment apparaître".

 

Une silhouette solitaire marche dans la neige. Celle d'un homme s'enfonçant, jour après jour, dans l'énigme d'une ville jadis prospère et élégante, désormais si délabrée... C'est en vain qu'il se précipite à tous les rendez-vous inscrits dans un agenda trouvé dans une pâtisserie. Son propriétaire demeure insaisissable, tandis que ceux qu'il devait rejoindre se volatilisent, tour à tour, dans d'étranges conditions. Mais voilà qu'à force de hanter les restaurants, les théâtres, les grands bals ou le quai des gares, le narrateur s'éloigne... Dans l'espace et dans le temps... Atteignant les quartiers les plus déserts. Découvrant, peu à peu, le véritable visage de sa quête. Oublié, lui aussi, derrière des milliers de portes et de jardins intérieurs. Au fond de l'hôtel particulier bleu de l'enfance. L'odyssée fantastique et stylisée d'un arpenteur de la disparition.

 

  • L'interview de Philippe CAUBET dans Culture Club

  • La bulle de Philippe CAUBET

Laurence VILAINE : Le silence ne sera qu'un souvenir (Gaïa)

Laurence Vilaine

Mikluš, le vieux Tsigane, emporte son secret dans sa tombe. Et se repend. Il revoit le petit Dilino, l’idiot, qui jouait du violon pour les gadjé, sur une rive slovaque du Danube, Dilino le souffre-douleur des autres enfants rom. Il est trop tard pour raconter, toute sa vie Mikluš aura été trop lâche et se sera tu. Il est trop tard pour raconter, « s’il suffisait de glisser un erratum sur la dernière page de sa vie pour se réconcilier avec elle, ça se saurait ». Et pourtant. La communauté rom qui vit aux abords de Stupava a traversé les décennies.

 

Du début du XXe siècle jusqu’à la chute du mur de Berlin, alors que les journalistes occidentaux affluent, Mikluš en invective un au hasard, ou tout aussi bien prend à partie le lecteur, l’attrape par le col et lui crache : « Regarde ! » Alors le lecteur regarde, enfin, et découvre « ces crasseux Tsiganes, voleurs de poules et sans savates ».

 

Dilino avec son violon et ses cheveux blonds ne sait pas d’où il vient, ni qui est la Vieille, cette sorcière qui parfois s’occupe de lui. Avant d’être la Vieille, elle était Chnepki. Chnepki avait une si jolie voix, qui enchantait toute la communauté rom. Elle devait son surnom à ce petit oiseau qui ne fait pas d’esbroufe, picore quand il a le temps et passe le plus clair de ses journées à chanter, un oiseau qu’on n’entend plus guère sur cette rive-ci du Danube.

 

Chnepki non plus ne chante plus. Depuis qu’un jour maudit, alors que résonnaient les bottes et fleurissaient les croix gammées, son enfance fut volée. Le père fou de douleur est assassiné. Chnepki n’a plus chanté jusqu’au jour où apparut Lubko, le gadjo à la belle tignasse blonde. Avec ses gouges et son violon, il a égayé la communauté au rythme de sa musique et de la danse de ses marionnettes sculptées. Mais le mal était entré. Et le régime communiste, par ses méthodes expéditives et discriminatoires de contrôle des naissances, achève de rendre folle la pauvre Chnepki. Elle a eu un enfant, elle n’en aura pas deux. Le silence ne sera qu’un souvenir porte le poids de la culpabilité, celle du vieux Mikluš qui n’a pas su faire se rejoindre les êtres, alors qu’un mot aurait suffi à les rendre à leur existence ; celle aussi qui pousse à stigmatiser une communauté, dans l’ignorance et l’aveuglement.

 

Avec l’histoire que nous raconte Mikluš, c’est l’histoire des Roms et du XXe siècle que nous traversons, celle d’une communauté persécutée dont on aura égaré le dossier à Nuremberg. Une discrimination qui se poursuit sous des formes de plus en plus sournoises en ce début de XXIe siècle. Sans jamais sombrer dans le plaidoyer, Laurence Vilaine s’attache avant tout à faire parler Mikluš, enfin, et à nous raconter l’histoire de Chnepki, Lubko, Maruška et Dilino. Quand les étiquettes tombent et que surgissent les visages et les destins.

  • L'interview de Laurence VILAINE dans Culture Club

  • La bulle de Laurence VILAINE