Favoriser l'apprentissage des langues dès la maternelle, est-ce possible?
SOCIETE | Mis à jour le lundi 6 février 2012 à 13h16
La semaine dernière, le FDF se prononçait en faveur d'un apprentissage des langues plus intensif et plus précoce pour réduire le déficit "évident" des connaissances linguistiques de la population francophone du pays. Mais apprendre les langues plus tôt et de manière plus intensive, est-ce faisable ? En a-t-on les moyens ? Nous en avons parlé dans notre chat de 11h30 avec Nicole Bya, responsable langues modernes à la fédération de l'enseignement secondaire catholique.
Si certaines écoles offrent la possibilité d'apprendre le néerlandais dès la maternelle, elles ne sont pas nombreuses en Wallonie et à Bruxelles. Or, on le sait, apprendre une langue dès le plus jeune âge favorise un meilleur apprentissage.
Pourquoi, dès lors, ne pas donner cette possibilité à tous les enfants dès la maternelle ? En a-t-on les moyens ? L'immersion telle qu'elle est organisée actuellement n'est-il pas discriminatoire ? Ne vaut-il pas mieux apprendre correctement le français avant de passer à l'apprentissage d'une autre langue ? Voilà quelques unes des questions qui ont été posées lors de notre chat.
Pour Nicole Bya, l'un des principaux freins à la mise en place d'un système d'apprentissage des langues pour tous dès la maternelle est "la problématique des enseignants : disposerions-nous d’assez d’enseignants maîtrisant à la fois la psycho-pédagogie relative aux petits et la maîtrise de la langue 'enseignée' ? Or, on sait que la qualité phonatoire de l’enseignant dans la langue cible est, à cet âge, absolument essentielle".
Un système d'immersion discriminatoire ?Concernant l'immersion, l'un des internautes nous fait par de sa mauvaise expérience qu'il juge discriminatoire : "Les projets actuels en immersion on en effet un côté élitiste et discriminatoire, c'est ce qui se passe avec ma fille qui est en immersion. Dès la fin de la 3ème maternelle qui est en quelque sorte la première année de test, l'école fait un tri entre ceux qui sont assez intelligent pour suivre le programme car il n'y a que 20 places... et j'ai déjà entendu les professeurs des autres classes dirent que ce n'est pas facile pour eux, car du coup le niveau de leur classe est assez bas, vu qu'ils se retrouvent avec les enfants qui sont plus "bêtes" et qui ne peuvent pas suivre en 2 langues...c'est du vécu!".
Une situation qui est "assez rare" d'après la responsable langues modernes à la fédération de l'enseignement secondaire catholique qui accompagne beaucoup d'écoles en immersion.
Quant à savoir s'il est opportun de tenter l'apprentissage des langues dès le plus jeune âge, la majorité d'entre vous y est favorable. Mais attention aux effets pervers, avertit Nicole Bya : "L’apprentissage précoce d’une langue étrangère n’est pas une mauvaise chose en soi et certains en tirent un grand profit (...) Malheureusement, l’enseignement n’est pas une science exacte et il peut arriver que certains enfants ne soient pas encore prêts ou que le contexte de l’enfant ne soit pas porteur. Je pense qu’avec les jeunes enfants, ils faut rester prudent. Les forcer à apprendre quand leurs fonctions d’apprentissage ne sont pas encore assez développées peut créer l’effet inverse : le dégoût".
Privilégier l'apprentissage par le jeu
Une autre internaute s'interrogeait sur notre système d'apprentissage des langues. Pourquoi punir les enfants lorsqu'ils font des fautes ? "Punir les fautes en enlevant des points que l'on fait en apprenant une langue est la meilleure façon de décourager ceux qui ont envie d'apprendre. Ne se focaliser que sur la grammaire et délaisser la manière de parler est également la meilleure manière de ne jamais OSER se lancer dans l'exercice d'une langue. Si l'on veut que nos jeunes parlent plusieurs langues, soyons indulgents avec le façon dont ils le font, ne les sanctionnons pas dès la première faute, mais encourageons les montrons leur par divers moyens (traductions de chansons étrangères, conversations avec des internautes pratiquant une autre langue..) l'intérêt de le faire, dans le respect de chacun", faisait remarquer Corine.
Un sentiment partagé par Nicole Bya : "Chez les petits, le contexte ludique est très vraisemblablement la voie à suivre. Les comptines, les chansons sont des supports souvent exploités. Chez les plus grands, il faut les amener à vivre des "pseudo-situations" qui peuvent avoir du sens pour eux. Les échanges, la participation à des projets européens en font partie".
Et de conclure : "Il est exact que les oreilles de nos petits sont ouvertes à tous les sons et que progressivement, elles se referment aux sons qu’elles n’entendent pas dans leur environnement. Il parait donc assez intéressant de garder cette ouverture aux différents sons et un programme existe pour cela : il s’agit de l’éveil aux langues. Il serait souhaitable que le monde de l’enseignement fondamental s’y intéresse davantage".
C. BiourgeRelire le chat en cliquant ci-dessous
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