Pesticides: "Nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis"

Le cancérologue Dominique Belpomme en 2007
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Le cancérologue Dominique Belpomme en 2007 - © Archive AFP/MEHDI FEDOUACH

Pour le cancérologue français Dominique Belpomme, l'utilisation massive de pesticides dans l'agriculture met l'espèce humaine en danger. Cancer, diabète, obésité, leucémie ou autisme chez l'enfant: pour résoudre ces problèmes de santé publique, il n'y a qu'une réponse possible selon lui, c'est de réduire l'utilisation des produits chimiques, et notamment les pesticides.

Pour Dominique Belpomme, professeur en cancérologie à l’université de Paris, trois quarts des cancers sont évitables puisqu’ils sont dus à la dégradation physique, chimique et biologique de notre environnement, "à condition que nous ayons une politique environnementale à la hauteur des enjeux de santé publique. Autrement dit, que nous réduisions à leur source les polluants chimiques que nous dispensons dans l’environnement". Il indique au micro de Bertrand Henne que la communauté scientifique est d’accord pour constater le "lien causal entre l’utilisation à outrance des pesticides telle que nous le faisons aujourd’hui en Europe et l’apparition des fléaux de santé publique tels que cancer, diabète, obésité, leucémie chez l’enfant ou autisme chez l’enfant. La seule réponse possible à ce problème majeur de santé publique est de réduire l’utilisation des produits chimiques mis sur le marché, et notamment les pesticides utilisés dans l’agriculture". Le professeur Belpomme insiste pour dire que "ce n’est pas la dose qui fait le poison, mais la répétition des doses" même infimes. Et qu’il y a des "effets cocktails : plusieurs substances peuvent s’associer pour créer des effets qui n’existent pas lorsqu’on étudie ces substances isolément".

Cercle vicieux

"Mais aujourd’hui, on n’est pas suivi au niveau politique" regrette-t-il : le règlement européen de 2009 concernant l’utilisation des pesticides est "scandaleux" selon de nombreux scientifiques puisqu’il dit qu’il faut une utilisation durable des pesticides. Si le cancérologue affirme qu’il "y a aujourd’hui des alternatives à l’utilisation massive de pesticides", il admet que "la transition vers une agriculture respectueuse de l’environnement ne pourra se faire que progressivement. Nous sommes dans un cercle vicieux dans lequel, pour des raisons purement économiques, nous utilisons des pesticides à outrance. Il y a 50 ans on n’utilisait pas de pesticides, on avait une agriculture moins rentable mais plus respectueuse de la santé".

"Le véritable moyen pour arriver à guérir l’ensemble des cancers c’est d’ajouter à la prévention secondaire, c’est-à-dire le dépistage, la prévention primaire qui consiste à réduire à leur source les polluants environnementaux, dont font partie les pesticides" poursuit le professeur Belpomme. Il va plus loin : "Si nous continuons à polluer l’environnement comme nous le faisons, l’espèce humaine se met en danger. Réchauffement climatique, problèmes de santé, destruction de la nature : nous sommes en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis. Par la dégradation de la planète, nous risquons tout simplement de faire en sorte que l’humanité disparaisse". 

A.L. avec B. Henne


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