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Le développement du réseau 4G est-il saboté par les autorités?

SOCIETE | mercredi 30 janvier 2013 à 15h12

  • Les propos polémiques du dirigeant de Belgacom mardi visaient, entre autres, les réglementations sur les antennes 4G dans la capitale ; réglementations qui, selon lui, ne permettraient pas à Belgacom de couvrir les besoins en nouvelles technologies des utilisateurs à Bruxelles, "l'endroit au monde où l'on compte le plus d'ambassades", affirmait-il. Mais qu’est-ce que la 4G ? Et la préservation de la santé du Bruxellois lambda justifie-t-elle les normes en vigueur ?

    "La 4G permet d’augmenter le débits de données", explique Claude Oetgers, professeur en télécommunications à l’UCL. Une technique plus avancée que les précédentes, offrant à l’utilisateur la possibilité de télécharger plus rapidement des données sur un smartphone, "comme des films en temps réel" par exemple.

    Une avancée technologique donc, qui est en passe d’être accessible pratiquement dans plusieurs villes du pays. A Bruxelles, par contre, la 4G est encore loin d’aboutir.

    En cause, d’après les opérateurs, la norme maximum de 3 volts/mètre d’émissions, adoptée par la Région en 2007 – tous partis confondus -  concernant les antennes GSM.  Une norme, disent-ils, trop sévère, et qui empêche l’implantation de nouvelles antennes nécessaires à la transmission. Au contraire des deux autres régions du pays.

    Le principe de précaution comme choix politique

    Ne pourrait-on pas faire l’économie de normes aussi sévères pour faciliter l’implantation des antennes 4G ? "Les impacts sur le biologique commencent dès avant les 3 volts/mètre", explique Benoit Willocx, directeur de Bruxelles environnement, l’organisme régional qui octroie les permis d’environnement aux opérateurs. "Ce ne sont pas des effets nécessairement négatifs", ajoute-t-il. "Tout dépend de la sensibilité de la personne : risque de céphalées, de troubles du sommeil, de nervosité…" Cela est clairement attesté.

    Par contre, aucune étude  ne démontre de façon certaine que les ondes GSM -  4G ou autres -  entraîneraient un risque de développement de cancers. En fait, "on ne sait pas", explique pour sa part Jean-Michel Dricot, chargé de cours à l’Ecole polytechnique de l’ULB. "Ce sont surtout les effets à long terme qui posent question", estime-t-il. Mais peu d’études ont pu arriver à des résultats exempts de faiblesse méthodologique. Ce qui est pris en compte alors par les pouvoirs publics, c’est le principe de précaution.

    Pour Benoit Willocx, "le choix de la norme est clairement un choix politique". Jean-Michel Dricot ajoute : "Il faut d’abord respecter le principe de précaution, puis permettre le financement d’études les plus objectives possibles, en faisant attention à la question méthodologique".

    Les précautions prises par les autorités découlent donc de choix politiques, en regard de leurs responsabilités publiques.  Mais la question demeure : pourquoi la Région bruxelloise est-elle plus sévère que les deux autres régions du pays ? Avec 3 volts/mètre maximum autorisés, on est en effet loin des 44 volts/mètre recommandés par l’Union européenne…

    Un calcul très imparfait

    "La norme de 3 volts/mètre découle de certaines recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)", explique Pascal Devos, porte-parole de la ministre bruxelloise de l'Environnement, Evelyne Huytebroeck (Ecolo). Mais qu’en est-il ailleurs ? "Les trois régions ont pris en compte les mêmes principes", répond Jean-Michel Dricot. "Mais elles ont des modalités d’application qui sont différentes". En Wallonie la norme des 3volts/mètre existe également, mais à Bruxelles son calcul est différent. Et c’est là que le bât blesse : le mode de calcul adopté par les autorités bruxelloises est trop imprécis. "La véritable difficulté, dans un contexte de régulation, est le flou dans lequel se trouvent les opérateurs", ajoute-t-il.

    Les autorités bruxelloises en ont bien conscience. Depuis plusieurs mois, des réunions s’enchaînent avec les opérateurs pour essayer d’améliorer la méthodologie. Sans toucher cependant à la norme de 3 volts/mètre : "On reste à l’intérieur des normes. Ce sont les questions techniques qui sont discutées", confirme-t-on au cabinet de la ministre bruxelloise de l’Environnement, Evelyne Huytebroeck. Et on comprend d’autant moins la sortie du patron de Belgacom, que les discussions se poursuivent encore. "Deux permis d’environnement ont d’ailleurs récemment été octroyés pour des antennes 4G", explique Pascal Devos, porte-parole de la ministre. Pas à Belgacom, on l’aura compris.

    Un marché à capter

    La difficulté méthodologique se double également d’une longueur de procédure, explique encore Pascal Devos : "On ne peut pas permettre au-delà d’une certaine puissance donc il faut plus d’antennes".  Ce qui implique que, le permis d’environnement octroyé par la Région, l’opérateur devra encore recevoir le feu vert des autorités communales pour un permis d’urbanisme.

    Mais les impératifs purement commerciaux et concurrentiels pourraient ne pas être totalement étrangers à la sortie de Didier Bellens. "Une entreprise chinoise a bien pris contact avec l’administration", confirme Benoit Willox (Bruxelles environnement). "Elle a des demandes très précises en prévision d’une implantation future, et bénéficie déjà d’antennes test". Or, cette entreprise compterait se développer uniquement sur le marché du 4G. "Pour des entreprises déjà actives sur le 2G ou le 3G, c’est un investissement supplémentaire, car elles doivent continuer à entretenir leurs autres antennes", explique Benoit Willocx. Un danger donc pour les opérateurs déjà installés : cette entreprise risque bien de capter la première les nouveaux utilisateurs de la 4G, dont, évidemment, les institutions et les ambassades dont parlait Didier Bellens.

    W. Fayoumi

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