Benoît Van Innis: "Mon oeuvre à Maelbeek fait partie d'une mémoire collective"

Benoît Van Innis devant son oeuvre de l'olivier à Maelbeek.
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Benoît Van Innis devant son oeuvre de l'olivier à Maelbeek. - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Benoît Van Innis, l'artiste plasticien bruxellois, a réalisé une fresque dans la station de métro Maelbeek en hommage aux victimes du 22 mars 2016. La fresque représente un olivier, symbole de paix. Les grands visages peints sur les murs de la station par Benoît Van Innis au début des années 2000 ont résisté à l'attentat. Selon l'artiste, ils font désormais partie de "la mémoire collective".

"Quand on m'a dit qu'il y avait eu un attentat à Maelbeek, j'ai pensé tout de suite aux victimes, bien que Maelbeek était "ma station", la station où j'avais réalisé des œuvres, raconte Benoît Van Innis. Mais ce n'était pas du tout mon souci".

Mais très vite, le peintre se rend compte que ses portraits peints sur les murs de Maelbeek il y a 17 ans (au moment de la rénovation de la station) vont prendre une toute autre dimension suite à ce drame. "Une de mes filles m'a téléphoné en me disant que mes portraits circulaient un peu partout sur les réseaux sociaux, et qu'ils étaient devenus les portraits des victimes anonymes".

Une oeuvre publique

Un internaute a même détourné une photo d'un de ces portraits en y ajoutant une larme, la photo de ce visage en pleurs a fait le tour du monde. "La personne m'a d'ailleurs envoyé un mail quelques jours après en s'excusant de ne pas m'avoir demandé l'autorisation bien qu'elle ne devait pas du tout s'excuser, cela fait partie d'une oeuvre publique", estime Benoît Van Innis. Des stickers de ses portraits ont également été réalisés peu après les attentats. "En dehors du drame et de la souffrance, c'est un fait que mon oeuvre faisait vraiment partie d'une mémoire collective, et ça c'est quelque chose d'émouvant".

Au-delà des demandes de la presse nationale et internationale, le plasticien a également reçu beaucoup de témoignages anonymes dans les semaines qui ont suivi les attentats. "J'ai reçu énormément de mails de gens que je ne connais pas, et ça aussi c'est émouvant", explique-t-il.

L'arbre de paix

Après les attentats, la ville de Bruxelles a donc assez logiquement demandé à Benoît Van Innis de réaliser une oeuvre de commémoration à Maelbeek.

L'oeuvre inaugurée le 18 juillet 2016 représente un olivier qui "symbolise l'arbre de paix dans de nombreuses cultures". Elle est accompagnée d'un poème: "J'avais lu des années avant un très beau poème de l'espagnol Federico Garcia Lorca sur un olivier, et je l'avais noté dans un carnet. Quand j'ai relu ce poème, je me suis dit qu'il était toujours d'actualité". Il a donc écrit ce poème en français, en néerlandais, mais aussi dans les six langues de l'UNESCO, sur les côtés de la fresque de l'olivier. 

Lors de l'inauguration de l'oeuvre, les familles des victimes étaient présentes, ainsi que les secouristes, les policiers et les pompiers étant intervenus à Maelbeek.

"Après les discours, il y a eu une réception. On avait donné à tous les gens un beau carton sur lequel était imprimée mon oeuvre. Au début de la réception, une dame m'a demandé de dédicacer son image pour François. Je lui ai demandé qui était François pour elle, elle m'a répondu que c'était son mari qui était mort dans les attentats. Je lui ai dit que mon oeuvre était une petite goutte d'eau face à sa grande tristesse. Elle m'a répondu que le fait que cette oeuvre soit là, c'était très important pour elle. Elle avait fait le premier pas, les autres gens l'ont vu. Après, pendant deux heures, toute une série de personnes sont venues avec leur image en me racontant leur histoire. C'était très émouvant, ça m'a fort touché". 

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