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03/12 - La chronique de Paul Hermant

03.12.08 - 18:15

Ce n'était pas un cortège qui défilait hier dans les rues de Bruxelles, mais un long paradoxe contemporain.

L'avez-vous vu, Pascal, c'était un ruban tout mouillé et multicolore qui se déroulait sur la petite ceinture.
Le temps était de circonstance, on n'ose pas dire de saison, et c'était les métallurgistes qui manifestaient contre le tort que leur fait le changement climatique. Vous savez bien : la mise aux enchères des quotas européens d'émissions de CO2.
Et l'on se disait qu'ils auraient aussi bien pu troquer, les métallos, le rond-point Schuman de Bruxelles pour la place Stawny ou la place Ludow à Poznan. Et nous, entre notre souci de l'environnement et notre besoin d'emplois, nous étions bien embarrassés, hier, à les voir passer.
Car nous hésitions, entre pollution et délocalisations, comme entre peste et choléra et Charybde et Scylla, maudissant le sort commun du citoyen contemporain de n'avoir plus à décider aujourd'hui qu'entre deux fatalités.
Car voilà, ce que nous disent les métallurgistes, c'est qu'à payer pour pouvoir polluer, le risque est grand, en effet, de voir les fumées passer les frontières. Là, où personne ne se soucie de ces quotas, de ce CO2 et de ces particules fines contre lesquelles l'Europe entend être pionnière. Et que, toutes choses n'étant pas égales, à partir bille en tête, nous risquons deux choses : d'avoir moins de travail chez nous et autant de pollution partout. Et c'est comme ça que l'on comprend qu'en économie, ce n'est pas toujours la compétition qui importe et qu'il est des cas où il ne faut surtout pas être le premier.
Dans cette morosité qui nous occupait, Pascal, nous vint cependant une éclaircie.
Car voilà qu'au moment où les hauts-fourneaux s'éteignent et où la sidérurgie se met en sommeil, des hommes défilent non pas pour les pertes d'emploi immédiates mais pour celles de demain. C'est donc qu'ils considèrent qu'il y a encore un demain, ce qui est une fort bonne nouvelle. Cette embellie cependant céda vite la place à une perplexité supplémentaire, car n'étaient-ils pas en train de nous dire, eux que le chômage technique touche et que les licenciements menacent, que la crise économique d'aujourd'hui n'est rien devant la crise climatique de demain, dont on nous dit, à Poznan, qu'il nous reste une dizaine d'années seulement pour la conjurer ?
Voilà à quoi l'on pense, Pascal, en regardant passer une manifestation. On serait bien allé aussi au Heysel avec les actionnaires de Fortis, mais nous avions épuisé notre quota de dilemmes contemporains pour la journée et l'on n'eût pas voulu que, dans ce cénacle financier en débâcle, quelqu'un eût l'idée de les mettre aux enchères. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.
Crédit photo : rtbf
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