Le "surprésentéisme", ou travailler en étant malade, prend de l'ampleur

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On a l'habitude de stigmatiser l'absentéisme des travailleurs. Mais il y a un autre phénomène dont on prend conscience chez nous: le "surprésentéisme". Il s'agit des personnes qui vont travailler même quand elles sont malades. Elles sont plus nombreuses qu'on ne le croit. La raison est sans doute à trouver dans la crise économique, mais pas seulement...

Le "surprésentéisme" touche toutes les catégories de personnel, et pas seulement les travailleurs précaires qui ont peur de perdre leur emploi en n'étant pas fidèles au poste. Cela concerne aussi les cadres, qui craignent de devoir résorber un retard énorme au retour de maladie, ou même les dirigeants d'entreprise qui redoutent d'être pris en défaut d'exemplarité.

C'est un phénomène multiforme, qui touche avant tout les professions sociales et médicales (où il faut éviter une carence de soins), mais aussi les avocats ou les prestataires indépendants, les commerçants... Il est donc à prendre au sérieux.

Une enquête de la fondation européenne de Dublin montre que 40% des travailleurs sont concernés. Des médecins de l'Université de Gand estiment même que la proportion est chez nous de 50%. Denis Monneuse, spécialiste de la question à la Sorbonne et auteur d’un livre, le "surprésentéisme", constate que les patrons d'entreprises prennent tout doucement conscience du problème, mais les préjugés sont tenaces : "On a toujours l'impression que les salariés s'arrêtent un peu facilement parfois, alors qu'ils ont juste un petit mal de tête, pour aller voir leur médecin et demander un arrêt de travail. Mais là ils prennent conscience de ce phénomène".

La prise de conscience a aussi été accentuée par certaines épidémies, comme par exemple la grippe A H1N1. "Là, les entreprises se sont rendu compte des dangers de contagion qui peuvent exister et qui peuvent mettre à mal l'entreprise si tout un service tombe malade en même temps" précise Denis Monneuse.  

Aujourd'hui la difficulté pour les gestionnaires de ressources humaines est de savoir comment communiquer sur ce sujet. "Ils sont conscients que le surprésentéisme est un phénomène assez important et qui est en augmentation, mais en même temps ils ont peur de créer un appel d'air dans le sens de dire aux gens: 'quand vous êtes malades il faut vraiment rester chez vous' et ils ont peur que ça puisse provoquer des abus dans l'autre sens."

Il serait plus que temps de conscientiser les patrons du privé, mais aussi les employeurs publics et même les employés eux-mêmes que le fait de travailler en étant malade fait courir des risques à tout le monde.

F. Gilain

 

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