Karen, victime de Zaventem: "C'est la responsabilité du gouvernement de dédommager les victimes"

Avant l'attentat, Karen était très sportive, comme elle le montre sur cette photo.
Avant l'attentat, Karen était très sportive, comme elle le montre sur cette photo. - © Guillaume Guilbert

Karen Northshield n’a toujours pas quitté l’hôpital depuis le 22 mars. A 31 ans et après une vingtaine d’opérations, Karen garde l’espoir d’un jour remarcher sur ses deux jambes. Elle est cependant inquiète quant à une compensation du gouvernement et pour son avenir.

Karen est ce que l'on pourrait appeler une miraculée. Le 22 mars 2016, elle s’est présentée au check-in de Zaventem dans l’optique de prendre un avion pour rendre visite à sa grand-mère aux Etats-Unis. Cinq minutes plus tard, le cauchemar commence. Grièvement blessée par la première explosion, Karen est transportée par un inconnu en dehors de l’aéroport, où elle attend environ une heure. Elle est ensuite prise en charge par les services de secours. Quand elle arrive à l’Hôpital Erasme au milieu de nombreuses autres victimes, son cœur s’arrête trois fois d’affilée. Mais elle s’accroche et se bat pour rester en vie malgré ses nombreuses blessures à la hanche, la jambe et l'abdomen.

Toujours hospitalisée

Après 79 jours aux soins intensifs, son état est jugé assez stable pour qu'elle soit transférée vers l’unité d'endocrinologie, puis en orthopédie. Elle a perdu l’usage de sa jambe gauche, ainsi qu’une bonne partie de son ouïe à cause de l’explosion. Privée d’estomac, Karen ne peut pas se nourrir normalement. Sa revalidation prend donc beaucoup de temps. Les médecins prédisent deux à trois ans d'hospitalisation, d'opérations et de revalidation. "Et peut-être aussi de la revalidation à vie, explique-t-elle. Il reste toujours des complications, les médecins ne peuvent pas se prononcer…".

Karen a déjà subi une vingtaine d’opérations chirurgicales. "Au début, c’était un jour sur deux, raconte Karen. Puis, c’était deux fois par semaine". Elle a passé ces douze derniers mois allongée dans son lit d’hôpital. Alors qu’elle pesait 60 kilos avant le drame, elle est descendue jusque 38 kilos.

Aujourd’hui, elle a repris un peu de poids, atteignant 45 kilos. Difficile dès lors pour Karen d’entrevoir le bout du tunnel, malgré les visites régulières de sa famille et de ses amis. "Je n’ai qu’une envie, c’est de pouvoir me lever le matin, de prendre une douche, de manger correctement, reprendre ma vie, sortir, voir des gens,… Mais étant donné que je suis dans une pièce 24h sur 24, c’est comme une sorte de prison".

Aucun financement du gouvernement pour le moment

Alors qu'elle garde l'espoir d'un jour reprendre une vie normale, Karen Northshield s'inquiète pour des questions matérielles. "Actuellement la loi belge, ne permet pas une compensation sur une longue durée, explique Karen. Je fais donc face à un blocage au niveau administratif et politique avec le Fonds pour les victimes de crimes violents qui est lui même limité par la loi. Il y a beaucoup de victimes à indemniser mais étant donné que je suis encore hospitalisée, et peut-être pour encore un bout de temps, mon cas est unique. J’aurais besoin d’un financement peut-être à vie si je suis incapable de travailler". 

Un remboursement à vie ?

La famille de Karen a introduit un dossier auprès du Fonds d'aide aux victimes, mais elle n'a "pas de nouvelles". Même si le secteur des assurances vient d'annoncer qu'ils allaient accélérer l'indemnisation des victimes, Amlin, l'assurance de l'aéroport de Bruxelles-National, refuse de couvrir Karen sur une période indéfinie. Pourtant, les séquelles de l'attentat risquent de l'handicaper à vie. "Entre la gravité de la situation et l’incertitude de la durée de mon hospitalisation et de la revalidation, mais surtout, d'une carrière future et d'une autonomie... Le montant unique proposé par l'assurance de l'aéroport est grossièrement insuffisant", déplore Karen.

"Ma plus grosse crainte, c’est que le jour où je sortirai de l’hôpital, il n’est pas garanti que j’aie un financement. Pour le moment, je n’ai pas de salaire, je ne travaille pas. Les frais sont énormes, et je n’ai pas cet argent pour les payer. Une fois que je serai sortie, je vais devoir revenir pour des opérations, pour la revalidation, et là j’aurai besoin d’un financement pour vivre. Ce n’est normal que je doive payer ces frais-là. C’est au gouvernement de me compenser, c’est leur responsabilité maintenant".

Le 24 février, le conseil des ministres adoptait un projet de loi déposé par les ministres de la Santé, Maggie De Block et le ministre de la Défense Steven Vandeput, relatif à la création d'un statut de solidarité nationale, à l'octroi d'une pension de dédommagement et au remboursement des soins médicaux suite à des actes de terrorisme. Il a été présenté le 8 mars en Commission de la Santé, qui a décidé qu’il ne serait discuté qu’une fois les conclusions et recommandations de la Commission d’enquête sur les attentats du 22 mars seront connues, c’est-à-dire, au plus tard le 30 avril.

En attendant, Karen, depuis sa chambre d'hôpital, tente de ne pas perdre l'espoir de pouvoir un jour marcher à nouveau, mais surtout de reprendre une vie normale.

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