40 ans après, la vérité sur la mort du premier homme dans l'espace

Youri Gagarine a été fêté comme un héros et a fait l'objet d'une propagande intense à l'étranger comme en Union Soviétique.
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Youri Gagarine a été fêté comme un héros et a fait l'objet d'une propagande intense à l'étranger comme en Union Soviétique. - © Recuerdos de Pandora
Rédaction RTBF

Après 40 ans de secret, la véritable cause de la mort de Youri Gagarine, premier homme dans l’espace, est enfin connue. Le cosmonaute âgé de 34 ans est mort lors d’un accident de vol aux commandes d’un MiG-15UTI qu’il pilotait en compagnie d’un instructeur expérimenté, Vladimir Seryoguine. L’avion s’est écrasé dans les environs de Moscou, près du village de Novoselovo, le 27 mars 1968.

Le cosmonaute russe Alexeï Léonov, le premier homme à avoir effectué une sortie extra-véhiculaire dans l’espace en 1965, a révélé au Russian Times ce qui s’est réellement passé lors de l’accident de son collègue. La version officielle établie par la commission d’État soviétique constituée pour enquêter sur la mort des pilotes affirmait qu’ils avaient perdu le contrôle de leur appareil en évitant un objet volant, sans doute un ballon. "Une version crédible pour un civil, mais non pour un professionnel", commente Alexeï Léonov, qui a toujours été opposé au secret entourant l’affaire et désireux qu’au moins la famille de Gagarine connaisse la vérité.

En cause, un autre MiG

Selon un rapport aujourd’hui déclassifié et donc rendu public, un appareil non autorisé volait dangereusement près du MiG de Gagarine et a croisé sa trajectoire. Pris dans les remous de l’autre avion, l’appareil de Gagarine a fait plusieurs tonneaux à la vitesse de 750 km/h, à basse altitude (450 m) et par mauvaise visibilité. Il s’est écrasé au sol quelques instants plus tard.

Alexeï Léonov se trouvait non loin de là, chargé de diriger un exercice de parachutage en passe d’être annulé car le temps était très mauvais, avec pluie, vent et neige. Il a entendu un bruit supersonique, suivi la seconde d’après par une explosion. Il a participé aux recherches pour retrouver l’épave et c’est lui qui a reconnu les restes de Gagarine à une tache sombre sur sa nuque. Il fut ensuite invité à participer à la commission d’enquête sur le crash.

Dans la version officielle des conclusions de l’enquête, Gagarine serait resté aux commandes pour éviter de s’écraser sur une école. L’Union soviétique en a fait un héros et une icône, lui élevant un monument à Moscou.

Un rapport falsifié

Plusieurs d’années plus tard, lorsque Léonov a pu consulter le rapport d’accident de l’époque, il a constaté que des données chiffrées avaient été falsifiées et que le texte de son propre rapport portait bien son nom mais était écrit d’une autre main que la sienne. Avec l’aide d’informaticiens, il a reconstitué et recalculé les conditions de l’accident pour en arriver à la seule conclusion possible : l’aspiration de l’avion de Gagarine dans une grande spirale. Les autorités russes l’ont autorisé à publier sa découverte, et à parler sur plusieurs chaînes de télévision… à une condition : ne pas révéler l’identité du pilote responsable de la mort de Gagarine. Tout ce que l’on sait est qu’il est aujourd'hui âgé de 80 ans et très malade.

Dégâts collatéraux

Cet accident a causé indirectement la fin de la carrière de Valentina Tereschkova, née en 1937, la première femme cosmonaute de l’histoire : "Les autorités m’ont interdit de voler à tout jamais, même de piloter un avion ", explique-t-elle. "Ils ne voulaient pas prendre le risque de perdre un second cosmonaute de cette stature, tant les conséquences de la mort de Youri Gagarine ont été importantes."

Les collègues de Gagarine s’accordent avant tout pour regretter l’homme, très apprécié pour son extraordinaire capacité de concentration, son calme en toutes circonstances et son optimisme. Le plus grand cratère de la Lune (265 km de diamètre) situé sur la face cachée, porte son nom, ainsi que l’astéroïde n°1772.

Patrick Bartholomé

 


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