Retour sur une intox: non, des migrants n'ont pas incendié une église en Allemagne

Une église incendiée par des migrants islamistes en Allemagne: une intox vite faite
Une église incendiée par des migrants islamistes en Allemagne: une intox vite faite - © Tous droits réservés

"Allemagne : des migrants syriens incendient une église en criant 'allah akbar' à Dortmund" : les titres du site civilwarineurope ou de breiz Atao - "quotidien de l'Etat national breton" valent celui du très conservateur Breitbart, de l'ex-directeur de campagne de Donald Trump, Steve Bannon, "1,000-Man Mob Attack Police, Set Germany’s Oldest Church Alight on New Year’s Eve" ou d'autres sites encore plus à droite. Mais ils ne reflètent pas la réalité.

Tous font état d'une foule de 1000 migrants scandant des slogans islamiques, agitant un drapeau d'Al Qaida et de l'EI, et finalement mettant le feu à la Reinoldkirche, qualifiée de "plus ancienne église d'Allemagne" (ce qui n'est pas le cas, la plus ancienne se trouve à Trèves). 

Pièce à charge : une vidéo de 16 secondes tournée par un journaliste local et tweetée. Dans ce clip, on voit effectivement une foule de jeunes hommes agitant des drapeaux, sur fond de cris et de détonations. Elle est légendée "Des Syriens fêtent le cessez-le-feu dans leur pays". La police est présente.

La presse allemande a effectivement rapporté des attroupements dont un d'un millier de personnes à Dortmund au cours de la nuit de la Saint-Sylvestre, notant comme la télévision publique WDR que la foule était constituée aussi de familles et d'enfants et que "dans l'ensemble" la nuit avait été "calme". Alors que s'est-il réellement passé ?

"Fakenews"

Pour rétablir l'exactitude de l'information, plusieurs médias allemands, dont Thelocal ont mené l'enquête qui permet de confirmer que les sites rapportant l'incendie de l'église s'étaient rendus coupables de "distorsion des faits". 

Ils l'ont notamment fait en attribuant l'information au site d'info local Ruhr Nachrichten dont le journal avait tweeté la vidéo. Ce site a protesté, accusant Breitbart de détournement de leur contenu en ligne pour fabriquer "des 'fakenews', de fausses informations, de la haine et de la propagande".

Son journaliste, Peter Bandermann, publie notamment le rapport officiel de la police sur cette nuit-là : elle est intervenue à 185 reprises (contre 421 l'année précédente), il y a eu des délits, des vols, des bagarres, mais pas de plainte pour attaque sexuelle, et pas d'incendie d'église.

L'incident monté en épingle s'est en réalité déroulé comme suit : des individus ont lancé des pétards, notamment vers la police qui leur a ordonné d'arrêter, sans effet, ce qui a donné lieu à des interpellations. Un début d'incendie a bien été causé par un feu d'artifice, mais seulement à un filet de protection de l'église Saint Reinold, pas à son toit. Les pompiers en sont venus à bout en 12 minutes et n'ont pas de raison de penser qu'il s'agit d'un acte délibéré.

Enfin, le slogan "Allah Akbar" ("Dieu est grand") est équivalent à un "Amen", note le site Ruhr Nachricthen qui dénonce l'amalgame avec les terroristes islamiques. Quant au drapeau, il ne s'agit pas de celui d'Al Qaida ou de l'EI, mais celui de la rébellion syrienne.

Cette "fakenews" a été partagée sur les réseaux sociaux, déplore Ruhr Nachrichten, engendrant des commentaires empruntant au jargon nazi ("traitre au peuple") ou innovant en la matière ("arme humaine de Merkel contre son propre peuple").

Plus sur les fausses infos qui circulent sur internent dans notre dossier.