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Mali: les jeunes filles à Gao n'en peuvent plus du joug islamiste

SOCIETE | Mis à jour le jeudi 27 septembre 2012 à 12h42

  • "Je déteste comme je suis actuellement, voilée de la tête aux pieds. C'est comme si j'étais en prison", murmure Aïcha, 15 ans, habitante de Gao, ville du nord du Mali sous le joug de salafistes armés qui imposent une application rigoriste de la charia, la loi islamique.

    "Je déteste ça", insiste Aïcha, assise sur un tabouret, parmi un groupe de jeunes filles rencontrées par des journalistes de l'AFP dans un quartier de Gao, une des principales villes du vaste Nord contrôlé depuis fin mars-début avril par Ansar Dine, le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), des groupes armés jihadistes.

    Toutes les jeunes filles affirment vivre un calvaire depuis l'arrivée de ces salafistes. Au nom de Dieu, elles doivent se voiler, ne laissant paraître que l'ovale du visage, et dissimuler leur corps sous un vêtement ample.

    Elles ont aussi, comme les hommes, interdiction de fumer, de boire de l'alcool, d'avoir des relations sexuelles hors mariage, d'écouter de la musique occidentale.

    Une série de nouvelles "règles de vie".

    Les "contrevenants" risquent la flagellation, l'amputation ou encore la lapidation.

    "Nous sommes absolument contre l'application de la charia. Mais on ne peut pas le dire comme ça", publiquement, "pour des raisons de sécurité", déclare Mimi, les yeux cachés derrière un voile noir.

    Sa jeune voisine a fui Gao "parce qu'elle ne supporte plus cette situation. Même à 45 degrés (Celsius), on est obligé de s'habiller comme s'il faisait froid. Trop, c'est trop!", s'énerve Mimi.

    Fatoumata indique que les jeunes fille de Gao s'envoient des textos pour s'encourager. "Tenons bon, grâce au même Dieu, ça va finir ", "Nos frères du sud doivent venir ici nous libérer", lit-on sur des téléphones.

    Sept mois auparavant, Amina pouvait encore aller chez sa coiffeuse et "faire des jalouses" dans la rue avec ses nouvelles têtes. Plus maintenant, avec le voile, déplore-t-elle.

    "Nous ne sommes plus libres"

    Zénab est encore plus en colère: cette adepte de basket-ball ne peut plus pratiquer son sport depuis près de six mois. "Comment on peut accepter ça dans un pays? Ces islamistes sont des sauvages!", s'emporte-t-elle.

    Toula se souvient du temps où elle pouvait aller avec ses amies laver le linge dans le fleuve Niger, dans la périphérie sud de Gao, et ensuite s'y baigner. "C'était tellement bien! Aujourd'hui, ces barbares ont tout refusé. Ils ne veulent pas voir les filles se baigner", lance-t-elle.

    "Nous ne sommes plus libres. C'est tout. Et personne ne peut pour le moment venir nous libérer. (...) Moi, je ne veux pas la charia. Le Mali est un pays laïc, il doit le rester", ajoute-t-elle.

    "J'ai dit à mes copines qu'on doit un jour avoir le courage de marcher tête nue pour protester contre tout ça. Mais on a eu peur", dit une habitante sous couvert d'anonymat.

    "La non-assistance à personne en danger est aussi un crime", lâche une autre jeune fille anonyme, en s'interrogeant: "Combien de temps ça va durer?"

    A Gao, auparavant une des villes les plus cosmopolites et animées de la région, les habitants n'expriment leur colère qu'en privé par crainte d'un bain de sang face à des occupants armés et prêts à tout.

    En juin, au moins une personne a été tuée par balle et une dizaine blessées lors d'une marche contre les islamistes. Les manifestants protestaient contre l'assassinat d'un élu municipal, qui avait été abattu par des individus armés dans des circonstances troubles.

    AFP

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    Issouf Sanogo
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    • Un groupe armé à Gao, le 21 septembre 2012

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