Les Roms ont sifflé la représentante du gouvernement italien et quitté la salle pendant son intervention pour protester contre leur fichage dans la péninsule.Eugénia Maria Rocella, sous-secrétaire d'Etat pour l'emploi, la santé et les politiques sociales, n'a pas pu terminer son intervention mais est restée à la tribune.
Les Roms présents dans l'assistance ont refusé d'écouter sa justification du recensement organisé par le gouvernement de Silvio Berlusconi, qu'ils dénoncent comme un fichage ethnique. C’est une mesure qui vise, selon la représentante italienne, à "assurer la légalité et la sécurité, car sinon, la peur et la méfiance réciproque l'emportent".
Par petits groupes, les Roms ont quitté la salle, protestant ouvertement contre les propos d’Eugenia Maria Rocella. "Le gouvernement italien a entrepris une collecte de données, un recensement pour avoir des idées plus claires sur la présence des Roms sur le territoire italien, les problèmes qu'ils rencontrent, la situation dans les campements légaux et illégaux, afin de mener une politique efficace d'intégration", a soutenu Eugénia Maria Rocella qui a aussi assuré : "nous sommes tout à fait d'accord pour refuser les discriminations sur une base ethnique".
En guise de protestation, plusieurs participants à cette conférence organisée ce mardi à Bruxelles ont enfilé dès l'ouverture de l'événement un t-shirt barré de la mention ''Contre le fichage ethnique'', recevant au passage l'appui remarqué du milliardaire et président de l'Open Society, George Soros. "L'exclusion basée sur l'origine ethnique, c'est inacceptable.
L'attitude italienne envers les Roms n'est pas la bonne. Cette voie sécuritaire ne fera qu'aggraver les choses", a prédit le financier américain d'origine hongroise, ajoutant qu'il espérait que la Cour Européenne de Justice annulerait les dispositions italiennes.
Élaborées cet été par le nouveau gouvernement de Silvio Berlusconi, celles-ci visent à recenser les adultes et mineurs vivant dans des camps de nomades, et plus particulièrement les Roms, en recourant dans certains cas à la prise d'empreintes digitales ou de données ADN à des fins d'identification.Ces mesures controversées ont reçu le 4 septembre dernier, après quelques modifications, l'approbation de la Commission Européenne qui les a jugées conformes à la législation européenne.
Face aux critiques formulées par les Roms, le Président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, a assuré que ses services étaient opposés à toute discrimination, tout en reconnaissant que celle-ci existait bel et bien en Europe."Il est vrai qu'il y a de l'exclusion, de la discrimination et même parfois du racisme envers les Roms", a jugé le Président de l'exécutif européen, précisant néanmoins que c'étaient les Etats membres, voire les pouvoirs locaux, qui pouvaient agir le plus efficacement pour assurer une meilleure intégration des Roms, notamment dans l'enseignement, le monde du travail ou des logements salubres.
"Nous devons éviter de donner l'impression que la situation dramatique des Roms peut être résolue depuis Bruxelles", a ajouté José Manuel Barroso. "Une telle approche serait irresponsable".
Représentant la présidence française de l'Union européenne, la ministre française de Logement Christine Boutin, s'est gardée mardi de critiquer ouvertement l'attitude du gouvernement italien, appelant néanmoins à une meilleure "coordination" entre les Etats membres sur les questions rom.
Organisateur de l'événement, le Commissaire Européen en charge de l'Egalité des Chances, Vladimir Spidla, a rappelé mardi que les Roms étaient "une partie importante de la diversité européenne" et qu'il était important, en conséquence, d'assurer leur intégration.
On estime à quelque 10 millions le nombre de Roms en Europe, ce qui en fait l'une des plus importantes minorités ethniques sur le Vieux Continent. Ceux-ci sont toutefois victimes, depuis des siècles, de discriminations et sont souvent confrontés à la précarité et à la misère.
Leur espérance de vie est de 10 à 15 ans inférieure à la moyenne européenne.
Selon un sondage récent, 77% des Européens estiment qu'être Rom constitue un handicap dans la vie.
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