La présidente du tribunal Khamovnitcheski de Moscou a condamné à deux ans de camp de travail les trois prévenues Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, qui comparaissent depuis fin juillet et étaient en détention provisoire depuis cinq mois. Elles devraient donc être libres d'ici février 2014.
Les prévenues ont été jugées coupables de "hooliganisme" et d'"incitation à la haine religieuse" pour avoir chanté le 21 février, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une "prière punk" dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de "chasser Poutine" du pouvoir.
Le procureur avait requis trois ans de camp contre chacune d'elle, expliquant avoir tenu compte de leur casier judiciaire vierge et du fait que deux des femmes avaient des enfants en bas âge. La peine maximale est de sept ans de camp.
Tension à l'extérieur
Aux abords du tribunal, un important dispositif policier a été déployé et des barrières métalliques ont été placées de part et d'autre de la rue, empêchant de fait tout éventuel rassemblement de masse, a constaté une journaliste de l'AFP.
Un peu plus tôt ce vendredi, on apprenait que l'opposant russe Sergueï Oudaltsov et deux sympathisants des trois jeunes femmes du groupe de punk ont, eux aussi, été interpellés aux abords du tribunal moscovite Khamovnitcheski, a constaté l'AFP.
M. Oudaltsov, leader du Front de Gauche et un des chefs de file de l'opposition au président russe Vladimir Poutine, a été interpellé par la police lorsqu'il a essayé de franchir une barrière placée près du tribunal. Il a été emmené dans un car de police.
Deux autres manifestants partisans des Pussy Riot, l'un portant une cagoule et l'autre brandissant une pancarte, ont aussi été interpellés.
Pour la juge, elles ont "offensé les sentiments des croyants"
La juge Marina Syrova a en grande partie repris les arguments du procureur qui avait requis trois ans de camp pour avoir chanté le 21 février, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une "prière punk" dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de "chasser Poutine" du pouvoir.
La juge a souligné qu'il n'y avait pas eu de "repentir" de la part des accusées, qui ont "violé l'ordre public" et "offensé les sentiments des croyants".
Les trois jeunes femmes, debout dans la cage des prévenus, ont écouté dans le calme la lecture du jugement. Nadejda Tolokonnikova, qui portait un tee-shirt proclamant "no pasaran", souriait.
Manifestants "pro" et "anti" Pussy Riot face-à-face
L'affaire a profondément divisé la société en Russie, de nombreux prêtres et fidèles dénonçant la profanation de la cathédrale et une attaque en règle contre l'Eglise. Mais d'autres, y compris au sein de l'Eglise, ont jugé les poursuites à leur encontre et leur maintien en détention disproportionnés par rapport aux faits qui leur sont reprochés.
Des manifestants ultra-nationalistes et orthodoxes manifestaient devant le bâtiment. "Je veux que les Pussy et ceux qui les soutiennent brûlent en enfer", a déclaré l'un d'entre eux.
Une centaine de personnes scandaient de leur côté "Liberté aux Pussy Riot !", "Liberté aux prisonniers politiques !".
Parmi les figures du mouvement de contestation du régime du président russe Vladimir Poutine, le blogueur pourfendeur de la corruption Alexeï Navalny a réussi à entrer dans le tribunal, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Nombreux rassemblements de soutien en Russie et dans le monde
A Ekaterinbourg, dans l'Oural, une trentaine de personnes se sont rassemblées pour soutenir les Pussy Riot, a rapporté l'agence de presse Interfax.
A Samara, dans la région de la Volga, neuf personnes ont été interpellés pendant une manifestation, selon la même source.
L'affaire a pris une dimension internationale et les trois femmes ont reçu ces dernières semaines de nombreuses marques de soutien du monde entier. Plusieurs artistes tels que Paul McCartney, Madonna, Sting et Yoko Ono, la veuve de John Lennon ont exprimé leur solidarité.
Des rassemblements en faveur des Pussy Riot doivent ont eu lieu dans de nombreuses villes à l'étranger, de Varsovie à Sydney en passant par Paris et New York.
A Bruxelles également, une cinquantaine de manifestants s'était réunie devant la représentation de la Russie auprès de l'Union européenne pour protester contre ce procès. Philippe Hensmans, le président d'Amnesty international Belgique, a rappelé que son organisation considérait les trois prévenues comme des "prisonnières d'opinion". Un appel à un nouveau rassemblement à Bruxelles est d'ores et déjà lancé pour ce vendredi soir à 19h.
"C'est à lui (Poutine) de nous demander, à nous et à vous, de le gracier"
Le jugement intervient la semaine même où l'ex-agent du KGB a passé le cap des cent jours depuis son retour au Kremlin pour un troisième mandat présidentiel, une période au cours de laquelle il a renforcé le contrôle de la société civile afin de répondre à un mouvement de protestation inédit à son encontre.
Selon un sondage de l'institut Levada, cité vendredi par le quotidien Vedomosti, la cote de popularité de M. Poutine est au plus bas depuis son arrivée à la tête de la Russie en 2000, avec seulement 48% de personnes satisfaites contre 25% d'insatisfaites. En mai dernier, une enquête d'opinion faisait état de 60% de satisfaits et de 21% d'insatisfaits.
Face à la résonance de l'affaire des Pussy Riot, le chef de l'Etat a semblé plaider début août en faveur d'une certaine indulgence, estimant que les jeunes femmes ne devaient pas être jugées "trop sévèrement".
Dans une interview publiée vendredi par le journal Novaïa Gazeta, les prévenues ont indiqué qu'elles ne demanderaient pas à M. Poutine de les gracier. "C'est à lui de nous demander, à nous et à vous, de le gracier", a déclaré Nadejda Tolokonnikova. "Nous allons faire appel de tout verdict de culpabilité non seulement en Russie, mais dans les instances internationales", a prévenu l'avocate Violetta Volkova, citée par Interfax, avant même la lecture du jugement.
"Consternation" au Conseil de l'Europe
Le président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), Jean-Claude Mignon, a exprimé sa "consternation" après cette condamnation. "Dans une démocratie, l'exercice du droit à la liberté d'expression peut être soumis à des conditions qui visent notamment à protéger la morale, et aussi les droits d'autrui. Mais les sanctions doivent être proportionnelles à la gravité de l'acte commis", a souligné M. Mignon.
"Compte tenu des standards du Conseil de l'Europe, une peine d'emprisonnement de deux années pour les faits reprochés est clairement disproportionnée", a-t-il estimé.
Le président de l'APCE a exprimé l'espoir "que la justice russe pourra réexaminer cette condamnation, selon les procédures prévues par la législation russe, en prenant pleinement en compte nos standards dans ce domaine, tels qu'établis par la Convention européenne des droits de l'homme et la jurisprudence de la Cour de Strasbourg" (la Cour européenne des droits de l'homme), a-t-il conclu.
La Russie est membre depuis 1996 du Conseil de l'Europe, qui rassemble aujourd'hui 47 pays. La mission principale de cette organisation paneuropéenne, basée à Strasbourg, est de défendre les droits de l'homme, la démocratie pluraliste et l'Etat de droit.
La chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, a condamné la sentence infligée aux trois jeunes femmes membres du groupe Pussy Riot, la jugeant "disproportionnée".
Belga
RTBF avec agences




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de max Pourquoi est-ce qu'on ne considère pas la russie comme une dictature déjà? Ah oui, ils nous fournissent du gaz! Encore une démonstration si besoin est d'un monde à deux vitesses, des plus petit tribunaux aux instances internationales.
19-08-2012 12:05 |
de Decrauze Grotesque jusqu’au poutisme. Poutine et ses sbires judicaires remettent au sale goût du jour l’arriération étatique. Quand cessera-t-on cette complaisance internationale envers le théoricien de l’exécution « jusqu’au fond des chiottes » ? L’infect jeu de rôle politique avec son obligé Medvedev n’a fait que confirmer des apparats démocratiques qui reniflent la charogne mal maquillée. J’espère qu’une avalanche de punkettes le stigmatisera sans retenue pour qu’il se sente réduit jusque dans sa virilité sacrée. Cf. http://pamphletaire.blogspot.fr/search/label/Poutine.
19-08-2012 00:24 |
de le belge Si demain ces mêmes filles entrent dans une synagogue et clament leur haine de la religion juive qu'elle serait la réaction des protestataires? A méditer
18-08-2012 20:41 |
de NietGoed Les belges s'en fichent puisque je suis le seul à réagir. Et c'est un peu typique des belges de ne pas réagir tant que leur tartine n'est pas en jeu. Ce qui passé en Russie est un déni de démocratie. Ces femmes ont voulu brusquer des sesnibilités. Pas celle des nones affairées, encore que, mais surtout celles de ceux qui acceptent et protègent par leur mutisme un système totalitaire. Vous avez pigé ?
18-08-2012 20:20 |
de Winds Le problème n'est pas la religion dans le fond, juste dans la forme. La critique a été insultante d'abord et surtout pour le pouvoir russe. Au vu des actes du pouvoir en Russie depuis ces dernières années, ce pays n'est tout simplement pas une démocratie, mais une dictature déguisée, ne respectant pas les droits de l'Homme. Il ne faut pas se voiler la face parce qu'ils ont des matières premières utiles à l'Europe.
18-08-2012 14:13 |