Tinderbox (Poudrière), l'essai de l'épidémiologiste Daniel Halperin et du journaliste du Washington Post Craig Timberg, est paru en mars dernier en anglais. Sous-titré How the West Sparked the AIDS Epidemic and How the World Can Finally Overcome It, il raconte comment la colonisation de l'Afrique par les occidentaux a déclenché l'épidémie et comment on pourrait la combattre.
Le livre qui se base notamment sur de récentes études génétiques décrit le HIV comme une bombe a retardement très lente. C'est la lenteur de la maladie qui la rend difficile à comprendre et à combattre, note Craig Timberg.
Léopoldville
Fin 19ème siècle, c'est la ruée vers le continent noir et ses richesses. L'ivoire et le caoutchouc attirent les compagnies allemandes dans les forêts équatoriales du sud-est du Cameroun.
Une version du virus HIV infecte alors les singes, les chimpanzés, qui vivent dans ces forêts. C'est le SIV. Craig Timberg avance la thèse d'un passage à l'homme : "La meilleure théorie est la capture d'un chimpanzé par un homme, son dépeçage - assez sanglant -, une coupure à la main du dépeceur, et la mutation du virus dans le sang de l'homme".
La colonisation va de pair avec la mise en place de voies de communication, expliquent les auteurs de Tinderbox. On se déplace de plus en plus. Du Cameroun, les souches du HIV se seraient déplacées vers différents points en Afrique centrale et vers Léopoldville, capitale du Congo belge, avec ses usines, chantiers navals, chemins de fer... et des dortoirs plein de promiscuité pour les ouvriers. "Vous avez là les conditions de déplacements humains qui peuvent mettre en route une épidémie", selon Craig Timberg.
A l'indépendance du Congo, en 1960, de 1000 à 2000 personnes auraient été infectées par le HIV, dit-il. Mais la maladie est difficile à identifier comme telle.
Vient ensuite, une autre hypothèse, celle de l'exportation de la maladie vers l'Amérique par le biais d'employés haitiens des Nations Unies. Du Congo à Haïti, et de là aux Etats-Unis et en Europe : pour les auteurs, ce sont les voies de communication modernes, et notamment les liaisons aériennes qui ont permis l'expansion du virus.
Circoncision et polygamie
Suit le chapitre sur les moyens de lutte contre le sida, selon le Washington Post, essentiellement dû au co-auteur, Daniel Halperin qui a travaillé comme chercheur dans la coopération américaine au Swaziland.
Cet épidémiologiste cite comme bon exemple des pays africains comme l'Ouganda et le Zimbabwe. Il insiste sur la pratique de la circoncision, une méthode simple, efficace et bon marché, selon lui, pour endiguer l'épidémie. Le prépuce peut en effet facilement être infecté par le virus.
Sur la justesse des message de prévention, Daniel Halperin et Craig Timberg constatent également qu'un pays comme le Zimbabwe, moins exposé aux campagnes "à l'occidentale" ("Parlons-en"), inappropriées, que son voisin sud-africain affiche de meilleurs résultats et que les statistiques du sida en Ouganda n'ont commencé à grimper vraiment qu'après l'arrivée des ONG occidentales.
Le livre met aussi en cause les efforts des missionnaires chrétiens pour éradiquer la polygamie, laissant à la place une société fracturée du point de vue des habitudes sexuelles.
Ouvrage polémique
L'ouvrage de Daniel Halperin et Craig Timberg risque d'ouvrir des polémiques sur le rôle du colonialisme, la dette des Occidentaux par rapport à l'Afrique et sur le poids des pratiques sexuelles.
D'autres chercheurs comme l'anthropologue Jean-Pierre Dozon cité par Jeune Afrique estiment que les comportements sexuels n'expliquent pas tout : il y aussi eu "les vaccinations à tour de bras - souvent avec du matériel réutilisé - contre la maladie du sommeil, dans les années 1940 et 1950, notamment au Cameroun".
Un appel qui intervient juste au moment où les pays donateurs touchés par la crise réduisent leurs contribution au Fonds global de lutte contre le sida.
JFH




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