Les enfants finlandais continueront bien à écrire à la main...

Deux types d'écritures manuscrites.
Deux types d'écritures manuscrites. - © RTBF

Tordons le cou à un canard! Une bonne partie de la presse a annoncé la fin de l’apprentissage de l’écriture manuscrite dans les écoles finlandaises à partir de 2016. Les écoliers se contenteraient désormais d'utiliser les tablettes et l'ordinateur. C'est pourtant faux. En réalité c’est uniquement l’écriture cursive qui pourrait être rendue facultative. L’écriture scripte, qui est également manuscrite, continuera de toute façon à être enseignée à tous les petits Finlandais.

C’est une erreur de traduction dans un article de la BBC qui semble être à l’origine de la confusion dans la presse francophone. On peut notamment y lire que l’écriture manuscrite s’apprêterait à céder la place à des cours de dactylographie. Pourtant, si l’on se reporte au journal finlandais (article de Savon Sanomat) à l’origine de l’information, il n’est question que de rendre facultative l’écriture cursive, cette forme d’écriture où les lettres sont liées les unes aux autres. En fait, en Finlande, deux formes d’écriture manuscrite sont enseignées : la cursive et la scripte (ou "script"), aussi appelée imprimée car les lettres sont détachées les unes des autres à la manière de caractères d’imprimerie.

Étonnement en Finlande

Minna Harmanen du Conseil National de l’éducation finlandais, nous a expliqué que là-bas, l’écriture cursive a été modifiée dans les années nonante dans un style typographique proche de celui de l’écriture scripte. Selon elle, le gouvernement estime désormais qu’apprendre les deux types d’écriture n’a plus beaucoup d’intérêt vu leur proximité stylistique. Dans le projet qui pourrait être adopté, chaque école pourra décider si elle choisit d’enseigner à la fois la scripte et la cursive ou uniquement la scripte. Il va sans dire que Minna Harmanen a assisté avec surprise à l’apparition dans la presse étrangère d’articles affirmant que les enfants finlandais s’apprêtaient à abandonner leurs stylos et crayons pour l’usage exclusif des tablettes et autres claviers…

Ceci dit, le projet du gouvernement finlandais prévoit aussi de permettre de consacrer plus de temps à la maîtrise de la dactylographie et du traitement de texte, vu l’importance prise par l’ordinateur dans notre société. En Finlande, les écoles sont bien plus équipées qu’ici à ce niveau. Les compétences informatiques y sont considérées comme indispensables pour faciliter l’insertion future des écoliers finlandais sur le marché du travail. Les modalités précises de ces nouveaux cours, comme par exemple le volume d’heures qui y sera consacré, n’ont pas encore été décidées.

L'écriture manuscrite c'est bien, l'écriture cursive c'est encore mieux

En Belgique, pas de débat de ce type. L’écriture cursive a encore de beaux jours devant elle dans nos écoles. Pour Marie Van Reybroeck, professeur en sciences de l’éducation à l’UCL, il est cependant important de continuer à consacrer suffisamment de temps à la bonne maîtrise du geste graphique. Car si le geste n’est pas automatisé, l’enfant "gaspille" une partie de ses ressources mentales, qu’il ne peut donc pas consacrer à la réflexion et à la mémorisation de ses idées. Or l’automatisation du geste graphique n’intervient qu’en fin de sixième primaire… Il s’agit donc d’un processus de longue haleine. Par ailleurs, le fait de tracer les lettres à la main aide l’enfant dans son apprentissage de la lecture. "Dans le début de l’apprentissage de la lecture, les enfants ont beaucoup de difficultés à retenir l’association entre la lettre et le son (graphème et phonème), qui est une association abstraite", explique ainsi la chercheuse. "Des chercheurs français ont démontré que faire la forme de la lettre avec le doigt va aider les enfants à mieux mémoriser ces associations lettres-sons et donc à apprendre plus facilement à lire".

Par rapport à l’écriture scripte, l’écriture cursive présente notamment l’avantage d’être plus fluide, plus rapide et de développer davantage la psychomotricité fine ajoute pour sa part la psychopédagogue Marie-Jeanne Petiniot de la Haute Ecole Albert Jacquard. De plus, une étude canadienne (M-F Morin, N. Lavoie, I. Montesinos Gelet) a démontré qu'elle donne également de meilleurs résultats en syntaxe et en orthographe que l’écriture scripte. Peut-être de quoi donner à réfléchir aux écoles finlandaises…

S. F.


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