L'histoire rocambolesque du film anti-islam qui déchaîne la violence

Des Palestiniens brûlent le drapeau américain pour protester contre un film anti-islam, le 12 septembre 2012 à Gaza
Des Palestiniens brûlent le drapeau américain pour protester contre un film anti-islam, le 12 septembre 2012 à Gaza - © Mahmud Hams
AFP

Mystères et confusion règnent sur l'identité de l'auteur du film ayant provoqué de violentes attaques contre les Etats-Unis en Egypte et en Libye, et la mort d'un ambassadeur américain. L'homme serait un escroc connu de la police. Les acteurs de son pensum anti-musulman disent avoir été trompés.

Le cinéaste, qui se qualifie d'Américano-israélien et se fait appeler Sam Bacile, aurait décidé de se cacher, selon l'un de ses collaborateurs, craignant pour sa vie après l'éruption de violences provoquée par son film à petit budget "Innocence des musulmans", qui tourne en dérision le prophète Mahomet.

Mercredi soir, une information relayée par les médias américains affirmait qu'un copte vivant dans la banlieue de Los Angeles, Nakoula Basseley Nakoula, était le responsable de la société de production du film et qu'il avait eu maille à partir avec la justice.

Des documents judiciaires dont l'AFP a eu copie confirment que Nakoula Basseley Nakoula a été condamné à 21 mois de prison en 2010 pour escroquerie bancaire et qu'il résidait à Cerritos, dans la banlieue sud de Los Angeles.

Un journaliste de l'AFP s'est rendu mercredi soir au domicile de M. Nakoula, devant lequel étaient stationnés plusieurs véhicules de la police et du shérif de Los Angeles. Deux officiers du bureau du shérif sont restés dans la maison pendant plus d'une heure, et sont sortis sans faire de commentaire.

La famille a refusé de parler aux quelques journalistes présents. Mais la porte d'entrée de la maison, ornée de deux fenêtres semi-circulaires aux motifs originaux, présentait une similitude flagrante avec une porte apparaissant dans plusieurs scènes du film, dont des extraits sont visibles sur internet.

Aucune implication israélienne

Steve Klein, consultant sur le film, a nié mercredi l'implication d'Israël dans la production et a assuré que Sam Bacile -un pseudonyme, a-t-il reconnu- était mortifié par le décès de l'ambassadeur américain en Libye, Chris Stevens, lors de l'attaque du consulat de Benghazi, où trois autres Américains ont été tués.

"Il est bouleversé par le meurtre de l'ambassadeur" a assuré Steve Klein à l'AFP, soulignant qu'il avait parlé au téléphone à Sam Bacile plus tôt dans la journée, mais qu'il ignorait où il se trouvait.

Dans un entretien au Wall Street Journal, mardi, Sam Bacile s'en était pris directement à l'islam, qu'il qualifiait de "cancer".

"C'est un film politique. Pas religieux", ajoutait-il, précisant avoir fait le film -où des acteurs parlant anglais avec l'accent américain présentent les musulmans comme immoraux et gratuitement violents - avec 60 acteurs et une équipe de 45 personnes.

Colère de l'équipe du film

Mais l'équipe du film a fait part de sa colère, mercredi, dans un communiqué publié par le Los Angeles Times. "Tous les acteurs et toute l'équipe sont bouleversés et ont l'impression d'avoir été exploités par le producteur", écrivent-ils.

"Nous sommes à 100% contre ce film et avons été grossièrement trompés sur ses intentions et objectifs. (...) Nous sommes choqués par les réécritures radicales du scénario et les mensonges proférés à toutes les personnes impliquées", ajoute le communiqué. "Nous sommes profondément attristés par les tragédies" survenues en Libye et en Egypte.

L'actrice Cindy Lee Garcia, qui joue une femme dont la fille est proposée en mariage à Mahomet, a affirmé qu'elle ignorait que le film fût une propagande anti-musulmane, ajoutant que des dialogues avaient été doublés après le tournage. Selon elle, "il n'y avait rien sur Mahomet ou les musulmans" dans le film qu'elle a tourné.

Une mise en scène indigente

Le doublage est parfaitement visible sur les 14 minutes du film diffusées sur internet, où des mots sont grossièrement insérés au beau milieu de séquences.Mais l'ensemble du film est de la même facture: décors de carton pâte, effets spéciaux ratés, costumes approximatifs voire franchement carnavalesques... Le film aurait coûté 5 millions d'euros qui auraient été levés auprès d'une centaine de donateurs.

La communauté copte aux Etats Unis semble également soutenir ce brûlot anti-musulman, dont la scène d'ouverture figure précisément les violences dont les coptes -chrétiens- sont les victimes en Egypte. Et c'est peut-être cette solidarité "chrétienne" qui vaut au film d'être soutenu par le très controversé pasteur d'extrême-droite Terry Jones, qui s'était illustré en brûlant un exemplaire du Coran.

Avec agences


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