Japon: les débris du tsunami resteront en mer pour des décennies

Des volontaires nettoient des photos retrouvées parmi les débris laissés par le tsunami, à Kesennuma le 10 mars 2013
Des volontaires nettoient des photos retrouvées parmi les débris laissés par le tsunami, à Kesennuma le 10 mars 2013 - © Toshifumi Kitamura

Les vagues immenses qui ont frappé le Japon en mars 2011 ont charrié dans la mer une quantité sans précédent de déchets: cinq millions de tonnes de débris d'immeubles, voitures, bateaux, mobilier urbain... et dont une partie va encore voguer des décennies.

Environ 3 millions et demi de tonnes ont immédiatement coulé, selon les chiffres officiels du Japon, et quelque 1,5 million de tonnes de plastique, filets de pêche, bois, containers à poissons, ferraille... sont partis au large.

"Le tsunami aurait éjecté dans l'océan Pacifique au minimum l'équivalent de 3200 années de déchets rejetés en mer par le Japon en situation de routine", estime l'ONG française Robin des Bois, spécialisée dans les questions de gestion de débris post-catastrophe.

Et pour le seul plastique, le volume dispersé en quelques heures dans Pacifique serait équivalent à celui accumulé depuis plusieurs décennies dans l'Atlantique et le Pacifique réunis, ajoute-t-elle.

Début 2012, les premiers débris - les plus légers et avec le plus de prise au vent - ont échoué sur les côtes de l'Oregon, de l'Etat de Washington, au sud de l'Alaska et de la Colombie britannique (Canada). D'autres ont suivi: une moto Harley-Davidson dans un container, un ballon de football avec le nom de son propriétaire dessus, un voilier...

Deux docks flottants en béton en provenance du port de pêche de Misawa, préfecture d'Aomori (nord-est), ont gagné l'un l'Oregon, l'autre l'Etat de Washington, avec huit mois d'écart. Une double odyssée qui illustre bien que, contrairement à ce qu'on pensait, il n'y pas eu de débarquement massif de déchets.

Les données de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), l'agence américaine de l'océan et de l'atmosphère, "montrent que les débris ne forment plus une masse unique", indique Sherry Lippiatt, coordinatrice régionale en Californie du programme sur les déchets marins de la NOAA. "Depuis deux ans, ils ont été dispersés dans le vaste océan Pacifique nord", ajoute-t-elle.

Et il est difficile de savoir combien flottent encore à la surface et où exactement. Beaucoup ont dû couler, se charger d'eau, et leur dispersion rend vaine toute observation par avion ou satellite.Danger pour la navigation

En revanche, des observations réalisées par des marins et des pêcheurs ainsi que des modèles informatiques laissent penser que le gros des débris qui se déplacent le plus lentement se trouve au nord et à l'est d'Hawaï.

Simon Boxall, du Centre océanographique national britannique (NOC), explique que la plupart des épaves sont emportées dans un courant circulaire qui part du Pacifique nord, et finissent pris au piège dans un tourbillon situé entre Hawaï et le Pacifique, connu comme la "Grande zone d'ordures du Pacifique" (GPGP pour Great Pacific Garbage Patch). "Certaines pourraient y rester de 30 à 40 ans", dit-il.

Les débris pris dans la partie nord du courant ont, eux, tendance à s'en séparer et se diriger vers les côtes d'Amérique du Nord, selon M. Boxall.

Aussi, on découvrira encore pendant des années des traces du drame japonais en se promenant sur la plage. "La plupart sont sans danger", assure M. Boxall, ajoutant que le matériel radioactif de la centrale nucléaire de Fukushima était "évidemment" une exception.

"Les hydrocarbures ont été dispersés dans l'océan depuis longtemps, ainsi que le gros des produits chimiques. Les gros objets en revanche représentent encore un danger pour la navigation", détaille-t-il.

Une interrogation subsiste pour les plastiques dégradés en microparticules. Des études réalisées précédemment sur des moules et des poissons de la mer du nord indiquent qu'elles sont avalées par certaines espèces et restent dans leur système digestif.

"On parle beaucoup de micro-déchets de plastique, mais on ne sait rien sur les nano-particules", souligne François Galgani, spécialiste des déchets plastiques à l'Institut français pour l'exploitation de la mer (Ifremer).

AFP


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